Whisper of a Nigthmare

Que vous ayez mis le doigt sur un grimoire précieux, que vous soyez vous même un ardent remplisseur de parchemin, installez vous dans l'un des poufs, prenez une tasse de thé, et discutez prose !
Anya

Whisper of a Nigthmare

Messagepar Anya » dim. avr. 09, 2006 7:42 pm

Je suis là sans y être. Je les écoute discuter, je leur réponds, cela m’indiffère. Ils parlent de choses qui ne m’intéressent pas, et je sais qu’ils se fichent de connaître mon avis. Il y a Chloé, belle, grande et blonde. Elle a 16 ans, comme moi, et c’est une très bonne amie à moi, mais pour l’instant elle est en grande conversation avec Nico, un jeune homme de 20 ans, qui la tient sous le charme de ses beaux yeux bleus. Avec eux, Aurore, 18 ans, la meilleure amie de Nico, une petite rousse aux yeux noirs, semble s’amuser comme une folle. Laura, qui a 13 ans, des yeux bleus et une énergie incroyable, discute, elle, avec Christelle, une jeune fille de 19 ans, petite, brune et séduisante. Et puis il y a moi, Aellys, vêtue de noir, mes longs cheveux bruns aux reflets violets rejetés en arrière, mes yeux verts maquillés de noir, qui fait semblant de m’amuser, alors que je m’ennuie à mourir parmi des gens que j’aime et qui ne semblent même pas se rendre compte de ma présence.
Sur la piste de danse, d’autres personnes dansent et rient. Farrah est avec son mec, un certain Florent. Ca ne sert à rien de retenir son nom, à lui, dans quelques jours elle aura changé de copain. Elle, elle est parfaite. Elle a 17 ans, elle est drôle, gentille et séduisante. Petite, mince et musclée, elle danse avec grâce et légèreté, ses longs cheveux noirs ondulent dans son dos au rythme de la musique. Elle sourit, et ses dents blanches illuminent la peau mate et satinée de son visage. Elle est belle, et elle le sait. Le seul défaut qu’elle a, c’est justement qu’elle fait un peu trop savoir aux autres qu’elle est parfaite, et pas eux. A coté d’elle, il y a Caro, 18 ans, qui la vénère littéralement. Caro, elle, est blonde et jolie, mais paraît fade à coté de Farrah, comme toutes les filles, d’ailleurs. Elle n’a jamais eu de personnalité propre, et a toujours besoin d’un modèle qu’elle pouvait admirer et copier. Alors elle est amie avec Farrah, elle la suit partout, s’habille comme elle, parle comme elle, rit aux mêmes plaisanteries, et affiche le même air méprisant devant toutes les filles qui n’arrivent qu’à la cheville de Farrah, et tous les mecs trop normaux pour qu’elle puisse s’y intéresser. Rien que de les regarder danser, ça m’énerve. Je reviens donc à la conversation en cours près de moi.
Laura propose :
- Et si on allait danser? On ne va pas rester là toute la soirée, quand même ?
Je fais non de la tête, mais personne ne me regarde. Christelle répond :
- Ok, je viens avec toi. Vous voulez venir aussi ?
Je ne réponds pas, de toute façon ce n’est pas à moi qu’elle pose la question, mais à Chloé, Nico et Aurore. Nico et Chloé secouent la tête, et Aurore dit qu’elle n’aime pas danser. Laura et Christelle partent vers la piste de danse, et Nico, Aurore et Chloé replongent dans leur conversation, dont j’ai complètement perdu le fil. Je me détourne d’eux, et je me dirige vers la porte. J’ai besoin de prendre l’air. Ils ne me posent pas de question, ne me suivent pas. Ils ne semblent même pas s’apercevoir que je ne suis plus à côté d’eux. Je vais dans le hall, et je prends mon manteau de cuir noir. Je sors dans la cour du bâtiment, qui est carré et entourée d’autres bâtisses. Il fait très froid, sûrement -4 ou -5 degrés. Je resserre un peu mon manteau sur mes épaules. Je mets mes mains dans mes poches, et je serre les poings pour en contenir le tremblement. Je vais m’asseoir sur des marches de pierre, en face de la salle d’où je sors. Je m’adosse au mur et je me recroqueville sur moi-même pour lutter contre le froid. Par la baie vitrée, je peux voir la piste de danse. Laura et Christelle ont rejoint Caro et Farrah, et semblent s’amuser comme des folles. Je peux entendre la musique qui résonne jusqu’au dehors : « Laissez-nous danser, jusqu’au bout de la nuit-it-it !… » Soirée disco… quelle dérision…
Je me mets à penser. Pourquoi est-ce que je continue à faire semblant avec eux ? Je sais qu’ils se fichent complètement de ce que je peux penser d’eux, je sais que ma présence ne leur apporte pas plus que mon absence. La preuve : personne ne se demande ou je suis, pourquoi je suis partie, pourquoi je préfère encore être seule dans le froid nocturne du mois de décembre que dans une salle de danse surchauffée auprès de mes amis. De toute façon, à quoi est-ce que je devais m’attendre ? Je n’ai rien de particulièrement intéressant à apporter, aucun élément nouveau ou exotique. Je ne suis pas particulièrement jolie, je ne suis pas particulièrement amusante, je ne suis pas quelqu’un qu’on a spontanément envie de protéger, mais pas quelqu’un vers qui on se tourne non plus en cas de problème. Je fais peur, parfois, avec mon look gothique. On croit que je m’habille en noir, que je me teints le cheveux en violet, que je me maquille en noir, tout ça uniquement pour me faire remarquer. Ils ne savent pas que ce manteau de cuir noir n’est comme tout le reste, qu’une armure, un écran de fumée qui affirme une personnalité forte que je ne suis même pas certaine de posséder vraiment, mais que j’affecte pour me protéger des autres. Je leur donne une étiquette pour qu’il puisse me classer dans une catégorie, pour que je ne sois plus un élément dangereux qu’ils considèrent comme une menace et qu’ils veulent détruire. Le problème, c’est que ça marche trop bien, et que maintenant, je suis devenue invisible, et encore plus vulnérable qu’avant. Maintenant, je suis seule, complètement seule, car plus personne ne sait qui je suis. Plus personne ne sait que j’ai affreusement besoin d’amis pour ne pas sombrer dans le chagrin et la solitude totale. Je crois que je ferais mieux de mourir, je n’ai pas de raison de continuer à vivre ça, cette solitude, cette douleur qui m’oppresse. Pour qui resterais-je, de toute façon ? Tout le monde s’en fiche, que je sois là ou pas. Peu à peu, je glisse dans une sorte de somnolence morbide.

Des rires m’arrachent à mes sombres pensées. Farrah et Caro sont sorties de la salle et se dirigent vers moi. Elles ne m’ont pas vue, petite silhouette noire dans l’obscurité nocturne. Soudain, Caro m’aperçoit et s’écrie :
- Eh, mais c’est pas Aellys, là, toute seule ? Puis elle s’adresse à moi : Qu’est-ce que tu fais là, pourquoi t’es pas à l’intérieur, avec les autres ?
Une abjecte reconnaissance m’étreint devant cette manifestation de sympathie si peu habituelle de sa part, mais Farrah plaisante, bêtement :
- T’attends le prince charmant ?
Elles rient gaiement, et là, la haine me submerge. Haine pour elle, pour sa perfection, pour son mépris, pour son indifférence, pour tout ce qu’elle représente. J’ai envie de la tuer. La tentation suicidaire qui m’étreignait quelques secondes plus tôt s’est métamorphosée en pulsion meurtrière. Des larmes de colère coulent sur mon visage, noircies par mon maquillage. Je cligne des yeux pour les chasser, et quand je les rouvre, je sens comme un poids dans ma main. Je regarde, et je découvre un magnifique poignard au manche de métal noir incrusté d’argent. Je ne réfléchis plus. J’ai une arme, et j’ai la possibilité de détruire l’objet de ma haine. Caro et Farrah s’approchent de moi, elles ne se doutent pas que ce sera la dernière chose qu’elles feront de leur vie. Elles gravissent une à une les marches de pierre au sommet desquelles je suis assise, et s’agenouillent auprès de moi. Farrah voit les traces de larmes sur mes joues, et son rire se change en pitié méprisante.
- Ca va pas ?
Comme si ça avait l’air d’aller… Et Caro renchérit :
- Il faut pas rester toute seule, si ça va pas… reste pas là, retourne à l’intérieur, avec les autres…
Je cois que c’est le summum. Elles ont pitié de moi, pour se donner bonne conscience, mais elles me rejettent vers les autres, parce que les raisons de ma solitude, de ma douleur, les indiffèrent complètement. Tout ce qu’elles veulent, c’est que je puisse les remercier et les admirer pour m’avoir aidé quand j’en avais besoin. Mais cette fois, je vais vraiment les remercier, comme elles le méritent. D’un geste vif, je sors le poignard du pli de mon manteau ou je l’avais dissimulé, et je fais glisser la lame contre leurs gorges tendues, offertes au châtiment. Le sang jaillit, comme un fontaine purificatrice, il m’éclabousse. Il me couvre de sa douce chaleur… Je me sens bien. Je suis enfin libre, j’ai détruit les chaînes du mépris qui m’emprisonnait en moi-même. J’appuie ensuite la lame ensanglantée contre mon propre bras, là où se trouvent les veines. Je jette un dernier regard à la baie vitrée où mes « amis » dansent toujours. La lame glisse, ouvre la peau, la chair, les veines. Le sang coule le long de mon bras, forme une mare sombre sur le sol. Un voile rouge obscurcit ma vue. J’entends encore la musique « I, I, I, I’m staying alive, staying alive !… ». Puis mon cœur arrête sa course folle et insensée, et je disparais, comme un bulle de savon qui éclate.

Des rires me tirent du sommeil dans lequel j’étais plongée. Ce n’était qu’un rêve. Il n’y a ni sang, ni poignard, ni cadavre, et je ne suis pas morte, pas plus que Farrah et Caro. Farrah et Caro qui sont d’ailleurs sorties de la salle et se dirigent vers moi. Elles ne m’ont pas vue, petite silhouette noire dans l’obscurité nocturne. Soudain, Caro m’aperçoit et s’écrie :
- Eh, mais c’est pas Aellys, là, toute seule ? Puis elle s’adresse à moi : Qu’est-ce que tu fais là, pourquoi t’es pas à l’intérieur, avec les autres ?
Et Farrah plaisante, bêtement :
- T’attends le prince charmant ?

Je souris, et je replonge dans le murmure de mon cauchemar.
Anya

Messagepar Anya » dim. avr. 09, 2006 7:44 pm

Voilà, ce texte (déjà posté sur FenX, pour ceux qui auraient l'impression de l'avoir déjà lu), est une petit etrapolation, à partir de faits réels qui se sont déroulés un soir de décembre en 2005...
c'est l'expression d'un malaise intérieur face à des gens qui ne comprenne pas, et ne cherchent pas à comprendre ceux qui ne sont pas comme eux...
Malgré quelques critiques qu'on a pu m'en faire, je tiens beaucoup à ce texte, car il n'est pas seulement un truc typiquement *ado-depressif*, malgré ce qu'en dit Lévia lin-wei dans le commentaire qu'elle m'a laissé sur FenX à propos de ce texte... C'est aussi l'expression, certes simpliste, mais si difficile à extérioriser, de la sensation que l'on éprouve lorsqu'on est seul au milieu de la foule, étranger parmi les siens...

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