Un nouveau départ

Une longue et belle cape pour les voyages, quelques lames et parchemins, je le vois bien vous êtes un aventurier ! Pourquoi ne pas conter ici vos aventures, voir celles des autres ?
Arpenteur
Est captivé(e) par la minute reflective de Sam
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Messagepar Arpenteur » mar. mai 08, 2007 12:10 am

Viens. Tu as froid, tu as peur ; je suis la Lumière, chaleur et réconfort.

C'est vrai. Il fait plus chaud là bas. Il y court.

Et c'est comme une fusion. Le froid et la douleur disparaissent, tout n'est plus qu'absence. Puis il sent, il sent tout, et cette fois cette sensation d'omniscience lui donne de la puissance, et cette puissance du plaisir.

Tu vois. Rien ne sert d'avoir froid. Je peux te donner tant de choses... Les valkyries t'ont maudit. Je saurai réparer leurs torts, et faire mieux... La mort, le néant, elles ne savent pas ce que c'est. Moi, je joue avec. Ma magie surpasse de loins leurs espérances les plus lointaines, et le sommet des grandes portes.


C'est vrai... Son sort si injuste...

Je saurai réparer les injustices. Je peux te rendre ton ascendant légitime sur les choses et les êtres... Tu es puissant, et ton destin était d'être puissant. Sers moi, et sa marche reprendra... Sois mes yeux, tu retrouveras des mains... Je connais ton nom.
Arkan
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teaser...attendre la suite

Messagepar Arkan » mer. mai 23, 2007 3:34 am

Le vent soufflait sur les plaines entourant la forêt millénaire, apportant et emmenant avec lui grains de sable, de poussière, de terre, insectes inconscients et volutes étheraux de pouvoirs oubliés. Parmi toutes ces particules volantes planait un fragment particulier de magie, l’un des milliards dégagés chaque minute par le maléfique Gorgorbé, du haut de la plus haute tour du plus haut quartier de sa haute forteresse de hauts cristaux noirs.
Mais cette volute en particulier avait perdu son but, et ne savait plus où insuffler son énergie chaotique. Sa mission, comme un milliard d’autres avant lui, était de pervertir le cœur d’un être aux pouvoirs et au destin vastes. Mais, près du but, à quelques centimètres de l’être, celui-ci avait échappé à son contact, grâce à un écart de la bête qu’il chevauchait. Le fragment frustré avait alors été emporté par le vent loin de son but, rendu à lui-même, perdu.
Car frustré il était, et il ne savait que faire de l’énergie qui débordait de lui…
Mais soudain, la volute rouge perçu une vie sur le chemin terreux qu’elle survolait, une petite, minuscule vie.
Tant pis, elle s’en contenterais.
Elle fusa…

Travail, Gibier, Devoir…
Ces trois mots gravés dans l’esprit commun de son espèce tournaient sans cesse dans la tête de la petite fourmi. Redondants et éternels, ils criaient leur psalmodie sans se préoccuper de l’énervement et de la lassitude qu’ils inspiraient à la fourmi.
En effet, celle-ci se surprenait à penser par elle-même qu’elle voulait plus que ça, qu’elle désirait plus qu’une vie de servitude à chasser pour la grande multitude. Le fait qu’elle pensait d’elle-même était déjà une chose incroyable, mais celui qu’elle eu des idées indépendantes la rendait incrédule et extatique à la fois.
Mais bien vite les trois mots d’ordre effaçaient de son petit esprit ses petites pensées de petite rébellion. Tant qu’elle serait trop faible pour casser le lien qui l’unissait à ses semblables et à sa reine, se disait-elle parfois, elle ne pourrait assouvir sa soif d’aventures.
La fourmi de chasse marchait alors sur une vaste étendue caillouteuse, à la recherche de gibier pour sa reine, à ressasser son envie d’aventures, puis les trois mots d’ordre, puis son envie d’aventures… en une évolution cyclique qui durait depuis déjà quelques lunes.
La chasseuse, trop distraite par ces pensées pour être efficace, s’apprêtait à rentrer à la fourmilière bredouille, les pattes dans la boue et les mandibules vides, quand soudain ce qui lui sembla de la lave en fusion lui transperça le thorax, la faisant se plaquer au sol d’étonnement, écrasée par le pouvoir incommensurable qui entrait en elle.
Elle sentait soudain un fourmillement d’éléments se tortiller dans son corps tout entier, partant par le thorax et se répandant jusqu’au bout de toutes ses mandibules et de ses pattes… D’abord effrayée, elle n’osa bouger, mais bientôt la puissance qui naissait en elle la rendit plus excitée que jamais, et elle se retrouva bientôt sur toutes ses pattes à courir un deux mètres, sans rencontrer ne serait-ce qu’une once de fatigue…
Soudain, dans sa course folle, la fourmi sentit un fourmillement nouveau dans son dos, qui n’était que le prémisse d’une transformation incroyable : deux paires d’ailes poussèrent violemment de sa carapace.
Heureuse, la fourmi s’envola soudain dans les airs libres, emportée par la puissance de ses ailes nouvelles…
Un dernier détail rendit la fourmi plus qu’heureuse.
Les mots ne la torturaient plus.

Déjà une page que je dis n’imp. ^^ J’suis vraiment grave :p .

« Crénom de chtiourbes, s’rait’y pas qu’le ciel ait la panse pleine !? »
Cette réplique hautement profonde était sortie de la bouche de Pouletpâté, un paysan d’une quarantaine d’années cheminant sur le chemin terreux qui longeait la forêt à l’arbre millénaire.
Il marchait en direction de son village paumé quand il s’était arrêté et, la main posée en visière pour se protéger du soleil alors qu’il regardait le ciel s’assombrissant, avait exprimé son étonnement devant ce changement soudain de temps.
Pouletpâté se vantait souvent devant ses amis de sa capacité bien particulière, qui était de remarquer aux nuages quel temps s’annonçait. Il avait appris ce pouvoir dans un livre dont un passant érudit lui avait lu quelques passages. Un en particulier avait retenu l’attention du paysan, celui où un personnage maigre aux oreilles pointues (il pensait que c’était une sorte de créature fragile à mi-chemin entre un homme et une garde chiourmes) s’arrêtait soudain dans sa course et disait, la main en visière en regardant l’horizon, que « le ciel est gris ce soir, il va pleuvoir cette nuit ».
Intelligent, Pouletpâté avait vite compris le sens caché de ce message d’une grande sagesse : ce n’était pas le ciel qui était gris, mais bien les nuages qui le recouvraient. Donc de là il ne tarda pas à comprendre la grande vérité : les nuages gris annonçaient la pluie ! Depuis lors, il avait réussi à atteindre, de par son incroyable sagesse, le rang de « sage du village ».
Il était fier de son histoire et la racontait souvent aux passants égarés qui faisaient halte dans la renommée taverne du village de Catalyope (Mais il est légèrement con, j’vous jure quand j’suis passé il m’a grave saoulé !).
Il exposait donc une fois de plus son immense talent… à lui-même, quand soudain un insecte s’écrasa dans son oreille droite, s’empêtrant vite dans la cire qui y régnait en vrombissant désagréablement, allant jusqu’à faire vibrer ses lobes et son tympan. Le paysan énervé fourra son gros doigt dans son oreille pour enlever cet impertinent dérangeant, mais son mécontentement fut vite complété par une douleur cisaillante quand deux pinces s’enfoncèrent profondément dans sa peau calleuse. Il retira vivement son doigt et regarda étonné le petit insecte qui y était écrasé, ses pinces toujours enfoncées dans sa peau… Il broya la fourmi ailée entre son index piqué et son pouce, en un tas sphérique qu’il balança au vent, et examina sa blessure bénigne. « S’rait-y pas qu’même les bestiaux y m’aiment pas ? »
(Cette réplique exprimant une tristesse enfouie ne sera objet d’aucun développement, pour le respect de la vie privée du paysan con. (Message du M.P.L.R.D.L.V.P.D.P.C. ))
Pouletpâté allait reprendre son chemin, l’esprit tourné vers cet étrange événement, quand il sentit soudain une étrange sensation se répandre dans son corps. D’abord léger, le fourmillement s’intensifia et recouvrit son corps entier.
Pouletpâté s’arrêta et se prit la tête de ses mains, soudainement dures et plus calleuses que jamais. Il regarda de ses sphères optiques ces membres changés, et lâcha une hormone de détresse des mandibules excitées qui recouvraient son front.
Il se sentit soudain bien lourd pour rester debout, et la pression qui s’exerçait sur ses côtes le fit se plier de douleur, puis il posa ses six pattes à terre, terrassé par la souffrance. Sa petite bouche s’ouvrit et ses pinces s’écartèrent, l’air s’insuffla et sortit de plus en plus vite de son organisme… Pouletpâté eu soudain l’impression que le monde s’agrandissait, de plus en plus vite, jusqu’à prendre des dimensions titanesques.
Une douleur suivie d’un craquement effroyable parcoururent son dos, et soudain quatre paires d’ailes y poussèrent.
Pantelant, Pouletpâté ne bougea plus.
Enfin, la douleur disparu, et il eu assez de forces pour se redresser sur ses deux pattes arrières.
Du haut de ses cinq centimètres, Antman regarda le monde qui l’entourait d’un regard nouveau. Un univers peuplé d’aventures l’attendait…
Il s’élança dans les airs, allant vers là où il se serait jamais risqué, dans la forêt.
Il plana entre les branches, les feuilles, narguant les insectes qu’il croisait.
Dégageant une hormone de rire et de bonheur, il réveilla plus d’une libellule endormie…
Soudain, il se retrouva sur l’habitat d’un insecte bien plus imposant. Il s’était arrêté sur le bois d’une plate-forme construite sur le tronc de l’arbre millénaire. De nombreux humains y marchaient, inconscients de l’incroyable héros qui parcourait le plancher, à quelques centimètres d’eux.
Les mandibules dressées, Antman scrutait les odeurs et les visages de ces personnes, quand son attention se reporta sur un être bleu.
Mais le plus incroyable était ses grandes oreilles et sa grande taille, ainsi que sa silhouette mince...
Le personnage du livre ! Ce grand sage ! Ici !?
Antman couru dans la direction du sage immobile, toutes pattes et mandibules dressées quand soudain celui-ci fit un pas et…

Nylhin entendit un craquement sous son pied alors qu’il s’apprêtait à suivre l’escorte qui avait été réunie pour lui et ses compagnons. Il souleva sa chausse haute et eu une expression de dégoût non feinte devant l’insecte écrasé qui s’étalait sur sa semelle. Il essuya vivement sa botte de guerrier et reporta son attention sur le comité d’accueil.
Les veilleurs qui les avaient accueillis étaient en majorité de race humaine, chose étrange dans ce poste avancé composé en grande partie d’elfes. Alors qu’ils avaient atterrit sur la plate forme de bois, ils avaient rapidement été rejoints par la troupe qui maintenant marchait avec eux. Un veilleur s’était avancé en avant de la troupe composée d’une dizaine de gardes et avait expliqué qu’ils avaient pour ordre d’emmener Nylhin et ceux qui le suivaient à leurs appartements. Dix hommes pour escorte, cela était déjà bien étrange, mais le fait que leur arrivée massive ait été prévue l’était plus encore.
Nylhin détailla un des gardes qui les talonnaient, et arrêta ses yeux au médaillon qu’il portait au cou, suspendu à une chaîne argentée. L’emblème du Lion… Ainsi leurs amis peu bavards étaient de la famille Telac Orn. L’elfe noir se remémora ce qu’il savait de cette maison. Reik Telac Orn était l’ancien qui avait offert le don à sa famille, les Lotha Leys. Celui-ci était mort avec son ancêtre mathusalem, tués par le déchireur qui avait massacré la famille de Nylhin… Enfin, c’est ce qu’il présumait, puisque leurs corps n’avaient jamais été retrouvés. Nylhin se surpris à penser que peut-être les deux ancêtres avaient-ils fuit devant la monstruosité de la menace, et se cachaient à présent du reste des veilleurs, honteux. Cette possibilité le fit sourire : mieux valait pour l’honneur des veilleurs croire qu’ils étaient morts au combat…
Quant à la famille Telac Orn en particulier, c’était une honnête maison, connue pour sa spécialisation dans la formation des leaders de guerre. En effet nombre de commandants veilleurs arboraient l’emblème du lion, et souvent ils faisaient d’excellents stratèges.
Bien que la présence de cette famille dans le poste avancé des Ombres était étrange, car elle n’était pas réputée pour sa discrétion, elle était explicable : toute troupe avait besoin d’un chef pour la mener. Cette réflexion se fit se demander à Nylhin qui était le nouveau père des Telac Orn ayant succédé à Reik. Si l’elfe noir n’avait pas été absent du monde durant une dizaine d’années, il aurait pu être plus au courant de la situation des veilleurs. Il se promit de combler cette lacune rapidement.
Pour le moment, il devait rester sur ses gardes, car sa situation à lui était plus que déplaisante…
Nylhin s’approcha de Martel et lui souffla : « Alors mon vieil ami, tu as réussi ton coup ? » Le mentor paru embarrassé mais c’est d’une voix posée qu’il répondit : « Je ne vois pas de quoi tu parles… ».
Nylhin sourit à part lui et reporta son attention sur ses suiveurs. Ils étaient plus qu’il ne l’avait escompté, peut-être même trop… Et ce petit Caramel était on ne peux plus intéressant. L’elfe remarqua qu’il dévisageait l’enfant quand celui-ci lui sourit en une expression moqueuse.
Penaud, l’elfe noir reporta son regard sur son environnement.
L’arbre millénaire était toujours aussi impressionnant. Son tronc gigantesque et ses feuilles de la taille de deux hommes imposaient le respect. Encore heureux que la science veilleuse gardait à distance les insectes rampants ou volants, car ils feraient de gros dégâts avec leur taille à l’image de l’arbre millénaire. L’avant-poste veilleur des Ombres était une construction très vieille, mais toujours en bon état. Les édifices optimisés pour l’accueil des armées étaient aujourd’hui très sous-exploités, mais toujours bien entretenus. Cette situation durait depuis longtemps déjà, aussi longtemps que les ombres siégeaient sur l’arbre millénaire. Enfant, Nylhin avait déjà visité l’avant-poste avec sa famille. Il en gardait un souvenir assez flou, bien qu’un visage en particulier était resté gravé dans sa mémoire. Celui de la Mère des Ombres, dont il avait oublié le nom. Il se rappelait juste de sa beauté pure et de sa douceur, ainsi que du halo lumineux qui semblait l’entourer.
« Nous sommes arrivés » Nylhin sortit de ses rêveries et regarda le garde qui lui avait parlé, puis la porte ouverte qui n’attendait que le passage des invités. Il sourit au veilleur et entra dans l’édifice en bois. Martel allait entrer à son tour quand le chef de l’escorte l’arrêta « Pardonnez ma brusquerie, mais le Père Telac Orn vous demande » Martel eu un moment d’hésitation, son regard passant du garde à Nylhin, puis il bredouilla un vague « d’accord » et prit la suite du garde. Nylhin sourit, ainsi donc, il avait vu juste… Mais ce n’était pas la peine de s’inquiéter pour cela maintenant.
Quand tout le monde fut entré, un Veilleur referma la lourde porte et ils entendirent un raclement significatif. Ils étaient retenus prisonniers.
Et leur cage était dorée. En effet les appartements éclairés par plusieurs lanternes couleur or étaient somptueux et richement meublés. Un escalier au bas de la porte menait à un grand salon aux couleurs chaudes chauffé par le feu qui dansait dans l’âtre d’une grande cheminée, et une table à son milieu exposait un festin dont le fumet appétissant emplissait la pièce, faisant par là même crier le ventre de quasiment toute la troupe. Nylhin descendit et s’installa sans hésiter à une des chaises sculptées qui entouraient la table ornée. « Régalez-vous, c’est la maison qui offre. »
-Mais… c’est si somptueux… dis Lucy en descendant les marches lentement.
Nylhin jeta un œil à son aimée, qui semblait émerveillée.
« Ch’est Cha les veilleurs ! » fis-il la bouche pleine. Devant les mines hébétées de ses amis, il avala sa bouchée et pris un air faussement étonné :
« Ben quoi ? Je vous ai pas dit ? Les veilleurs sont riiiches ! s’écria l’elfe noir en levant brusquement les bras au ciel, avant de les rabaisser et de retourner à son assiette, tout en continuant :
« V’nez donc profiter du festin, mais vous bourrez pas trop, la suite des évènements risque d’être incertaine… et mouvementée »

Après un demi poulet, six galettes, deux crêpes, trois parts de fondant au chocolat, une de tarte au citron meringuée, deux choppes de bière, un bol de café des terres chaudes du nord et six verres d’un vin étrange provenant d’une bouteille spécialement apportée pour Nylhin, celui-ci reposa ses couverts et se laissa tomber sur son dossier, repus à en craquer. Caramel lui jeta un regard en coin « et c’est toi qui dit qu’il faut pas qu’on se bourre… »
La remarque déclencha un rire général, qui apaisa l’ambiance jusque-là tendue qui régnait sur l’assemblée.
Nylhin sourit, une expression vague et sereine sur son visage, et répondit :
«Ca faisait longtemps que je n’avais pas profité d’un véritable repas… Et puis je suis pas le pire… » Finit-il en posant son regard sur Lucy, elle toujours occupée à manger.
Sur ces mots, il se leva et s’affala dans un fauteuil confortable en face du feu de cheminée. Il ferma les yeux et fit : « Maintenant j’ai besoin de digérer, si vous le voulez bien - ou pas – je vais faire un petit somme » Il s’endormit, et ses traits se détendirent. Ce n’était pas souvent qu’il pouvait se reposer, en ce moment, et il n’avait pas été aussi bien depuis sa nuit à la Taverne de la marmotte qui tousse. Et en fermant les yeux suffisamment fort, en laissant la chaleur des flammes lécher sa peau, il pourrait presque se croire de nouveau chez lui…

Un dragon aux yeux de chat rit aux éclats, dans une chambre jaune parée de tentures lumineuses. La créature regarde Nylhin, petit elfe à la peau blanche et noire.
La salle ondule, s’estompe, et Nylhin le vieillard marche courbé au milieu des ruines d’une ancienne ville, croisant le cadavre de centaines d’Ilyens déchiquetés.
Une des carcasses tourne la tête vers l’elfe gris, et le visage de Lucy, tordu en une expression d’atroce douleur, lâche un rire gargouillant et guttural. Nylhin ferme les yeux, laisse le noir tout effacer, son sang de ses pupilles couler dans le vacarme des rires et râles inarticulés.
Puis tout se calme, et l’elfe sombre ouvre les yeux.
Il est face contre terre, enfin…terre…La surface blanche sur laquelle il repose n’a ni consistance ni reflet. Il se lève, et, d’un tour d’horizon, se sent perdu dans une infinité immaculée. Un blanc sans limites. Nylhin se retourne encore, et se retrouve nez à nez avec… Lui-même reflété dans une surface noire brillante divisant l’univers lumineux. Il se détaille. Ses deux yeux sont blancs, sa cicatrice rouge, comme des charbons ardents, fume et brille dans l’obscurité. L’elfe tend une main vers le miroir ébène, un air hébété sur le visage…
« Tu sais que t’as l’air très con ? »

Le veilleur retire vivement sa main et regarde d’un air plus attentif son reflet resté statique. A part l’expression de dédain arrogant, légèrement amusée qu’il arbore, rien chez lui n’a bougé. Le reflet continue :
« Arrête de m’ fixer comme ça, j’vais m’imaginer des trucs après…
-Qui es-tu ? Demande le Veilleur déboussolé.
-Ah ouais en fait t’es vraiment très con… J’avais un espoir…
Le reflet sourit et ses deux longues canines brillent dans les ténèbres.
Nylhin sursaute, les yeux écarquillés de surprise.
« Eh oui, t’as compris maintenant ! HAHAHA ! Tu devrais voir ta gueule ! »
Et au vampire de rire aux éclats, sans parvenir à s’arrêter.
Malgré lui et le choc passé, le Veilleur sourit et répond finalement au fou rire de son ego sombre.
Tout deux s’écroulent de rire, et peu à peu se calment. Ils s’assoient dos à dos, chacun dans son univers, ayant en premier lieu prit soin de détacher leurs lames. Le veilleur contemple rêveur le métal étincelant de Courroux, le vampire caresse le fil tranchant de Pardon.
Nylhin soupirent.
Le veilleur chuchote :
« Ptain, on est gâtés hein ? On a… tué notre famille, passé dix ans dans un cachot puant à subir les pires tortures, on s’est fait humilier par un vieux, et, comble, maintenant on n’est pas loin de passer sur l’échafaud…
-T’oublies le truc le plus bordelique : notre sang, répond le vampire amusé, veilleur, vampire, elfe noir, j’en passe et des meilleurs. Manquerais plus qu’on se fasse mordre par un lycan, et on serait trois à partager notre âme.
-Ouais, ben Hybride est divisible qu’en deux hein… Il se battra qu’avec ses griffes et ses …
-Ah nan ! Les crocs c’est moi ! Laisse moi au moins cette exclusivité !
Et au veilleur de rire, puis de continuer :
-Au moins on s’emmerde pas, faut dire. Le connard de dieu qui dirige notre existence est ptêt sadique et taré, j’échangerais pas mon existence contre celle d’un pêcheur grassouillet vivant dans une cabane une existence tranquille et sans soucis, ou une autre connerie médiocre dans le genre.
Le vampire marmonna quelques secondes en calculant quelque chose sur ses doigts, puis, après un « Hé hé ! » retentissant, répondit :

« Ben j’espère que ton dieu a de l’imagination, parce qu’il a pas finit d’écrire notre vie. Avec tout le bordel sanguin qui coule dans nos veines, on est immortels mon ptit !
-Hé hé, ouais, c’est vrai… Et moi qui m’inquiétais de pas pouvoir atteindre l’hybridation… Avec la réserve sans fond d’années qu’on a, je peux renflouer les rangs veilleurs de milliers de petits nouveaux.
-Et moi donc…
Un silence pesant s’installe, plein de réflexions.
Finalement, le veilleur rompt le calme apparent :
« Tu crois que l’on pourrais choisir le don qu’on transmet ? Vampirisme ou veilleurisme ?
-Je sais pas… Mais… est-ce qu’on tr… »
« NYLHIN !!!»
Le cri résonna longuement, coupant la conversation.
Le veilleur se releva subitement, portant son regard en tous sens dans les infinités blanches et noires.
Le vampire, en se relevant calmement, fit en un sourire :
« Ya ta rousse qui t’appelles mon chou, lui pose pas de lapin. »
Le veilleur se rasséréna « ah oui, c’est vrai, je dors. »
Comme d’un instinct commun, les deux Nylhin s’approchèrent lentement, et, les mains jointes à travers la barrière invisible, posèrent leurs deux fronts l’un contre l’autre.
« Allez ptit con, réveille-toi ».

Tout se brouilla.

Nylhin, secoué par Lucy, ouvrit les yeux, et devant la mine dure de son aimée, recouvrit vivement ses esprits embrumés par son long sommeil. Il se redressa en parcourant la salle du regard, et fronça les sourcils devant la vue des six veilleurs soldats tenants en respect les compagnons de la taverne qui se dressaient en un rempart entre Nylhin et eux. Ainsi, il n’avait pas perdu de temps…

La situation était tendue. Les compagnons d’Eilogiar, tous unis, empêchaient la garde d’atteindre Nylhin, tendant leurs armes en une position défensive…
« T’en mets du temps pour te réveiller ! Ca fait dix minutes que je te secoue en tous sens ! Tes potes veilleurs se sont ramenés armés jusqu’aux dents et ils voulaient t’emmener avec eux, on s’est méfiés, et refusé. Armés comme il sont, c’est sûrement pas des mots doux qu’ils veulent te transmettre, et…
« Assez ! » fit Nylhin d’un ton dur, qu’il radoucit pour continuer : « c’est vraiment aimable de me protéger ainsi, déclara-t-il en se levant, mais je suis réveillé maintenant, laissez-moi m’en occuper. » Ce disant, l’elfe noir prit Hybride et l’accrocha à son dos, dans le fourreau prévu à cet effet. Puis il alla au devant de ses amis, et les radoucit :
«Ne vous inquiétez pas pour moi. Reposez-vous pendant que vous en avez encore l’occasion, vous serez peut-être menés à vous exercer au combat, même, tenez-vous donc prêts. »
Sur ces mots qu’il espérait compris, Nylhin se rendit les mains vides à la garde, face au plus haut gradé. C’était, comme l’intégralité de ses hommes, un elfe. Son regard strict et dur témoignait de son énervement. Celui-ci fit :
« Nylhin Lotha Leys, nous avons ordre de vous amener devant le conseil, de gré ou de…
-Oui oui, je sais, allez, montrez moi le chemin, je vous suis. »
L’officier fronça les sourcils : « C’est plutôt nous qui vous suivons… »
La formation entoura l’elfe noir et Hybride lui fut confisquée. Ils sortirent.
La troupe, hébétée, ne réagit pas tout de suite. Puis le silence fut rompu par Jalina :

« Je n’y comprend rien »
-Moi je crois que je comprend…
Lucy s’assit dans le fauteuil que Nylhin venait de quitter, les regards de ses compagnons posés sur elle.

« Il va être jugé… Pour la mort de sa famille »
Eilraet
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Messagepar Eilraet » dim. mai 27, 2007 8:34 pm

[Alors pour ceux qui se poseraient la question oui j'ai vu pirates des caraïbes, mais il est évident que je n'aurais jamais osé m'en inspirer pour ce post, et si l'idée m'en est venue au beau milieu de la séance c'est par pure coïncidence, bien entendu. Ah oui et j'inspire pas non plus du tout du début de la nouvelle Querdal, na !]

« Pfff, c'est bête il avait l'air cool, c'est la classe d'être mi vampire mi veilleur. »
Mais, inconsciemment, Caramel n'avait fait que chuchoter ces mots, comme pour lui même puisque Vanille n'était pas sur son épaule à écouter ses paroles. Mais n'attendant de toutes façons pas de réponse il s'empressa d'aller s'asseoir dans un coin, la tête posée contre le mur et les fesses sur le sol. Le jeune homme réalisa que ses 17 ans avaient un sérieux désavantage sur lui, si l'on oubliait Elhiadën il était sans aucun doute celui qui se faisait le plus chier.

« Hey, y en a un de vous qui sait jouer à l'orthad ?
-Oui moi moi ! » Répondit l'enfant, se précipitant sur l'adolescent qui avait déjà sorti un jeu de carte et commençait à les battre.
« Mais il faut pas être trois normalement ? » Demanda Elhiadën. Pour toute réponse il eu droit à un regard malicieux de Caramel qui se leva et commença à répartir les cartes en 5 tas sur la table, 2 au centre deux autres en face de deux chaises et un dernier juste devant Vanille qui venait de sortir de la poche du gothique.

Intriguées, et n'ayant pas grand chose d'autre à faire, Lucy et Jalina décidèrent de s'installer à coté des joueurs et de suivre la partie. Mais il faut dire les choses comme elles sont, elles ne comprirent absolument rien, et les quelques tentatives maladroites d'Elhiadën pour leur expliquer les règles furent de véritables échecs, puisqu'il n'osait en dire trop de peur de dévoiler son jeu.

« Il est trop fort ton écureuil, ça fait trois fois en un pli qu'il ramasse le fond du puis alors que j'ai même pas réussi à sortir une seule tête.
-C'est net, même moi j'arrive à rien, mais bon ça rapporte, l'autre jour il m'a fait gagner 20 pièces d'or à un tournoi en me disant quoi jouer. »

Vanille reposa la carte qu'il était en train de regarder, celles ci étant plus grande que lui le masquait entièrement et tira la langue à Caramel, faisant éclater de rire Elhiadën et sourire Lucy et Jalina. L'adolescent souris à son écureuil de la même façon dévoilant au passage un piercing sur le bout de sa langue.

« Soit disant que j'aurai pu gagner le double en lui faisant confiance. Double faucon, Vanille c'est pour toi »

Caramel posa deux cartes sur la table, les rendant visibles aux yeux de tous. Les petits yeux rouges de Vanille laissèrent passer un instant une expression d'étonnement, visiblement il était pris au dépourvu. Il se rendit à la défausse, récupéra la carte qui représentait la mort et la porta sur son dos jusqu'au reste de son jeu où il la posa face visible.

« C'est trop fort quand même un écureuil qui joue comme ça ! » s'exclama l'enfant que le retournement de situation dans la partie semblait avoir ravivé.
« Il a quel âge ?
-Euh ... il est vieux, très vieux. »


*Plusieurs kilomètres plus loin, en pleine mer* [Pas besoin de retenir les noms des persos, ceux des bateaux sont plus importants (et puis de toutes façons dans la plupart des cas je les donne pas les noms des persos alors fpc !!!)]

Personne ne savait depuis combien de temps la Marquise Blanche était en mer, même ses passagers l'ignoraient, tout ce qu'ils savaient, c'est qu'elle n'avait jamais quitté l'océan, et qu'elle avait eu bien des équipages, d'autres illustres pirates, avant eux. On disait même qu'elle fut construite en pleine mer, sans l'aide d'aucune créature de Veneha, que les épaves elles même s'étaient misent à imaginer ce navire magnifique, et avaient laissé leur planches et leur clou dériver dans les océans pour s'unir en ce chef d'oeuvre maritime.

Et son équipage, n'était pas moins singulier. Même si elle n'était pas à proprement parler un membre de cet fine équipe, la proue n'en était pas moins un être vivant, et plein de joie, lorsque des sirènes se prenaient de l'envie de faire retentir leurs voix ensorcelantes la statue de bois faisait sonner son timbre, et alors que le son rebondissait et naviguait par dessus les vagues, la Marquise pouvait continuer son chemin sans aucun soucis. Et, si les Ardhons n'ont pas cru bon de brûler toutes leurs archives, pour se masquer leur décadence, peut être qu'un vieux livre, ou un ancien parchemin, plein de poussière et de moisi vous indiquerait le nom de quelques un de ses descendants, et en poussant encore plus les recherches vous pourriez tomber sur un humain assez peu commun, du nom de Caramel. Mais si ces deux personnages étaient parents ils n'en savaient absolument rien, et l'ignoreront peut être toujours.

Il est, parmi les nombreuses croyances marines, une rumeur que le vent, les roches et les algues se sont amusés à transporter de navire en navire, la faisant s'écraser contre les coques au coté de l'écume et se disperser dans les oreilles des plus vieux loups de mer. Cette rumeur, que personne ne s'est entendu dire mais que tout le monde connaît dit que tous les bateaux qui ont tentés de voguer avec une femme à leur bord ne sont aujourd'hui que des épaves, hantées par les fantômes des marins qui tentent de chasser la malédiction de leur navire. C'est pourquoi, l'équipage de la Marquise Blanche étant des plus superstitieux, avait pris bien garde à ne pas avoir une représentante de la gente féminine à bord, mais au moins trois, de façon à ce que la mort ou la disparition de l'une d'entre elles en laisse suffisamment pour que l'on ai le temps d'aller en chercher une autre au port. C'est ainsi que les triplées Valderin s'étaient retrouvées engagées à bord de la Marquise. Elles apportaient à l'équipage la gaieté et les distractions dont ils avaient besoin, chacune d'entres elles veillant bien à ne pas porter les mêmes couleurs que ses deux soeurs, pour diversifier les teintes présentes à bord. Peu avant la tombée de la nuit elles s'adossaient au mat central et tour à tour jouaient les personnages des histoires qu'elles contaient aux marins assis en cercle autour d'elles. Et c'était seulement quand le soleil touchait l'eau qu'elles stoppaient leur récit, et toutes les bouches se fermaient, car il était de coutume d'essayer d'entendre la chute de l'astre dans l'océan, et le doux crépitement de l'eau qui boue sous sa chaleur. Ceux qui l'entendaient avaient droit à une double ration de soupe le soir même, offerte gracieusement par le capitaine, mais les marins avaient tellement peur d'attirer le mauvais sort qu'ils ne mentaient jamais à ce sujet, et n'affirmaient avoir entendu quoi que ce soit que s'ils en étaient parfaitement persuadés.

Le capitaine était très certainement le membre le plus jeune de l'équipage, en réalité il devait avoir seulement une vingtaine d'années, à peine plus que Caramel. Un matin alors qu'il errait sur la plage, cueillant des coquillages et repoussant les avances de toutes les jeunes filles qui en voulaient à son son visage coloré, orné de quelques cicatrices, à ses grands yeux bleus, à ses bras musclés et à son savoir de marin, la Marquise vint à lui, vide de tout équipage. Il retourna en ville, et s'empressa de trouver une proue sans travail, qui s'ennuyait tant de la mer qu'elle s'accrochait parfois à l'avant des barques, les faisant immanquablement couler, et pestait à l'attention de chaque bateau, car tous les navires avaient une proue, ceux qui osaient voyager sans se perdant quelque part au delà de tout horizon. Puis, lorsque la proue fut engagée il sélectionna parmi ses amis, sa famille et quelques connaissances ceux qu'ils jugeait aptes à travailler sur l'illustre navire. Sa poigne de fer lorsqu'il tenait la barre n'avait d'égal que l'éclat de son sourire, ce qui ne diminuait pas vraiment le nombre de prétendantes pour s'accrocher à ses bras, et les marins s'activaient à la tache rien que pour l'honneur d'être gratifié par l'expression de gaieté sur les lèvres du capitaine. Et puis après tout, tout le monde aimait travailler sur la Marquise, il suffisait que cela se face en chantant. Et c'était effectivement en chantant que le jeune homme maniait le gouvernail, faisant semblant de ne pas remarquer les trois triplées en train d'observer son torse nu, ces biceps bandés, et sa peau que la sueur et le sel rendaient légèrement brillante.

Très vite, son chant fut repris par tout l'équipage, et bientôt le fond de l'océan lui même vibra au rythme des percutions du maître de cadence, qui, sur la Marquise, n'avait jamais eu d'autre rôle que celui de frapper de ses mains agiles sur la peau sèche de son tambour et d'amuser tout le monde par ses blagues, et le récit de ses nombreuses conquêtes. Il ne l'avait jamais dit à personne mais en réalité cela n'était pas la première fois qu'il venait à bord de la Marquise, il avait fait parti d'un des précédents équipages, avant de suivre une lumière qui frôlait l'écume à bord d'une petite barque et de se retrouver sur la plage, loin du navire. Il était également l'un des -peut être pas si- rares chanceux à avoir pu partager une nuit, douce et étoilée, dans les bras du capitaine.

A bord de l'Empereur Ivre, un oeil vert scrutait l'horizon au travers d'une lunette plutôt rouillée, le regard ricocha pendant un moment à la surface des flots, avant de se poser, non sans surprise sur une voile gonflée par le vent, puis sur un drapeau de pirates. L'homme à qui appartenait l'oeil vert se précipita alors vers celui qui tenait la barre, et après quelques balbutiements ratés, puisque contenant plus de bave que de mots, parvint à expliquer la situation. Celui qui gouvernait l'Empereur attrapa la lunette, en manquant de peu d'éborgner une mouette qui passait par là et s'en servit pour brouiller son regard avant de comprendre qu'il la tenait à l'envers.

« C'est la Marquise Blanche, le roi ne m'en voudra sûrement si mon voyage est allongé par la capture de ce bateau de pirates. »

Le bois gronda alors sous les pas agités des marins qui se préparaient aux combats, s'amusant à enfoncer des échardes sous la peau des trop téméraires qui courraient pieds nus. La poudre brûla dans les canons qui crachèrent leur hargne alors que l'on opérait des tirs de vérification, le capitaine de l'Empereur Ivre se redressa du haut de la fierté qu'il avait devant la puissance de son bâtiment avant de réaliser que l'effet de surprise n'était plus vraiment de mise. L'Empereur Ivre s'élança à travers la brise, bombant sa proue comme s'il s'agissait d'un torse et fendit les flots comme un fil coupe le beurre. Les créatures marines, apeurées par le bruit de combat qui résonnaient déjà se précipitèrent dans les plus sombres recoins de l'océan pour se cacher sous une algue, un rocher ou parfois même une créature qui habituellement les pourchassait, mais fit rempart de sa carapace et de ses pinces pour protéger son casse-croûte.

« Monsieur, qu'est ce qui ne va pas avec le reflet de la Marquise ? »

Le capitaine, encore occupé à caresser son orgueil plongea son regard dans les profondeurs et observa. Quelque chose n'allait effectivement pas, il y avait un détail qui clochait mais quoi ? Il frotta sa moustache bien coupée, bien peignée, bien arrangée et un peu limée sur les bords en un geste qui signifiait qu'il attendait que quelqu'un réfléchisse à sa place. Ce fut d'un perroquet que vint la réponse, non pas que le dit perroquet ai répondu à haute et intelligible voix, il n'était de toutes façons pas sur l'Empereur Ivre, mais il était suffisamment coloré pour que l'on remarque que puisque l'on voyait son reflet il aurait été logique de le voir lui aussi. Le capitaine réalisa que le reflet était en fait double, l'un était un vrai reflet alors que le second n'était autre qu'un troisième bateau, visiblement peuplé d'autant de pirates que la Marquise Blanche, si ce n'était plus.

Le chant du capitaine de la Marquise se stoppa quand les percussions des canons ennemis brisèrent la cadence parfaite du maître en la matière. Le doyen, que l'on avait ligoté et que l'on avait forcé à aller sur la planche fut rappelé sur le pont et on lui indiqua qu'il n'avait pas à s'inquiéter, il serait jeté par dessus bord plus tard. Le métal des harpons et des lames sonnèrent d'un commun accord, mais, pourtant, le capitaine ordonna à ses hommes et aux triplées de baisser leurs armes. Et alors que sur l'Empereur on scandait « A l'abordage » un bruit de cascade s'éleva dans les airs, et le navire qui se trouvait sous la Marquise transperça les flots, brisant la coque de l'Empereur Ivre, faisant comprendre à tous les poissons terrifiés qu'on venait de leur offrir une nouvelle épave en terrain de jeu, avec des vrais humains encore frais dedans. Le Calamar Fou se retrouva alors face à la Marquise et, bien qu'il ne se soit pas retourné dans la manoeuvre était désormais parfaitement a l'endroit, la coque en bas et les mat haut.

14 autres bateaux, tous des bateaux de pirates, se retrouvèrent tous en ce même point de rendez vous sans que personne ne sache trop pourquoi. Les capitaines se réunirent sur la Marquise et, d'un pont à un autre les rumeurs commencèrent à aller bon train. Une sirène qui passait par là tenta de comprendre ce qui se passait, et entendit quelques bribes de conversations.

« Notre shaman à eu une vision dans la nuit...
-C'est le cuisinier qui dit avoir lu ça dans des entra...
-... les étoiles qu'il faudr...
-Quitter la mer ! Mais c'est impossible ! La Marqu...
-... la fin du Celeste ... les pirates ! »

Alors que les rumeurs à propos du bateau volant se firent de plus en plus présente, le capitaine Firkan et son navire franchirent un nuage, se rendant visibles de tous. Le bateau n'eut même pas touché l'océan que le son des bottes de cuir d'Alek frappant le bois dur de la Marquise se fit entendre, un grincement de porte plus tard et il était autour d'une table avec les autres chefs pirates. Des tonnes de rhum furent apportées dans la cabine où se tenait la réunion, une baston éclata et après qu'un coup de feu fut tiré un nouveau capitaine fut nommé pour l'un des navires. Quand tous eurent bien comprit ce qu'Alek leur expliquait chacun retourna à son navire. Le bateau de Firkan s'éleva dans les airs, suivis par quelques bateaux, puis par d'autres, et enfin il ne resta que la Marquise sur les flots, les autres capitaines semblaient ne pas avoir eu de mal à faire quitter l'océan à leurs navire, mais l'équipage de la Marquise pria un long moment, avant de s'élancer à son tour dans les air, porté par l'hymne des pirates.
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Messagepar Alecto » mar. juin 19, 2007 6:49 pm

Lucy ne savait pas vraiment ce qu'il fallait faire, elle ne savait même pas ce qu'ils étaient autorisés à faire dans cette cité aux moeurs quelque peu étranges. Elle n'osait pas sortir de la salle de peur d'enfreindre une éventuelle loi Veilleuse qui interdirait aux nouveaux venus de quitter la pièce où ils avaient été accueillis, sauf ordre, ou invitation contraire. Au bout d'une demi heure de réflexion, elle en vint à la conclusion que ses craintes étaient vraiment stupides, et se décida enfin à bouger du siège qu'elle n'avait pas quitté depuis le repas. Après tout elle était peut être celle qui avait fait le plus honneur au banquet de bienvenue, personne n'allait lui faire des reproches si elle sortait se dégourdir un peu. Elle se leva, traversa la salle d'un pas un peu gauche et sortit au grand jour, soulagée de sentir le vent frais sur son visage. Elle se rendit alors compte qu'elle mourait de chaud. Elle entendit des voix s'élever derrière elle, et s'aperçut qu'elle avait omis un petit quelque chose. Et passa la tête à l'intérieur, attrapa un pot de miel qui était à sa portée sur la table pas encore débarrassée, et dit à ses compagnons :

" Je vais dehors. Enfin, je suis dehors. Enfin zut, je vais faire un tour quoi ! S'il arrive quelque chose, ou si Nylhin revient, criez ! "

Lucy ne s'inquiétait pas trop pour Nylhin, il en avait vu d'autres et avait toujours su se défendre, et même au bord de la mort il avait été sauvé. Ces pensées la rassurèrent et son pas se fit plus léger. Tout en trempant ses doigts dans le miel doré, elle se demanda ce qu'elle allait faire au juste dehors, et seule de surcroît. Comme elle ne connaissait pas du tout la cité et qu'elle savait encore moins où aller, elle laissa ses yeux la guider. Elle voulait de la beauté. Elle emprunta la voie de gauche qui montait en spirale le long du tronc et qui lui semblait plus jolie que celle de droite. Elle entendait des sons très doux, très agréables qui provenaient d'un peu plus haut, et elle eut soudain l'irrésistible désir de savoir ce qui produisait ces sons.
Elle s'aperçut bien vite qu' " un peu plus haut " signifiait en réalité " beaucoup, beaucoup plus haut ". Elle avait certainement gagné de l'endurance à marcher sans répit dans le désert, mais cette fois il s'agissait plutôt d'une véritable montagne que d'une gentille petite bandelette de sablounet toute plate. Elle se retrouva bientôt couverte de sueur et le souffle de plus en plus court. Ses pensées se portèrent un instant sur Myke et sur son roi Fidel, qui devait la haïr à ce moment même. Il lui avait laissé un souvenir plutôt cuisant; la coupure qu'il lui avait faite en la giflant n'était toujours pas cicatrisée.
Grandeur pesait lourd à son côté gauche. Elle avait très soif, et l'envie de jeter ce maudit pot de miel au bas de l'arbre lui traversa même l'esprit. Elle se retint cependant par peur d'assommer un Veilleur et de lancer une intifada sur sa tête. La Pyromancienne se rendit alors compte que les Veilleurs la terrifiaient. Elle était l'une des leurs, mais ne connaissait rien à leurs coutumes ou leur mode de vie. Elle rejeta ces pensées peu réjouissantes aux tréfonds de son cerveau et se concentra sur sa montée. Elle perdait un peu de courage à chaque pas et commença à se faire à l'idée qu'elle ne saurait jamais d'où provenaient ces sons magnifiques, qui ne cessaient jamais. Au moment où elle allait renoncer, il lui sembla que l' irrésistible ascension de Lucy touchait à sa fin. Des boules de poils, des squelettes plus ou moins gros et des restes de ce qui paraissait être de gigantesques insectes parsemaient le chemin. Et ces sons ! Ils étaient de plus en plus proches. La proximité de la clé des sons lui redonnait du courage. Lucy était tout près de les identifier, elle jouait avec elle même. Au détour d'un virage encombré d'ossements, Lucy vit enfin ce qui l'avait poussée à gravir l'arbre. Tout autour d'elle, sur les branches et parfois à même le chemin, elle vit des centaines de nids, de grands nids fait de petits bouts de bois et... de poils de chat ! La Pyromancienne comprit alors qu'elle était arrivée là où demeuraient les Ilyens. D'ailleurs ils étaient là, ils la regardaient de leurs yeux de chats, avec ce regard humain qui leur était si caractéristique. L'un d'eux s'envola de son nid, déployant ses ailes de chauve-souris jusqu'alors repliées sur son dos et atterrit aux pieds de Lucy. Il s'intéressait visibinement davantage au de pot de miel qu'à la nouvelle venue. Celle ci le lui laissa de bon coeur, en échange d'une caresse sans doute, et bientôt, ce fut une dizaine de chats ailés qui fondirent sur le pot de miel.
Les sons, ces fameux sons que Lucy avait entendus du bas de l'arbre, c'étaient les miaulements, ronronnements et autres froufroutements des Ilyens. Et dieu que ces sons étaient agréables ! Lucy avait envie de s'étendre par terre et de laisser les Ilyens faire leur manège de chat autour elle. Qu'ils s'étendent près d'elle, qu'ils mêlent leurs respirations à la sienne, qu'ils l'acceptent.
Un jeune Ilyen qui se frottait contre sa jambe la ramena à la réalité. Lucy baissa les yeux sur lui. Il était superbe. Gris anthracite parsemé de zébrures noires, le poil lustré, les yeux mordorés, il regardait Lucy avec un regard tellement touchant qu'elle sentit les larmes lui monter aux yeux. La pyromancienne plongea son regard dans celui de l'Ilyen et il lui sembla alors qu'une espèce de lien se formait entre elle et l'animal. Elle voulut lui parler mais se ravisa; ce mode de communication silencieux lui plaisait infiniment. Elle percevait presque les émotions défiler dans les yeux hypnotisants du chat.
Soudain, un miaulement qui dominait les autres se fit entendre, un miaulement grave, rauque, déchirant. Lucy retomba brutalement sur terre lorsque le regard de l'Ilyen changea. La douceur devint panique, le corps entier du chat était maintenant sous tension : ses poils s'étaient hérissés sous l'effet d'une peur soudaine, ses muscles alertes et ses ailes dépliées, prêt à s'envoler. Lucy quitta à regret son compagnon et se dirigea vers les miaulements de détresse. Tous les Ilyens étaient affolés. Le lieu calme et reposant dans lequel Lucy était arrivée quelques instants plutôt ressemblait maintenant à une volière à ciel ouvert dont les habitants paniqués volaient en tous sens dans un désordre étourdissant. Plusieurs Ilyens se dirigeaient vers un point situé derrière une grosse racine qui barrait le chemin, à une vingtaine de mètres du pot de miel. Lucy suivit le vol des Ilyens et ce qu'elle découvrit lui chavira le coeur.
Il s'agissait d'un Ilyen blessé. La pyromancienne se précipita sur le corps et constata les dégâts. Il était évident qu'il ne s'était pas blessé tout seul, on l'avait attaqué. L'une de ses ailes était repliée sous son corps et l'autre pointait en l'air avec un angle écoeurant. Son pelage strié d'or était hirsute et collé en certains endroits avec un substance sombre et visqueuse. Du sang évidemment. Des morsures étaient visibles sur le cou et l'abdomen de l'animal. Les Ilyens qui avaient précédé Lucy avaient formé un cercle autour d'elle et miaulaient doucement, immobiles. Ils miaulaient comme des humains auraient sangloté. Lucy n'osait pas toucher l'Ilyen de peur de le faire souffrir encore plus, mais elle ne pouvait se résoudre à ne rien faire. L'Ilyen s'était tu à l'arrivée de la jeune femme et la regardait maintenant d'un regard pénétrant et plein d'espoir. Il remua faiblement les pattes comme s'il avait voulu se mettre debout. Lucy pensa alors que le chat était certainement la monture d'un Veilleur, peut être même d'un membre important de la communauté, car il paraissait plus vieux que ceux qu'elle avait vus. Elle se résolut alors à descendre le chat là où on les avait accueillis et de le rendre aux Veilleurs pour qu'ils le soignent. Il fallait faire vite, l'Ilyen était mal en point. Lucy répugnait à toucher le sang, mais il le fallait, ou l'Ilyen allait mourir devant elle sans qu'elle n'ait rien fait. Elle se demanda ce qui vivait dans cet arbre qui pouvait être un prédateur pour les Ilyens. Encore une question à poser à Nylhin quand il reviendrait.
La pyromancienne, tout en lui parlant d'une voix apaisante, glissa une de ses mains sous le corps du chat et posa doucement l'autre sur le ventre, entre deux morsures. Au moment où sa peau entra en contact avec le sang de l'animal, Lucy sentit tout son corps se contracter, comme une crampe qui la saisissait toute entière, puis elle ne sentit bientôt plus rien. Ses mains étaient soudées au corps de l'Ilyen, leurs regards plongés l'un dans l'autre. Pour Lucy le temps était figé, seul comptait l'Ilyen. Ne pas perdre le lien. Des images et des sensations arrivèrent tout à coup dans la tête de Lucy, et même si elle avait voulu elle n'aurait pu penser à autre chose. Elle vit d'abord des yeux. Bleus. Les yeux d'une femme qui la regardait avec amour. Puis elle se sentit soutenue, et vit alors cette même femme dans le reflet d'un miroir, un petit garçon d'environ cinq ans dans les bras. Elle sentit de la chaleur et vit un feu devant elle dans une petite cheminée. Elle se sentit essoufflée, et vit le petit garçon, qui avait grandi, courir dans un pré avec un animal qu'elle n'arrivait pas à identifier. Elle sentit de la peur et vit un homme masqué devant elle, elle devait avoir huit ou neuf ans. Elle sentit un goût de sel et vit l'homme masqué tenir sa mère par les cheveux et l'égorger devant le petit garçon qui pleurait, prostré dans un coin de leur maison. Elle sentit de la douleur et vit la lame d'une épée qui traversait son ventre. Elle ne sentit plus rien. Elle vit une lumière blanche. Elle sentit des picotements. Elle ouvrit les yeux. Elle vit de la fourrure sur son corps. Sentit des ailes dans son dos. Une dame devant elle. Qui lui donnait à boire. Qui l'emmena avec elle. Un grand arbre. D'autres animaux comme elle. Le ciel. La dame sur son dos. Son nid. Depuis longtemps. Une ombre sur elle.

Lucy sentit une douleur au crâne. Très lentement, elle revint à elle. Elle était tombée en arrière et s'était cogné la tête sur une racine. Pendant un court instant elle se demanda ce qu'il s'était passé, puis l'image de l'Ilyen lui revint subitement en mémoire. Elle se redressa vivement et se pencha sur le corps du chat. Il était mort. Lucy le regarda pendant quelques secondes, les yeux exorbités, puis elle se laissa tomber sur le sol. Elle ne savait pas vraiment pourquoi, mais elle était dévastée par la mort de l'Ilyen.

"Je ne suis pas si triste que Cibylh soit mort si c'est pour avoir transféré sa mémoire à une humaine telle que toi Lucy. "

Lucy tourna lentement la tête en direction de la voix. C'était une femme. Elle se tenait debout à côté de Lucy. Elle portait une tenue assez simple mais superbe. Une robe brun foncé, une ceinture dorée sertie de pierres précieuses, quelques bijoux. Elle s'accroupit et attendit que Lucy se relève pour reprendre la parole, un sourire sur les lèvres.

" Tu ne sais pas encore ce que tu représentes pour moi, n'est ce pas ? Tu le sauras. Bientôt. Bientôt tu comprendras. "

Lucy ne comprenait bien évidemment rien.

" Serait-ce malvenu de ma part de vous demander qui vous êtes ? "

La femme sourit encore. Son apparence était très étrange. Elle avait l'air jeune, mais ses longs cheveux étaient blancs et son regard était si profond qu'il était impossible selon Lucy qu'elles aient le même âge.

" Je suis Nenmil, et cet Ilyen que tu as voulu sauver s'appelait Cibylh. C'était le mien. "

Lucy baissa les yeux. Elle ne savait que dire et resta donc silencieuse.

" Je vais t'expliquer ce qu'il s'est passé Lucy, tu es prête ? "

Sans attendre la réponse, Nenmil reprit :

" Eh bien voilà, quand un Ilyen est sur le point de mourir, il peut transmettre sa mémoire à un être vivant s'il le désire. Pour ce faire, il faut que la personne ou l'animal qu'il a choisi entre en contact avec son sang, et alors il se produira ce qu'il s'est passé avec toi. Cela ne se passe jamais de la même manière. J'en ai vu qui hurlaient, qui pleuraient, qui se roulaient par terre. Toi, tu n'as pas bougé. C'était très beau à regarder, mais je dis peut être cela parce qu'il s'agissait de Cibylh. "

Lucy ne put s'empêcher de sourire. Elle releva les yeux vers Nenmil et leurs regards se croisèrent alors pour la première fois. Il n'était définitivement pas possible qu'elle ait l'âge qu'elle paraissait avoir.

" Bref, dans votre cas, Cibylh ne t'avait pas vraiment choisie pour te donner ses souvenirs, mais il n'a pas eu le choix. De toute façon il a préféré les transmettre, même si ce n'était pas à moi. Ce que tu as vu, c'était ses souvenirs. "

" Non, je ne sais pas ce que c'était, mais ça ne pouvait pas être ses souvenirs à lui. J'ai vu une femme, un petit garçon. Je ... je ne comprends rien. "

" Evidemment. Sais tu ce que sont les Ilyens Lucy ? Ce sont des ...




**** Pendant ce temps, à Carlow : ****

" Two hundred custard tarts please ! "
" Uh, setting up some tart-hunting man ? "
" Exactly man ! Gonna be freeeeeakyyy ! "
" Had one last Sunday. The weather is per-fect my friend ! "
" ... "
" Hum, so, 25£ please... "

*****


... les ont gardés précieusement. "

" C'est... c'est incroyable. Mais vous, qui êtes vous dans l'histoire ? Je vous ai vue dans les souvenirs de... de Cibylh. "

" Je ne peux pas encore te le dire. Mais viens, j'ai encore quelque chose à te montrer. "

Nenmil attrapa la main de Lucy. Sa peau était étonnamment froide pour la chaleur qu'il faisait, mais Lucy rangea ceci encore dans les bizarreries de Nenmil. Celle ci emmena la Pyromancienne quelques mètres plus haut, et lui montra des formes sombres sur le chemin. Lucy s'approcha. C'était des cadavres. Il y en avait quatre, et l'odeur était insoutenable. Nenmil saisit un bâton et retroussa les lèvres de l'un des cadavres avec, révélant à Lucy des canines en pointe.

" Des vampires, ici ?? Mais il faut prévenir les Veilleurs ! Tout de suite ! " fit Lucy en amorçant un demi tour.

" Ils le savent déjà Lucy. Certains Veilleurs ne détestent pas les vampires tant que cela tu sais. Mais sais tu pourquoi, comment ils sont morts ? Ils ont voulu boire le sang d'un Ilyen, mon Cibylh en l'occurrence. Et le sang d'Ilyen est un poison pour les vampires, un poison foudroyant. Mais ils ne le savent pas, et pour ne pas qu'ils le sachent trop tôt... "

Nenmil traîna les corps des vampires au soleil où ils brûlèrent en quelques instants.

" Pas de trace, ils ne sauront pas où ont disparu les leurs. Peut être même croiront t'ils que les Veilleurs les ont exécutés. Enfin, espérons... Bien ! Lucy, il est grand temps pour toi de redescendre, tes compagnons vont se demander où tu es partie. Prends Cibylh avec toi, alerte les Veilleurs, arrange toi pour que l'on te voit."

" Mais, mais... Mais attendez ! "

" Non, je ne peux pas t'en dire plus. Pas encore. Ne parle de moi à personne s'il te plaît. Ou seulement à Nylhin. Lui a le droit de savoir. "

Nenmil s'éloigna sur le chemin, montant vers la cime de Millénaire. Elle se retourna une dernière fois pour regarder Lucy, et...

" Tu es la flamme de mon espoir Lucy. Tu comprendras bientôt. Peut être nous reverrons nous... En attendant ce moment, prends soin de toi. Et de Nylhin. "

Lucy ferma les yeux. Elle préférait que Nenmil disparaisse comme elle était arrivée. Elle redescendit à l'endroit où était Cibylh était toujours étendu. Le cercle des Ilyens était plus important maintenant, nombre étaient venus voir Cibylh une dernière fois. Lucy les laissa faire, admirative et émue.



Ceux qui étaient restés dans la salle d'accueil virent arriver Lucy de loin. Elle marchait très lentement, suivie d'une nuée de Veilleurs à la mine déconfite et elle semblait porter quelque chose.
Quand elle rentra enfin dans la pièce elle était secouée de larmes, larmes qui tombaient sur le corps de l'Ilyen qu'elle serait contre elle.
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Messagepar Arpenteur » jeu. juin 21, 2007 1:22 pm

[attention, c'est un peu violent]
Il voit tout, il sent tout. Il commande aux éléments. Il se délecte de toute cette souffrance... et il y prend part, même. Il vient à hanter cette créature-là ! C'est un gobelin, dont les membres contorsionnés, contusionnés, la peau arrachée, les longs ruisseaux noirs asséchés et givrés ne sont qu'un trompe-l'oeil de la souffrance psychique qu'il endure. Il voit dans ses yeux la préscience non résignée d'une mort imminente, que des souffrances bien actuelles ne parviennent même pas à faire oublier. Et des cris résonnent de douleur et d'effroi. Pieds et poings liés, ce cadavre avant l'heure a tout oublié de sa vie passée. Ses derniers souvenirs sombrent dans la folie et l'oubli... Il laisse tomber sa tête. Des cordes sont déliés par des serviteurs au regard vide et au corps à vif. La créature tombe, inanimée. Bientôt, elle se relèvera pour rejoindre le rang des serviteurs du Maître...
D'autres créatures, hommes, elfes, gobelins, animaux, vivants de toutes espèces et de toute la surface de Veneha continuent à souffrir dans ces entrailles de glace. Il s'amuse longtemps, accentuant leur souffrance, pénétrant le sommeil des inconscients afin que celui-ci ne les protège pas des souffrances à endurer pour oser s'opposer à la volonté du Maître. Il crée des cauchemars terribles, de ceux dont on ne sort qu'en tombant dans le vide ou des profondeurs obscures, et ceux qui en ressortent constatent une réalité pire encore. Il reste longtemps à s'amuser, à se repaître de cette puissance nouvelle, et en tire une joie sauvage.

Des vivants arrivent sans cesse. Beaucoup rejoignent le rang des serviteurs. Certains, les plus volontaires d'entre eux, les plus attachés à leurs souvenirs et à leur combat contre cet ennemi d'outre-monde ; meurent simplement, et leurs esprits parviennent à trouver le repos tandis que leurs cadavres ranimés font des serviteurs médiocres et moins contrôlables, qui serviront de chair à canon.
Les caves de torture sont les lieux préférés de l'esprit errant, mais à présent il va visiter la résidence de son maître plus avant. Au coeur, en dessous du Grand Vide et la Grande Lumière, il y a un bloc de glace incrusté de cristaux riches d'une magie ancienne, qui permet au maître de faire rayonner sa puissance dans le monde. Ces cristaux sont en constante formation et déformation, certains symbolisent ses serviteurs décérébrés et animés par sa seule volonté ainsi distribuée, d'autres des esprits libres et plus ou moins puissants qu'il tente de contrôler, ou, à défaut, sur lesquels il garde un oeil attentif. Parmi ceux là sont les cristaux qui lui permettent de torturer les pauvres hères captifs de la forteresse de glace. Certains, plus volatiles, dirigent des flux magiques qui parcourent Veneha d'une manière autonome, à la recherche de nouvelles proies pour le Maître, toujours plus loin vers le Nord. D'autres, plus ténus, sont de simples liens psychiques pour communiquer avec ses généraux et ses armées en campagne. Parmi ceux-là, l'esprit observe avec plaisir le rayonnement d'un minuscule cristal noyé dans la masse mais dont l'éclat est singulier, qu'il perçoit parce que c'est à lui qu'il est lié. Il y en a beaucoup d'autre, dont l'usage est inconnu, mais tous assurant d'une manière directe ou indirecte le contrôle sans partage du Maître sur ce monde.

A présent il rejoint les casernes. Et là, parmi les légions de démons, de morts, de monstres, ou de traîtres ; de damnés qui arrivent et s'en vont sans cesse, il contemple avec plaisir tous ces soldats, il sait que là est sa place, au dessus d'eux et à leurs côtés, et manifeste sa présence à leurs yeux. Tous sont interloqués, contemplent cette lueur qui semble issue de leur grand maître, et s'inclinent, attendant ses ordres. Jubilation intense. Joie et puissance.
Dernière édition par Arpenteur le ven. juin 22, 2007 2:18 pm, édité 1 fois.
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Messagepar Querdal » jeu. juin 21, 2007 3:25 pm

Depuis que Myke l'avait adopté, le goberin avait déjà bien grandi, et devait mesurer désormais une bonne dizaine de centimètres, des pieds à la tête. Son corps avait perdu son aspect boudiné, et ressemblait plus à un homme miniature, quelques détails mis à part, comme son nez long nez crochu, ses grandes oreilles pointues, ou sa couleur de peau, qui avait viré du vert très pâle à une couleur plus vive. L'aura phosphorescente qui l'entourait au premier jour avait perdu en intensité, et ne se distinguait plus qu'en l'obscurité complète. Elle se teintait parfois de bleu ou de rouge selon son humeur, qu'il soit heureux ou contrarié. Récemment, le petit machin verdâtre avait appris à marcher, bien que son pas fut encore incertain.
Alors que Myke se désaltérait à une grosse outre remplie d'eau qui avait déjà chauffé au soleil, le goberin tendit vers lui ses deux bras en poussant un cris :
"Ak !
-Ah... Te veux boire, domré ? J'vais t'filer l'coup d'main, mais fais gaffe à point en foutre partout, c'est qu'on en a pas des masses, de l'eau...
Myke s'arrêta alors dans son mouvemen, brusquement.
- T'as... T'as parlé, non ? C'est qu'j'ai entendu un truc moi !"
Jusqu'alors, tout ce que le goberin avait émis comme sons étaient des bâillements et des cris inarticulés. Myke connaissant peu cette espèce, il lui était apparut qu'il ne fallait pas lui en demander plus.
"Ak !" répéta le goberin en insistant.
Myke lui donna à boire, perplexe, puis le goberin s'étendit à nouveau dans les replis de la peau de Sam.
"Ak. Aka, marmonna-t-il dans son demi-sommeil. Myke tendit l'oreille. Aaaaaaaaaaaahhhh... Kh kh. Ah kh kh kh. A-khhh."
Il se redressa soudain sur son séant, comme pris d'un doute. Se rendant peut-être compte qui'il était lui-même en train de proférer des sons pour lui inhabituels. Il essaya de réitérer l'exploit, sans guère de succès :
"Kh. Kkkkkkkk... Kk... Kkkh ! Kh-a ! Ah ! Ahka... Akaka."
Le goberin afficha un grand sourire d'auto-satisfaction, mais poursuivit l'exploration de ses propres possibilités d'élocution.
"Akakaka. Akakakakakaka, kakaka. Kakaaaaaaaaaayakah ! Nyarka ! Kwaka !"
La petite chose gigotante semblait plongée dans une rare excitation, ébouriffée par ses propres capacités et par le monde qu'elles lui ouvraient.
"Nyakagnakaka, kaka kagnaka... Titou ! Ytou titou, toutoutou. AKAKAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!"
Ce qui était pour lui un fantastique hurlement retentit dans la foule de l'Armée des Trois Mille comme un léger et lointain bruissement. M'enfin, tant qu'il y croyait... Les explorations du goberin de ses propres cordes vocales durèrent une bonne partie du jour, mais elles le menèrent à une conclusion proche de ses premiers essai : le son le plus jouissif à produire était sans conteste celui-ci :
"Kaka. Kaka kaka, kaka-kaka. KakakakakakakakaKAKAKAKAKAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!! KAAAAAAAAAKAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!! Kh. Kh. Kaka."
Et, à leur grand damm, tous les membres de l'Armée des Trois Mille qui cheminaient dans le périmètre proche du grumeau verdâtre formé par Sam, Myke et le goberin en furent bien informé, et à de très nombreuses reprises durant les (longs) jours qui suivirent.
Il n'y a qu'un âne qui s'appelle Querdal.
Arkan
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postdeouf

Messagepar Arkan » mar. août 07, 2007 9:45 pm

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La salle du conseil était grande, assez vaste pour accueillir une cinq centaine de personnes. Moins luxueuse que les appartements d’honneur où logeaient les compagnons de la taverne, la décoration témoignait néanmoins de l’importance de l’endroit. D’imposantes teintures recouvraient les murs, toutes arborant des emblèmes différents. Lièvre, cheval, cerf, loup, aigle… Toutes les familles veilleuses avaient leur place dans cette pièce d’une grande importance politique, et c’était ainsi pour toutes les autres salles de conseil de toutes les cités veilleuses. Ces symboles ne représentaient évidemment pas les totems de la totalité des membres de leurs familles, mais celui des fondateurs des maisons qui les arboraient.
Il était de coutume que la famille dominante d’un territoire place son étendard au dessus des trônes de la salle du conseil. Nylhin tourna les yeux vers le fond de la salle.
L’emblème du lion écrasait de tout son orgueil les places d’honneur du tribunal des Ombres.

« Nous oblige pas à te faire avancer… »

L’elfe noir remarqua qu’il s’était arrêté pour détailler la pièce. Il reprit la marche sous l’œil dur de ses gardes. Nylhin et son escorte, entrés par le fond de la salle, arrivèrent à hauteur des rangées de bancs de bois qui accueillaient, quelques milliers d’années avant ce jour, des centaines de conseillers veilleurs de l’ancienne dynastie. Aujourd’hui, personne n’occupait les bancs poussiéreux, et une seule place d’honneur était occupée. Le trône en question, comme les sept autres qui l’encadraient, faisait partie intégrante du mur où son dossier était sculpté, dans l’écorce même de l’arbre millénaire.
Alors qu’il s’avançait vers elles, Nylhin détailla les personnes qui l’attendaient :
Le veilleur qui trônait seul était humain, sans doute le nouveau chef des Telac Orn, qui semblait étrangement avoir prit le commandement des Ombres. L’homme en question, trop loin de l’elfe noir pour que celui-ci le reconnaisse, était entouré de plusieurs individus, dont Martel. Nylhin sourit intérieurement en voyant ce dernier placé tout à droite de l’assemblée, comme le sous-fifre qu’il était. Le « mentor » était séparé de son chef par un elfe noir, dont l’armure d’ébène légère et les tatouages argentés qui recouvraient ses mains ne laissaient pas de doute quant à son grade élevé dans la hiérarchie des Ombres.
Deux personnes bien plus intéressantes se tenaient à la gauche du trône central. La première, à l’extrême gauche, cachait son apparence dans l’ombre de la capuche de sa longue cape noire. Son allure était voûtée et son habit ne laissait imaginer qu’une vague bosse sur le haut de son dos. Nylhin n’avait jamais vu cette créature, mais il se dégageait d’elle une étrange et perturbante aura de souffrance contenue.
Détachant son regard de cette obscure entité, Nylhin reporta son attention sur son voisin. L’être arborait une stature droite et neutre, et son apparence peu banale était fascinante. D’un aspect humanoïde, sa peau était écorce, et de toutes les parties de son corps fin se déployaient branches et racines. Ses cheveux semblables à des tiges tombantes de saule pleureur encadraient un visage doux et un regard étincelant d’un profond éclat bleu.
Nylhin avait jadis entendu son père parler de cette entité, mais n’avait pas imaginé la rencontrer un jour.
C’était l’esprit de l’arbre, la mémoire des peuples, Millénaire. De plus près, on distinguait bien les branches qui reliaient l’être à l’écorce de l’arbre. Car ils étaient un, Millénaire étant juste le lien nécessaire entre l’arbre et les Veilleurs, l’interprète, l’avatar.
L’elfe sombre, envoûté par la beauté de Millénaire, ne vit pas son escorte s’arrêter soudainement à quelques mètres des places d’honneur, et failli heurter le garde qui le précédait. Celui-ci, après avoir signalé l’arrivée du prisonnier au conseil qui n’attendait que lui, s’agenouilla en une révérence, accompagné de ses collègues. Son champ de vision dégagé, Nylhin pu enfin voir de près celui qui trônait si arrogamment à la tête des Ombres.

Reik Telac Orn le fixait de ses yeux noirs, un air glacial sur son visage marqué par les ans.

Martel Telac Orn regardait Nylhin descendre les gradins avec une insupportable appréhension, sans comprendre l’origine de celle-ci.
Il avait fait son devoir. En tant que Telac Orn, il était sous les ordres directs du Père, c’était la règle de la famille, quel que soit le grade, les compétences, la race ou l’âge : « Tous différents sur les traces du Lion ! » Il scanda intérieurement l’adage qui avait tout le long de sa vie guidé son esprit, et qui aujourd’hui ne suffisait pas à taire son cœur. Car bien qu’il n’ait fait que son devoir, Martel n’en ressentait pas moins de désagréables remords.
Amener des condamnés à la sentence n’avait jamais été le travail favori du veilleur, mais c’était encore acceptable. La plupart du temps, les personnes en question résistaient, et il pouvait utiliser la manière qui restait la plus simple et la plus honorable, la force. Ainsi, chacun avait sa chance de parvenir à ses fins, bien que Martel ne connusse à ce jour que peu de défaites. Mais la plupart du temps, les cibles en cavale étaient seules, ou entourées de quelques piètres complices dont se débarrasser restait simple. Mais Nylhin, lui, s’était entouré de toute une troupe de combattants aguerris, sans compter que l’elfe noir lui-même n’était pas à prendre à la légère. Prévenu de ce fait à l’avance, Martel avait eu tout son temps pour échafauder un plan. Et bien que cette méthode de félon n’était pas digne d’un veilleur chevronné comme lui, le mensonge lui avait semblé la meilleure solution. Tout était parfaitement ficelé : suivre Nylhin depuis la sortie d’Eilogiar, apprendre sa destination, le devancer sur le Céleste, le « rencontrer »...
Cependant tout n’était pas allé comme il l’aurait fallu.
La plupart du temps, les cibles méritaient leur procès, veilleurs renégats, criminels sans pitié, traîtres ou déserteurs, tous devaient payer les conséquences de leurs choix. Mais Nylhin s’était révélé à Martel bien différent, et ce depuis la lecture de son histoire. Soit, il avait par son arrogance juvénile entraîné la mort de se famille entière, mais les dix années qu’il avait passées dans les cachots de Lilith semblaient à Martel une punition déjà assez grande.
Il avait vu les cicatrices de l’elfe noir.
Au vu de ce qu’il avait enduré, physiquement et moralement, il aurait été juste de le laisser en paix…
Tout cela, Martel le pensais déjà avant d’avoir rencontré Nylhin, et sa rencontre avec le jeune veilleur n’avait fait que renforcer ses doutes. De plus, la découverte de son… altérité n’arrangea rien. Le senior avait bien réfléchit à tout ceci, et il avait beau tourner et retourner sans arrêt les éléments dans son esprit, la même conclusion revenait a chaque fois le hanter : On ne jugeait pas Nylhin pour ses actes mais pour… autre chose.
Mais bien entendu, sa conscience militaire et stricte du devoir écrasait littéralement les doutes de Martel et l’amitié qu’il avait pour l’elfe noir, et étouffait toute envie de changement. Ainsi, le senior avait fait ce pour quoi il avait été envoyé, il s’était joué de Nylhin et était parvenu à ses fins, au mépris des liens qu’il avait fini par tisser avec lui.
Le veilleur sentit un regard posé sur lui, et porta son attention sur Nylhin. Celui-ci le fixait sans expression, sans même être étonné. Il lui sembla même voir flotter un léger sourire sur les lèvres fines de l’elfe noir, avant que celui-ci ne déporte son regard.
Martel se réprimanda de sa naïveté. Il ne s’était pas joué de Nylhin, c’était l’elfe noir qui avait joué avec lui. En y réfléchissant, il l’avait entraîné avec une facilité déconcertante, et il aurait été idiot de ne pas démasquer la supercherie, au vu du manque de logique de son histoire.
Anyway, le manque de résistance de Nylhin, bien que déconcertant, l’avait bien arrangé. Ainsi, tout s’était passé sans esclandres et la mission était remplie.

Nylhin était arrivé en bas de l’estrade, et les gardes s’étaient agenouillés. Seul restait l’elfe noir, obstinément debout face au Père des Telac Orn. Martel n’aimais pas ça, la situation de l’elfe n’était déjà pas très confortable, mais s’obstiner à défier ainsi l’autorité pourrait le mettre en plus mauvaise posture encore. Martel jeta un regard à Nylhin, s’attendant à y voir l’expression de sarcastique amusement qui lui était habituelle, mais c’est un étonnement contenu qu’il ressentit dans ses traits tendus.
« A genoux devant le Père ! » brailla un des gardes au sol d’un ton impérieux. L’elfe noir repris un peu de sa contenance et répondit, au grand étonnement de l’assemblée.
« Ce n’est pas mon Père, le mien est mort.
Un garde du Lion agenouillé derrière l’impertinent esquissa un geste de correction, mais fut stoppé dans son mouvement par un signe discret du maître de cérémonie. Reik Telac Orn se leva doucement de son trône, sous le regard perçant de Nylhin où brûlait une expression de défi. Redressé, le Lion dominait l’elfe de plus de deux mesures, et sa large carrure le noyait dans une ombre menaçante.
« A genoux. »
Le ton calme et égal de l’ordre semblait irradier d’autorité, puissance écrasante de pouvoir contenu éradiquant tout désir de révolte.
Nylhin posa genou à terre.
Une expression satisfaite passa sur les traits durs de Reik, qui se rassit, tout aussi lentement qu’il s’était levé.
Les quelques minutes de silence qui suivirent permirent à Martel de ressentir l’ambiance pesante qui alourdissait l’air d’autorité. Le mentor était habitué à l’aura de domination qui émanait du Lion, l’ayant lui-même maintes fois éprouvée, à ses débuts dans les troupes Telac Orn.
Les réminiscences de Martel furent coupées par la voix impérieuse du maître de cérémonie.
-Nylhin Lotha Leys, vous êtes en ce jour et ce lieu devant le conseil pour être jugé.
Reik Telac Orn ponctuait chaque fin de phrase par un léger silence, le temps que les échos de sa voix retombent, alourdissant encore plus la tension qui régnait dans la salle.
« Votre faute est la suivante : Vous êtes accusé d’avoir, par arrogance et inconscience, entraîné la mort de l’intégralité de votre famille, et la destruction de votre Maison.
Millénaire, je vous en prie, veuillez relater les faits. »
Le Lion accompagna son invitation d’un geste nonchalant de la main.
Millénaire, comme éveillé de sa torpeur, tourna lentement la tête vers Telac, puis vers Nylhin. Puis, d’une voix claire et surnaturelle se répercutant dans toute la salle, il raconta dans une objectivité parfaite le passé de Nylhin, de son départ à la mort de sa famille, massacrée par le déchireur que l’elfe noir était parti chasser. Un silence pesant suivi ce récit, enfin brisé par la voix cassée de Nylhin, qui laissait tout de même filtrer un ton hargneux :
«Vous n’avez pas autorité sur moi, Reik Telac Orn, seul un ancêtre de ma Maison peux me juger. »
Le Lion esquissa un léger sourire : « N’avez-vous pas entendu ce qu’il vient de se dire ? Votre maison est éradiquée, Nylhin Lotha Leys. Or, en tant que créateur de la lignée Veilleuse Lotha Leys, je suis le Père le plus à même de vous juger. Reik se pencha sur son séant, et posa son regard glacial sur l’elfe noir : « Vous êtes le dernier des Lotha Leys, et j’ai bien peur que votre lignée ne s’éteigne avec vous… »
De nouveau, un silence de mort balaya la salle…
Nylhin, tremblant, releva les yeux où brillaient les éclats souffrants de sa culpabilité. Il fixa quelques secondes Reik de son regard humide, et se tourna vers Millénaire, qui avait les yeux fixés sur l’elfe noir. L’avatar sembla comprendre la question de Nylhin, et hocha la tête gravement. « Vous êtes le dernier de votre lignée, Nylhin Lotha Leys » Les paroles de Millénaire furent d’un ton neutre et insensible, mais son regard posé sur l’elfe noir était doux, compatissant.
Martel souffrait de voir Nylhin si abattu. Il était brisé. Peut-être avait-il gardé un espoir au fond de son cœur, peut-être pensait-il encore que, quelque part, un de ses parents était en vie. Mais les paroles de Millénaire étaient la vérité même.
Inébranlable, fatale vérité.
L’elfe noir gardait ses yeux embués de larmes sur ceux de l’Avatar. Même si les mots étaient prononcés, on aurait dit que l’échange n’était pas fini. « La bouche de millénaire est Vérité, mais ses yeux sont Emotion. » L’adage semblait vrai. Le regard de l’Avatar était flamboyant, empli de sentiments, et à ce moment, d’une profonde et oppressante tristesse.
Martel sentit son cœur mourir devant l’injustice de la situation, devant le sort de Nylhin, devant le malheur qui semblait le suivre partout où il allait. Il ferma les yeux, espérant ainsi étancher les larmes qui pointaient à leurs coins. Depuis quand n’avait-il pas pleuré ? Cela lui semblait une éternité…
Nylhin lâcha soudain un hochet de surprise.
Son expression venait de passer d’un total accablement à un saisissement stupéfait. Il fixait toujours le regard de Millénaire, et semblait se noyer dans l’azur chatoyant de ses yeux. L’elfe noir baissa enfin ses paupières et, comme renaissant, retourna la tête vers le Lion, une lueur d’espoir dans son regard flamboyant. Il marmonna quelque chose, et pris la parole.
« Ainsi, tous sont morts… Même celle à qui vous avez transmis le don. Il me semblait pourtant que vous aviez été envoyé en mission avec elle… Si vous nous disiez ce qu’il est advenu de Lonn Lotha Leys, avec qui vous deviez abattre le déchireur qui a au final tué ceux qui m’étaient chers ? Deux Mathusalems comme vous, vous auriez dû réussir à en venir à bout. Et votre sens de l’honneur est grand, vous ne vous seriez jamais abaissé à fuir devant la créature qui menaçait nos familles ? »
Une expression de fureur déformait à présent le visage de l’elfe noir
« Mais vous êtes là, bien vivant ! Et le déchireur a tué ma famille ! Dites moi, avez-vous échoué et fuit, ou fuit et échoué ? »
« ASSEZ !!! » Reik s’était levé brusquement, une lueur de fureur dans ses yeux noirs. « Votre culpabilité est attestée, Nylhin Lotha Leys, le conseil doit désormais décider de votre peine ! En attendant le verdict, vous serez emprisonné ! Gardes, emmenez-le ! »
« Un CONSEIL ? Vous appelez ça un conseil ? Un homme pour décider, des membres inconnus de tous, un seul siège occupé ! Vous… »
Un des soldats du Lion assena un violent coup de garde à Nylhin, qui s’évanouit sous le choc.
Il fut emmené, inconscient, hors de la salle.
Martel était stupéfait. Reik n’avait laissé aucune chance à Nylhin ! Il n’avait pas pu se défendre ! Et faire usage de violence ainsi… Ce n’était pas digne d’un veilleur ! Pas digne d’un conseil, et encore moins d’un mathusalem ! Les requêtes de l’elfe noir étaient tout ce qu’il y avait de plus logiques…
Martel tourna son regard vers Reik Telac Orn, qui seul siégeait au conseil, ayant refusé que les autres personnes présentes s’asseyent à ses côtés sur les autres places d’honneurs…
Ce n’était plus un conseil, c’était devenu ni plus ni moins qu’un dictat.
Et Martel était curieux de savoir ce qui poussait ainsi le Lion à précipiter ainsi la condamnation de l’elfe noir…

*

Mais tout ne s’éteindra pas avec vous, Nylhin Lotha Leys… Il reste un espoir…

Nylhin rouvrit brusquement les yeux. Il avait froid, il avait soif, et la douleur le tiraillait inlassablement. Sans laisser le temps à son esprit de sortir de la brume où il se perdait, l’elfe noir s’assit sur sa couchette, et jeta un œil vaseux à l’endroit où on l’avait enfermé. Il était dans une pièce étroite, aux murs de pierre. Une porte métallique rouillée recouvrait le tiers d’une des parois, et le seul meuble de la pièce consistait en la paillasse sur laquelle on avait déposé l’elfe noir. Le prisonnier se massa l’arrière du crâne, où du sang séché recouvrait la légère entaille qui lui lançait des vagues de douleur grimaçantes. L’elfe sombre ronchonna « Emprisonné chez mes ennemis, autant que chez mes amis… ».
Il s’adossa à la paroi, qui n’avait curieusement pas la fraîcheur de la pierre. Quelques tâtonnements suffirent à l’elfe pour comprendre que sa cellule était à l’image de la salle du conseil : Une paroi était constituée simplement de l’écorce de Millénaire. Nylhin ricana
« A quoi bon faire des économies de pierre, quand on est si riche ?
-Ces installations ne sont pas de la main des veilleurs , Nylhin Lotha Leys…
L’elfe noir se redressa vivement. La voix était venue de nulle part, et de partout à la fois. Surnaturelle, elle avait traversé l’air comme une bourrasque de vent s’engouffrait et ressortait d’une chambre mal fermée.
-… De plus, ce n’est pas un hasard si les cellules sont disposées ainsi.
Nylhin connaissait cette voix.
« Millénaire ? »
L’écorce sur laquelle l’elfe noir s’était appuyé sembla soudainement bouger. Une forme humanoïde se forma à sa surface et lentement s’en échappa, jusqu’à finalement se détacher complètement de la paroi. Millénaire se tenait à côté de Nylhin, assis en tailleur sur la paillasse, son regard envoûtant posé sur le prisonnier éberlué.
« Qu’est-ce que… que…
-J’ai peu de temps, Nylhin Lotha Leys. Je suis là pour te donner, comme y a le droit chaque condamné depuis des millénaires, une réponse.
-Une réponse ? Mais à quoi ?
-Cela, c’est à toi de le décider.

*

Après le départ de Nylhin, Reik avait abruptement renvoyé tous les membres du conseil à leurs occupations, sans même évoquer de prochaines discussions sur le sujet. Martel allait s’exécuter quand le Lion l’avait interpellé : « Martel, venez à ma chambre au lever de la lune. »
Le veilleur avait assuré qu’il viendrait, et s’était dirigé vers les quartiers où les amis de Nylhin étaient installés. Mais à mis chemin, il se demanda si c’était vraiment une bonne idée. Il avait été l’instigateur de l’arrestation de leur compagnon, et revenir seul pourrait engendrer une agitation dont il voulait se passer. Quand le temps sera venu, il reviendrait à eux.
Un rugissement venant de son estomac lui rappela qu’il n’avait pas mangé depuis trop longtemps, il demanda à un garde où se trouvait la cantine et alla s’y installer, assiette en main. La « cantine » des gardes se résumait à une très grande toile de tente surplombant cinq ou six grandes tables où, en dehors des heures de repas, était proposés des mets secs et froids, comme des fruits et autres pains et céréales. Attablé, Martel s’apprêtait à se servir quand une agitation sonore soudaine le fit se retourner. A une table voisine, deux soldats venaient de se lever bruyamment, face à face, et se jetaient mutuellement insultes et menaces à la figure. Apparemment, ils étaient tous deux de famille et de race différentes. Martel reconnu l’emblème du Lion sur l’homme et la tenue caractéristique des Ombres sur l’elfe sombre. La tension palpable attirait d’autres soldats curieux d’assister à la confrontation qui semblait sur le point d’arriver. Martel prit son assiette sur ses genoux et commença à grignoter quelques biscuits en analysant la scène, les sourcils froncés. Tandis que la tension montait, une partie du groupe des spectateurs se scinda en deux : Ombres d’un côté et Lions de l’autre. Les autres observateurs semblaient rester à l’écart, comme le faisait Martel. La dispute montait en volume, et le veilleur pu en entendre quelques bribes. Evidemment, le différend était d’ordre politique, et portait en particulier sur le commandement des Ombres.
Quelqu’un s’assit à côté de Martel, et se servit une assiette de fruits secs. Le mentor jeta un œil à son voisin et reconnu le gradé qui avait assisté au « procès » de Nylhin. Il avait laissé son armure d’apparat pour une cuirasse plus légère, constituée de cuir épais et de quelques plaques d’ébonite. Il semble constamment prêt au combat. Un coup d’œil rapide à la petite foule regroupée étendit cette réflexion à l’ensemble des Ombres présentes.
« Je ne savais pas qu’on avait droit à un dîner spectacle ici. Fit Martel en reportant son attention sur l’altercation.
-Ces disputes sont assez fréquentes, mais le sang est rarement versé.
-Belle fraternité…
-Il faut les comprendre : Cela fait plus d’un an que Reik s’est installé ici, et autant de temps que la Mère des Ombres a disparu de la circulation. Les Lions en ont marre de la précarité de l’environnement, et les Ombres n’en peuvent plus de la dictature des Telac Orn. Certains vont même jusqu’à penser que Reik a emprisonné la mère des Ombres.
Martel était étonné par la franchise des propos de son interlocuteur, autant que par l’apparente neutralité de son ton.
-Vous n’êtes pas de leur avis ?
L’elfe sourit à Martel : « Personne ne peut emprisonner Nemnil, aussi vrai qu’il est impossible d’enfermer le vent. »

Comme l‘avait prédit le veilleur, l’altercation prit fin sans que le sang n’ait été versé. Des spectateurs avaient finalement retenu les deux soldats, étouffant ainsi la querelle. Son maigre repas terminé, Martel allait imiter la foule qui se dispersait, quand son voisin l’interpella :
« J’ai vu votre regard, Martel Telac Orn. »
Martel se retourna vers l’elfe noir, une expression neutre sur son visage :
-Que dîtes-vous ?
L’elfe avala un abricot, ses yeux ambrés fixés sur Martel.
« Durant le procès, j’ai lu un trouble en vous. Une expression que je n’aurais pas osé imaginer sur un vétéran Telac Orn. »
-Venez-en au fait.
Le ton abrupt de Martel ne laissait pas place aux tergiversions.
« Sachez juste, Martel, que l’on a toujours le choix, et ce peu importe la situation. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Vous le comprendrez bien assez tôt. »
L’elfe sombre se leva :
« Mais attention : je ne suis pas le seul à avoir vu votre regard, Martel Telac Orn. »
Sur cette dernière phrase, le Veilleur parti d’un pas rapide, sous le regard soucieux de Martel.

Durant le laps de temps qui lui restait, Martel avait fait le tour des commerces de la grande passerelle, acheté quelques pièces d’armure et un nouvel arc (l’ancien avait été détruit durant le crash du Céleste), puis s’était dirigé vers les appartements de Reik Telac Orn.

Le veilleur arriva à l’entrée des appartements, où deux gardes du Lion étaient postés. Il se présenta et se fit annoncer par ceux-ci. On le conduisit dans une pièce de taille moyenne richement décorée, où on lui demanda d’attendre le Père Telac Orn.
Martel balaya la pièce somptueuse du regard. Les murs étaient parés de draperies toutes à l’effigie du clan Telac Orn, et de plusieurs trophées. Armes, boucliers ou pièces d’armures, tout ici témoignait de la puissance du clan, et plus particulièrement de son chef. Martel fronça les sourcils à la vue d’une arme qu’il connaissait bien, accrochée en évidence au dessus de l’âtre de la petite cheminée qui chauffait la pièce. Hybride était vraiment une belle arme, mais sa place n’était pas sur un mur.

Le grincement significatif d’une porte que l’on ouvre fit se retourner Martel, qui s’agenouilla devant son Chef.
Reik s’était paré d’atours plus fonctionnels que ceux qu’il portait durant la cérémonie, mais sa tenue restait somptueuse. Le Père Telac Orn fit signe à Martel de se relever, plus par habitude que par sympathie.
« Comme toujours, vous êtes ponctuel, Martel. Et comme toujours, vous avez fait du bon travail. »
Reik s’installa dans un fauteuil, face à une table basse où plusieurs liqueurs et deux verres étaient disposés. Il fit signe à Martel de s’installer face à lui.
« Prenez donc un verre, mon ami, et laissez les formalités militaires aux soldats de bas niveau. »
Martel, agréablement surpris par cette camaraderie nouvelle, s’installa et prit le verre que lui tendait son supérieur. Il resta néanmoins méfiant, quelque chose n’allait pas dans ce brusque changement d’attitude.
« Martel Telac Orn, vous servez la famille depuis presque un demi-siècle aujourd’hui, et vos loyaux services ont résolu maintes problèmes depuis votre entrée dans nos troupes.
-Je m’efforce de faire de mon mieux.
Non, quelque chose n’allait vraiment pas.
« J’en suis bien conscient, mon ami, et personne n’a rien à redire sur votre travail. Ainsi, pour vos excellents résultats et votre loyauté, il a été convenu de vous offrir un avancement. »
Martel était éberlué :
« Un avancement ? »
« Oui, Martel Telac Orn, vous êtes désormais Lieutenant, à la tête d’une faction de dix hommes. »
Un silence sourd tomba sur la pièce. Reik détaillait avec délectation la surprise sur les traits de Martel, alors que celui-ci, son verre à mi-chemin entre la table et ses lèvres, s’était figé de stupeur, ses yeux agrandis posés sur le Lion.
Finalement, Martel reposa doucement son verre sur la table basse, et, reprenant sa contenance, demanda :
« Je ne comprends pas… Excusez-moi, Père Telac Orn, mais un grade ne se donne t-il pas à la cérémonie annuelle ? Après quantité de tests physiques et intellectuels ? Que signifie cette…
Reik l’arrêta d’une main :
-Nous sommes en temps de troubles, Lieutenant, et les décisions importantes ne peuvent attendre les cérémonies. La guerre ne nous permet pas ce genre de frivolités.
-Je vois… Et je vous prie de comprendre ma perplexité.
-J’imagine, en effet, qu’elle est naturelle.
Reik se leva, et, verre en main, se posta face à la cheminée, l’air rêveur, laissant Martel dans ses réflexions. Le lieutenant nouvellement nommé ne savait quoi penser de ce catapultage hiérarchique. Cela signifiait renommée, responsabilités… Il n’aurait plus à s’occuper de missions de bas niveau et prendrait part à la guerre plus efficacement. Il pourrait enfin se démarquer et sortir du nuage opaque de la discrétion dans lequel tout espion se doit d’agir.
Martel jeta un œil à Reik Telac Orn. Celui-ci n’avait pas bougé, il semblait contempler Hybride, mais sa posture était dure et ne laissait filtrer aucun émoi. Comme s’il avait sentit le regard de Martel sur son dos, Reik se remit à parler :
«Maintenant que vous êtes Lieutenant, vous ne pouvez recevoir d’ordres que des généraux et de moi-même. Les six généraux sont absents, dispatchés dans nos places fortes, à échafauder des plans d’attaque contre Gorgorbé. Je vous remettrais donc en personne vos ordres de mission.
Reik se retourna vers Martel et lui tendit une lettre cachetée de son sceau.
« Et j’ai justement ici votre première mission, Lieutenant. »
Martel se releva et pris la lettre en une révérence. Il l’ouvrit :


Ordre de Mission à l’intention du Lieutenant Martel Telac Orn.

A la suite de son procès, et des délibérations qui en découlèrent, le prisonnier Nylhin Lotha Leys, ainsi que toute sa troupe de brigands, ont été condamnés à mort. Les condamnés ne sont pour autant pas à prendre à la légère, et il serait préférable, pour la paix de la place forte et la sérénité de ses occupants, de ne pas ébruiter l’exécution. Le moyen utilisé est libre, bien qu’il doive rester le plus discret possible. Vous avez autorité sur dix soldats, que vous pouvez choisir à votre gré, vos troupes permanentes n’ayant pas encore été désignées.

Dans l’espoir que votre mission se déroulera sans complications ni dérapages.
Haut conseil de la famille Telac Orn



C’était donc ça.
Martel s’était fait bêtement piéger. Refuser la mission revenait à faire acte de sédition, et révélerait à Reik Telac Orn, qui devait sans aucun doute possible être le principal ordonnateur de cette mission, les doutes de son nouveau lieutenant. Le veilleur avait du mal à contenir sa panique et sa rage. Mais il devait se contrôler, s’il laissait percer le moindre doute, Reik userait sans doute de son redoutable pouvoir de persuasion. Et Martel devait à tout prix rester lui-même.
Il leva les yeux de la lettre, contrôlant le plus possible son expression pour ne faire transparaître qu’une simple et légère surprise :
« La condamnation à mort de Nylhin Lotha Leys est compréhensible, mais pourquoi abattre ses compagnons ?
Reik devait s’attendre à cette question, il déballa un discours qui semblait mûrement pensé :
-Ne prenez pas les décisions du haut conseil à la légère, Martel, il a ses raisons. Mais je comprends votre curiosité et je pense que quelques explications ne seront pas de trop.
Je vous en prie, installez-vous. Reik se rassis à sa place et posa son verre sur la table, en attendant que Martel l’imite. Enfin, le Lion fixa son regard sur celui de son Lieutenant, et commença :
« Si les compagnons de Nylhin doivent subir le même sort que lui, c’est pour une raison très simple : Ils sont tous, d’une manière ou d’une autre, coupables d’alliance vampirique. »
Martel n’en croyait pas ses oreilles. L’alliance vampirique était un crime passible de mort dans tous les tribunaux veilleurs, toute alliance engendrée avec un vampire était en effet immédiatement sanctionnée. Mais si Reik accusait la troupe d’alliance vampirique pour le seul fait d’avoir été en lien avec Nylhin, cela ne signifiait qu’une chose !
Reik sourit.
« Il est vrai que c’est une histoire incroyable, mais Nylhin est lié, de par sa nature même, aux vampires. De plus ce fait a été confirmé par la présence d’un vampire à bord du Céleste, avant le crash de celui-ci, selon votre rapport. »
Joli piège. Si Martel relevait le non-alignement du vampire du Céleste, dénigrant ainsi l’allusion à la nature de Nylhin, cela signifierait qu’il était au courant, et qu’il avait délibérément omis de rapporter le fait dans son rapport…
« Excusez-moi, mais comment Nylhin Lotha Leys, de sang Veilleur, peut par sa nature être lié aux vampires ? Je ne comprends pas. »
Reik resta fixe un moment, comme s’il tentait de lire en Martel, puis il sembla finalement se détendre quelque peu et un léger sourire apparu sur ses lèvres.
« J’espérais que vous me poseriez cette question, Martel. Je vais donc vous donner une réponse : Je sais de source sûre que durant son séjour dans les terres de sang, Nylhin a subi d’énormes influences, par torture, par persuasion, et par… Morsure. Nylhin Lotha Leys est unique en son genre, c’est une anomalie créée par les vampires, C’est un hybride. »
Martel simula la surprise :
« Vous voulez dire que… »
« Oui, Nylhin a autant de sang veilleur que vampirique dans ses veines. »
Alors il était au courant… Mais comment pouvait-il l’avoir apprit ? Cela ne se voit pas en un coup d’œil… Mais autant laisser de côté ces questions, et glaner quelques informations :
« Mais c’est impossible, c’est de connaissance commune que les deux sangs sont furieusement incompatibles ! C’est la mort assurée pour quiconque… »
« Oui oui oui, tout cela est vrai, mais le fait est aujourd’hui que Nylhin est en vie, et qu’il est autant maudit que béni. D’après mes sources, cette anomalie a pu se faire à cause de plusieurs points : la force du sang vampire insufflé en lui, la faiblesse de son sang veilleur due à la jeunesse du don dans sa famille et sa nature elfique qui le rend plus résistant. »
« La force du sang vampirique ? »
« Oui, et c’est là la preuve flagrante de sa trahison : Lilith elle-même lui a transmis la malédiction, et un vampire créé par son sang est nécessairement sous ses ordres. »
Le silence retomba sur la pièce, alors que Martel réfléchissait. Il avait bien observé Nylhin, et il était impensable, au vu de son impertinence et sa neutralité, qui puisse être contrôlé par Lilith. De plus, qu’irait-il faire à Eilogiar dans ce cas ? Il avait plus semblé être perdu que de suivre un but précis. Non cela ne tenait pas la route. Ensuite, comment Reik pouvait-il affirmer avec autant de certitude que Lilith la Damnée soit à l’origine de la malédiction ? C’était peut-être un simple mensonge destiné à convaincre Martel… Mais autant jouer le jeu :
« C’est une abomination… »
« Oui, et c’est pourquoi nous ne pouvons le laisser en vie, et ses complices devront périr avec lui. De plus, on m’a fait part d’un détail : Deux des compagnons de ce monstre semblent dégager une aura de veilleur, tandis qu’un autre détient une épée Veilleuse, sûrement volée sur le corps froid d’un des nôtres… »
Martel relis une dernière fois l’ordre de mission, puis le replia et le rangea dans une poche intérieure. Il finit d’une rasade son verre et reporta son regard sur celui, plein de contentement, de Reik Telac Orn :
« J’accepte avec plaisir la mission, ces traîtres seront morts à l’aube. Si vous le permettez, j’aimerais disposer, pour commencer mes préparatifs. »
« Je vous en prie. Je vous fais parvenir une liste détaillée de nos meilleurs éléments. »
« Je voudrais aussi avoir la liste des Ombres, leur discrétion est un atout essentiel pour cette mission. »
« Naturellement. »
Sur ces derniers mots, Martel fit une révérence et sortit calmement de la pièce.

…On a toujours le choix…
Oui, Martel avait le choix : Trahir sa famille ou trahir des innocents, privilégier le devoir à l’amitié, choisir entre sa tête et son… cœur.
L’elfe noir avait prévu l’alternative dans laquelle se trouvait Martel. Il devait le retrouver et l’enrôler.
Il était évident à présent que Nylhin était condamné pour ce qu’il était et non ce qui avait fait. Cela cachait quelque chose, il régnait dans cette sombre histoire un mystère pesant, mais Martel n’avait pas le temps de le dévoiler.
Il avait déjà peu de temps pour sauver ses amis.

*

Quand Martel fut sortit, Reik Telac Orn se rassis à sa place et se resservit un verre. Décidemment, son éloquence était vraiment son plus grand atout. D’un soldat plein de doutes et à la loyauté défaillante, il avait façonné un fervent et loyal lieutenant, prêt à faire un massacre pour lui… Reik n’avait pas ressenti autant de fierté depuis qu’il avait convaincu Lonn Lotha Leys de se jeter dans les griffes du déchireur seule, alors qu’il allait « attaquer à distance ».
Leur plan d’offensive était parfait, autant que l’était celui de Reik. Et l’amour véritable que Lonn lui portait avait aidé. Il avait finalement envoyé à la mort le membre le plus puissant des Lotha Leys. Et Nylhin avait fait le reste du travail à sa place, en engendrant la mort du reste de sa Maison.
Reik eu un petit rire au souvenir de sa visite au manoir Lotha Leys cette année là, où l’attendaient des dizaines de cadavres sans tête, noyés dans leur propre sang…
Cet événement imprévu et bienheureux lui avait facilité la tâche, et il avait pu se concentrer sur la suite des évènements, soit l'occupation progressive de la place forte des Ombres.
L’invasion lui avait prit du temps, il avait piétiné durant un grand nombre d’années, usant du maximum de son influence pour infiltrer des Telac Orn de confiance dans les rangs des ombres. Malheureusement, les infiltrés n’avaient pas la confiance des Ombres, ni de leur Dame.
Il désespérait encore de pouvoir un jour prendre le contrôle de la place forte quand ce Gorgorbé apparut. Il pu alors, sous couvert de se rapprocher de la forteresse de Gorgorbé et pour excuse l’ajout de renforts aux Ombres, arriver en masse et s’imposer comme le nouveau dirigeant des lieux. La disparition soudaine de la Dame, qui n’était en aucun cas de son ressort, lui avait permis d’être aujourd’hui à sa place.
Et voilà que Nylhin réapparaissait, tout droit sorti des cachots de Lilith… Et portant en lui ce que redoutait la famille Telac Orn depuis des milliers d’années… Mais l’idiot était tombé dans les mailles de son filet, et ce détail serait bientôt de l’histoire ancienne.
Reik finit son verre et le reposa doucement sur la table. Il prit la bouteille et la vida en une rasade, puis il planta son regard dans les flammes de l’âtre, contemplant leur lumière brûlante…
Quand Nylhin et ses amis seront morts, il n’aura plus qu’à envoyer les troupes sur la forteresse de cristal, et ses fidèles soldats pourront alors se retourner contre les Ombres et leurs Ilyens au moment critique…Pris de deux flancs, cette élite guerrière ne survivrait pas.

Et enfin, après toutes ces longues années, après tout ces efforts, Reik aurait réalisé le rêve de sa lignée, sa mission ancestrale…

L’extermination des Ombres et de leurs alliés elfes sombres. L’éradication de tout espoir de renaissance pour les Ilyens. Et le contrôle absolu de Millénaire.

*

Nylhin était adossé à la paroi de pierre, les yeux fixés sur Millénaire, face à lui, qui patiemment attendait. La lanterne accrochée au mur éclairait d’une lumière ambrée la pièce, alors que les yeux de l’entité tranchaient l’ombre de leur éclat mystérieux.
Ainsi, Nylhin avait le droit à une réponse, une vérité. Il savait très bien ce que cela signifiait. L’avatar le lui avait bien fait comprendre.
L’elfe sombre était condamné à mort.
…Mais tout ne s’éteindra pas avec vous, Nylhin Lotha Leys…
La phrase s’écoulait en son esprit, ainsi que l’image qui la suivait. Une lueur d’espoir pour sa lignée.
Pas besoin de poser de question de ce côté-ci, tout était dit.

* Crétin, t’attends quoi ? On sait bien tous les deux la question à poser !
-Es-tu sûr de vouloir connaître la réponse ? Et si elle ne te plaisait pas ?
-Pfff, qu’importe, c’est juste de la curiosité. Cela m’importe peu de savoir si on est juste une anomalie ou un semi dieu amnésique.
-Bien entendu… *


Nylhin rouvrit les yeux, remarquant par ce fait qu’il les avait fermés. Il retrouva le regard de Millénaire, qui le fixait, immobile.
« Millénaire, si je te pose une question, aurais-je le droit à une réponse complète ?
-Ne vous en faites pas, je ne répondrais pas en un seul mot. La vérité est riche, et ses branches multiples. Ainsi, vous pourrez me demander explications et approfondissements sur les éléments que je vous révélerais.
Nylhin sourit : « D’accord, je préfère ça. »
L’elfe noir se redressa sur sa paillasse et plongea son regard dans celui de Millénaire.
« Millénaire, j’ai trouvé ma question. »
L’entité resta silencieuse, concentrée, elle semblait lire à l’avance la demande dans les yeux de Nylhin.

« Que suis-je ? »

*

Martel était assis sur une chaise en bois, adossé dans une position impatiente au mur de la chambre dans laquelle il s’était installé. Sur la table à son côté reposait le parchemin sur lequel étaient notés les noms des meilleurs éléments veilleurs présent à la place forte des Ombres.
Quand le messager lui avait fait parvenir le dossier, Martel avait rapidement trouvé la personne qu’il cherchait. Le veilleur qui avait assisté au procès de Nylhin était l’Ombre le plus haut gradé de la place forte. Martel lu de plus qu’il était aussi le palefrenier des Ilyens. C’était décidément un allié de choix. Martel avait fait chercher l’Elfe noir, ainsi qu’une dizaine d’Ombres les plus susceptibles de pouvoir l’aider, autant sur un plan physique qu’idéologique. Il avait bien précisé à son messager de ne faire entrer que le Palefrenier, et de faire patienter les autres dans le salon de ses nouveaux appartements. Il risquait très gros à ne choisir que des Ombres, mais les troupes du Lion étaient bien trop loyales pour lui être d’un quelconque secours. Et il devait pouvoir compter sur tous ses hommes. Martel espérait juste que Reik ne porterait pas trop attention à ses choix.
Martel avait bien réfléchi aux directives à prendre, au plan qu’il devait suivre. Il devait en une nuit faire sortir les compagnons d’Eilogiar et, si possible, Nylhin de la place forte pour au final faire croire à leur mort. Ainsi il conserverait son poste et pourrait prendre part à la guerre sans avoir de trop lourds regrets sur les épaules. C’était en quelque sorte un bon compromis entre sa tête et son cœur, pensait-il. Mais il ne serait pas aisé de faire s’évader Nylhin sans éveiller de soupçons. Sans parler des autres, sur qui pesait une garde rapprochée très poussée. Il devait parler au palefrenier.
Comme en écho à ses pensées, le messager frappa à la porte de la chambre, en annonçant l’arrivée des soldats. Martel l’invita à faire entrer son hôte.
L’elfe sombre entra silencieusement dans la pièce, sous le regard scrutateur de Martel. Il était en tenue de combat légère caractéristique des ombres. A son côté pendaient dans leurs fourreaux deux lames courbées de différentes tailles, solidement fixées à sa ceinture où étaient accrochés toutes autres sortes d’objets et d’armes diverses.
Le palefrenier resta immobile devant Martel, et celui-ci pris quelques minutes avant de commencer :
« J’ai fait un choix.
-j’en suis heureux, puis-je vous demander lequel ?
Martel s’étonna encore du comportement de l’elfe, une fois de plus contradictoire. Sa posture était guindée, telle celle des soldats en garde devant leurs supérieurs, alors que son ton semblait amical, presque impertinent au vu de sa situation. Mais il n’était pas temps de s’alourdir du protocole.
-Le plus juste à mes yeux.
-j’ose espérer que nous avons la même définition de « juste », Martel Telac Orn.
-j’en viens donc au fait : voulez-vous m’aider à faire s’échapper Nylhin et ses compagnons ?
Martel pria les dieux de ne pas s’être trompé au sujet de son interlocuteur.
L’elfe sombre resta immobile quelques instants, puis quitta soudainement sa position droite pour aller s’affaler sur le lit d’un Martel décontenancé.
« Qu’est-ce que cela m’apporterait de faire cela… Je me le demande bien. Je ne suis pas un moine, Martel, je ne donne pas mon aide sans qu’il y ait un retour favorable et équivalent… »L’elfe sombre planta son regard, jusque là volatile, sur Martel.
« Sinon supérieur. »
Martel n’était qu’a moitié réconforté :
« Serait-ce du chantage, maître palefrenier ?
-Non. Si nous ne parvenons pas à un accord, aucun des mots prononcés ici ne sortira de cette pièce.
-J’ai votre parole ?
-Oui.
-Très bien, dans ce cas, que voulez-vous ? Je vous préviens je n’ai pas d’or ou autres denrées de valeur.
-Non, Lieutenant Martel Telac Orn, je me fiche de l’or. Ce que je veux est plus de niveau… disons politique.
Martel s’impatientait.
-Venez-en au fait !
L’elfe sombre, qui jouait avec la lame qu’il avait sortit de son fourreau, se retourna vers Martel, une lueur glaciale dans les yeux :
« Si je vous aide à sauver vos amis, vous m’aidez à renverser Reik Telac Orn du trône qu’il a volé à la Dame des Ombres. »
Martel resta sans voix. Il était une fois de plus piégé. S’il refusait, ses chances de réussir seraient minces : il avait besoin des Ilyens pour faire partir ses amis, mais sans le palefrenier ce serait impossible. Et s’il acceptait de commettre cette trahison, il avait de fortes de chance d’en mourir, au combat ou au tribunal.
L’elfe sombre semblait lire sur le visage pâle de Martel. Un léger sourire apparu sur ses lèvres.
« Un choix est un choix, Lieutenant, et chaque voie a ses avantages et ses inconvénients. Mais on ne peut arpenter deux chemins à la fois. »
Le palefrenier se releva, et rengaina son arme. Il se dressa face à Martel.
« Quel est votre choix, Martel Telac Orn ? »
Le lieutenant leva lentement les yeux, reprenant sa contenance.
Il se redressa à son tour, puis tendit la main à son nouvel allié.
Nul besoin de mots, le pacte était scellé.
L’air grave de Martel répondait au sourire satisfait de l’elfe sombre alors qu’ils scellaient leurs destins en une poignée de mains.

*

« Vous êtes un Ilyen »
Nylhin cru avoir mal entendu, mais il savait que ce n’était pas le cas. L’incompréhension se mêlait en lui au doute et à l’effarement. Il s’attendait à n’importe quelle réponse, sauf à celle-là. Il n’était pas un Ilyen ! Les Ilyens n’étaient que des animaux, magnifiques et rusés, certes, mais ce n’étaient pas des elfes ni des êtres pensants.
Nylhin scruta le fond des yeux de Millénaire pour y déceler ne serait-ce qu’une infime trace de facétie, mais c’était idiot : les dires de l’Avatar étaient la vérité même.
« Expliquez-moi »
Millénaire eu une expression étonnée, puis un sourire parcouru ses lèvres d’écorce.
« Pour avoir des réponses, il faut poser des questions, Nylhin Lotha Leys.
-Très bien, dans ce cas, si je suis un Ilyen, pourquoi n’ais-je pas un corps félin surmonté d’une paire d’ailes ?
-Parce que les Ilyens que vous connaissez ne sont plus ce qu’ils étaient.
-Les énigmes m’ennuient. Qui étaient les Ilyens, Millénaire ?
L’avatar se redressa légèrement sur son séant et répondit enfin, après quelques secondes de réflexion.
« Les Ilyens, Nylhin Lotha Leys, étaient mes gardiens en cette forêt, il y a de cela quelques milliers d’années. Il faut d’abord savoir qu’ils étaient une race à part, un peuple intelligent comme animal, guerrier comme pacifiste… vampire comme veilleur.
Ignorant l’air déconfit de Nylhin, Millénaire continua.
-Les Ilyens que vous connaissez ne sont que des semi chimères, Nylhin, mes gardiens avaient une apparence humanoïde, plus quelques détails morphologiques. En temps de calme, ils se rapprochaient physiquement des elfes sombres d’aujourd’hui. Mais quand venait l’heure de se battre, ou de voyager, ils laissaient leur animalité prendre le dessus. Leurs ailes se déployaient alors, et en cas de combat, leurs griffes sortaient et leurs dents s’effilaient. C’était de redoutables guerriers, ce qui compensait leur faible nombre.
Nylhin ne bougeait plus, envoûté par le récit de l’Avatar. Des êtres en harmonie avec leur animalité, capables d’hybridation spontanée et naturelle…
-D’où venaient-ils ?
-De l’union de deux camps ennemis épris de calme et de paix.
-Vous voulez dire… De vampires et de veilleurs ?
Millénaire opina de la tête:
« Il fut un temps où la violence des guerres entre vampires et veilleurs fut telle que quelques individus voulurent fuir les combats, et ce dans les deux camps. Sous l’effigie d’une personne, ils se réunirent donc en ces lieux et conclurent un pacte avec moi. Ils veilleraient sur moi si je leur révélais la façon de réussir à s’unir. J’acceptai. Les débuts furent douloureux et difficiles. Nombre de personnes ne supportaient pas l’union, et mourraient. Mais une poignée survécut, en trouvant l’harmonie parfaite entre leurs dons. Au fil des générations, leurs êtres furent de plus en plus harmonieux, et ils arrivèrent bientôt à une symbiose parfaite. Ce fut une évolution autant psychique que physique. Je me souviens encore de leur premier envol… C’était un peuple heureux, isolé de tout et de tous, il migrait au fil des saisons au travers des différentes régions de la forêt, comme je le leur avais appris. Il ont construit beaucoup de places fortes comme celle où nous nous trouvons, certaines plus petites, d’autres plus grandes. Ils aimaient leur liberté et la protégeait farouchement. Tout intrus était massacré, si bien que bientôt personne n’osa plus entrer dans cette forêt.
Comme emporté par son récit, l’Avatar n’attendit plus les questions de Nylhin.
« Cependant, il existait un autre peuple qui veillait sur moi, et ce depuis très longtemps. Très discrets et plus terriens qu’aériens, ils avaient échappé un moment à la vigilance des Ilyens. C’étaient tes ancêtres, Nylhin, Les elfes noirs. Leur peau était couleur charbon et leurs yeux clairs comme l’eau d’une source. Quand les Ilyens découvrirent ce peuple, et apprirent par ma bouche leur origine, ils l’évitèrent timidement. Mais il fut un temps où les deux races se rencontrèrent enfin, et s’allièrent. »

-Comment ?
« C’était durant un hiver très pénible. La forêt ne donnait plus assez de nourriture pour ses deux protégés, si bien qu’ils durent s’allier et partager leurs récoltes et cueillettes. Et au final il s’est établi une confiance mutuelle, puis une profonde amitié.
-C’est une belle histoire, Millénaire, mais je redoute sa fin.
Une lueur de tristesse traversa les yeux de Millénaire, alors qu’il repensait aux événements.
« Car fin il y a, oui. Des milliers d’années d’évolution ont été détruites en moins d’un mois.
Un jour, une délégation Veilleuse fut envoyée inspecter la forêt et enquêter sur les disparitions qui y avaient lieu. C’était des veilleurs très bien entraînés, qui purent s’infiltrer sans être repérés. Et parvenir jusqu’à moi. Ils espionnèrent les elfes noirs alors qu’ils dialoguaient avec moi, et je prévins trop tard mes gardiens de l’intrusion. Les Ilyens purent tuer quatre veilleurs ce jour là, mais deux autres réussirent à s’échapper. Parmi eux se trouvait l’ancêtre de Reik, Dorr’an Telac Orn. A cette époque, les guerres d’influences entre les familles veilleuses étaient virulentes, chaque lignée cherchait à gagner en pouvoir pour atteindre les sommets de la hiérarchie. Tant et si bien que le moindre petit avantage pouvait jouer considérablement dans la balance. La famille Telac Orn était jeune et pleine d’ambitions. Elle tenta plusieurs fois d’envahir la forêt, mais ses assauts furent chaque fois repoussés par les Ilyens. Si bien qu’un jour, une alliance fut faite. Une alliance vampirique.

-Une alliance entre une famille veilleuse et des vampires ? Mais c’est impensable !
-Oui, c’est fort improbable, mais c’était des temps de troubles, et le Tribunal veilleur n’avait pas autant d’influence qu’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, les vampires voyaient en ce pacte l’occasion d’étudier les veilleurs, et aussi des perspectives de richesse et de pouvoir grâce à l’argent que leur promirent les Telac Orn.
Millénaire s’arrêta de parler quelques secondes, comme noyé dans ses souvenirs.
-Une attaque simultanée…
L’avatar redirigea son regard vers Nylhin.
« Oui, simultanée, et de deux flans opposés. Leurs troupes étaient légion. Les Veilleurs attaquèrent en premier, attirant toute l’attention des Ilyens qui se battirent vaillamment. Mais les vampires arrivèrent. Sans respect pour la forêt, ils tiraient flèches et carreaux enflammés. Les troupes Ilyens furent décimées, ainsi que celles des elfes noirs, moins entraînées. Puis s’ensuivit un véritable génocide. Femmes, enfants, anciens, nourrissons… tous furent massacrés sans pitié, comme des animaux.
-La lâcheté à l’état pur… Il n’y a aucun plaisir à tuer un ennemi inoffensif. N’y eu-t-il pas de survivants ?
-Il y en eu. Les Ilyens avaient une très grande espérance de vie, et arrivés au terme de leur long voyage, ils pouvaient se chimeriser, tel les veilleurs. Cependant, peu d’entre eux faisaient ce choix, et c’était impossible en mourrant au combat.
Avant l’extermination complète, une Ilyen réussi à sauver quelques enfants de la mort. Il fut fait un rituel d’une magie plus vieille que mes plus profondes racines, et les enfants sauvés furent chimerisés, leur sang transformé en un poison mortel pour les vampires. Ainsi, les troupes vampiriques trouvèrent ces animaux étranges trop dangereux, et les laissèrent vivre. Quant aux Telac Orn, ils avaient atteint leur but et il ne leur était plus nécessaire de tuer.

-Mais… La place forte n’était pas sous le contrôle des Telac Orn, si je me souviens bien ?
-Non, c’est vrai. En fait, avant que cette famille n’arrive à contrôler la forêt, une légende vivante veilleuse réapparu, et s’empara, par les voies diplomatiques et politiques, de la place forte. Elle y créa les Ombres, rassemblement hétéroclite de veilleurs d’élite, proposant à chaque famille de tenter d’y faire entrer un ou plusieurs de ses membres. Ainsi, il y avait toujours énormément de monde à la place forte des ombres : candidats et délégations des familles, ombres elles-mêmes… Même le tribunal s’y installa un temps.

-Astucieux… Ainsi les Telac Orn ne pouvaient rien faire.
Millénaire acquiesça.
Un silence lourd retomba dans la pièce, alors que Nylhin réfléchissait aux dires de Millénaire.
-Qu’en était-il des elfes noirs ?
-Beaucoup furent tués, mais une poignée reçu le don veilleur, et s’allièrent ensuite aux ombres. Les autres survivants se dispersèrent à travers tout Veneha, fuyant les cendres de leur passé. Cependant quelques familles gardèrent contact avec les Ombres. Parmi elles, la famille Lotha Leys. Au fil des ans, plusieurs familles disparurent, ou perdirent leur nom et leurs souvenirs au gré des mélanges. Mais certaines gardèrent précieusement la mémoire de leurs ancêtres et de leurs anciens alliés. Comme la votre, Nylhin.

L’elfe sombre semblait soudain perdu, comme s’il recherchait des souvenirs enfouis. Il se repris au bout de quelques secondes et revint à sa question d’origine.
-Je suis donc un Ilyen… Le dernier des Ilyens. Non, le premier.
-Voyez cela comme vous le voulez. Cependant, je me dois de vous corriger. Vous n’êtes pas le seul. Maintenant, je dois vous laisser, Nylhin. Vous avez eu vos réponses, et vous pouvez partir l’esprit libre de questions. Adieu, Nylhin Lotha Leys.
-Non ! Ne…
L’elfe sombre n’eu pas le temps de retenir Millénaire, qui s’était déjà fondu dans l’écorce de la paroi. Qu’avait-il voulu dire par « vous n’êtes pas le seul » ? Parlait-il des Ilyens animaux ? Ou de quelqu’un d’autre ? A moins qu’il ne s’agisse de …
Les interrogations de Nylhin furent coupées par des bruits de pas légers s’approchants de la cellule, suivis d’un cliquetis caractéristique. Ainsi on venait le chercher. « Vous avez eu vos réponses, et vous pouvez partir l’esprit libre… » Partir ne signifiait pas forcément mourir. Et puis L’Ilyen avait encore nombre de questions…
Nylhin éteignit la torche, plongeant ainsi la cellule dans un noir abyssal.

*

Reik était soucieux. Peut-être avait-il pris confiance un peu trop vite. Le Lion était assis à son bureau, penché sur les noms des guerriers choisis par Martel pour sa première mission. Tous étaient des Ombres, et avaient des antécédents de révolte et d’indiscipline.
Aurait-il mal jugé la loyauté de son nouveau lieutenant ? Ou ce dernier favorisait-il pour le bien de la mission des soldats peu regardants de la moralité d’une mission ? Après tout des rustres tels qu’eux ne pouvaient avoir de conscience politique très grande… Reik se détendit. S’adossant à son dossier, il reposa le dossier sur son bureau. Il n’avait pas à s’inquiéter, il avait fait du bon travail sur Martel.
Soudain, une force inattendue fit basculer la chaise en arrière, tant et si bien que le Lion se retrouva à terre, aux pieds d’un individu qu’il n’avait pas invité.
« Vous êtes bien imprudent, Reik Telac Orn, de vous reposer sur un siège aussi bancal et incertain, surtout quand il peut subir d’autres poids que le votre… »
Fulminant, le veilleur se releva et remit la chaise en place, avant de se poster entre la femme et son bureau.
« Je ne vous ai pas conviée, Que faites-vous là ?
-Oh, ne prenez pas cet air effronté, mon ami, je viens juste m’assurer du bon déroulement des opérations.
-Tout se passe pour le mieux, faites moi confiance. J’espère que personne ne vous a vu entrer.
-Non, personne ne m’a vu entrer, et non, je ne vous fais pas vraiment confiance. Je ne donne ce privilège qu’à mes sujets les plus dévoués, et vous devriez en faire de même. Votre arrogance vous aveugle, Reik, ce Martel n’est pas un homme de confiance.
-Je suis le mieux placé pour décider de cela. Maintenant, j’aimerais que vous partiez, vous aurez ce que vous voulez, mais d’ici là vous devez rester cachée.
La femme, prise d’un excès de fureur, pris Reik par le col et le souleva avec une force incroyable, braquant ses yeux de braise sur lui.
« Ne me parlez pas sur ce ton, avorton ! Et soyez heureux de m’être utile, car dans le cas contraire, vous et vos chers sujets seriez déjà dans l’autre monde, à trinquer avec les Lotha Leys ! N’oubliez pas votre dette !»
Reik, comme tétanisé, ne dit mot. La femme le reposa finalement et épousseta sa tunique d’un air distrait.
« Ah la la mon ami… Vous réussissez toujours à me mettre dans des états pas croyables. Comment faites-vous donc? »
Reik, décontenancé, n’arrivait pas à prononcer la moindre parole.
La femme lui adressa un sourire venimeux :
« Reik, je veux que vous tuiez Martel Telac Orn, je ne lui fait pas confiance. Et s’il le faut, occupez-vous vous-même de la mission que vous lui avez confiée.
-Tr… Très bien
-Voilà qui est mieux. Maintenant, je vais m’en aller, et demain, vous me confierez Nylhin Lotha Leys, vivant. Est-ce bien compris ?
-Oui.
-Parfait.
La femme sourit de toutes ses dents, et après une salutation rapide, sortit de la chambre du Lion, aussi silencieusement qu’elle y était rentrée.

Reik tira sa chaise et s’y affala, frappant de rage sur le bois du bureau. Cette maudite femme dérangeait une fois de plus ses plans. Mais lui désobéir serait pure folie.
Cependant il y a un ordre auquel il ne pouvait obéir. Nylhin Lotha Leys serait mort demain matin, même si Reik devait y laisser des plumes, et ça, personne ne pourrait l’en empêcher.
Pas même Lilith.

*

Il était temps d’accélérer les choses.
Nenmil sautait silencieusement de toits en toits, tel un courant d’air sombre, telle une volubile ombre. Elle se dirigeait à grande vitesse vers les hauts quartiers abandonnés.

Oui, elle devait accélérer les événements, ou tout tomberai à l’eau. Elle avait déjà trop laissé couler les choses, elle avait déjà trop perdu de temps.
Elle devait parer à la menace qui pesait sur les Ombres, rapidement.
Car une peste infestait Millénaire, un fléau terrible. Ces vampires à l’affût, prêts à attaquer…
Elle devait à tout prix prévenir le pire, Ou la fin serait horrible.

Nenmil parcourait la nuit et chevauchait la brise à la recherche d’une proie. Quand finalement elle en trouva, elle s’arrêta. Deux ombres qui marchaient dans la nuit, froides comme la mort. Parfait.
La Dame des Ombres fusa.


*

Le calme régnait dans les appartements d’honneur, où les compagnons de la taverne dormaient d’un sommeil léger, exceptés Caramel et son écureuil. Il avait été décidé, malgré le confort de l’endroit, d’organiser des tours de garde pendant la nuit. Car bien qu’ils soient en terrain neutre, voire ami, l’histoire des vampires que Lucy avait contée à son retour avait éveillé les prudences. Ainsi, la porte d’entrée était bloquée à l’aide d’une table et au moins un des compagnons devait toujours avoir les yeux ouverts. Caramel somnolait donc pendant que Vanille veillait, tous les sens à l’affût.
L’écureuil se promenait dans la salle, sautant et s’accrochant où il pouvait en de belles acrobaties, quand soudain trois coups légers se furent entendre à la porte. Vanille rejoignit vite Caramel, et entrepris de le réveiller en sautant sur le garçon à plusieurs reprises. Caramel se réveilla vite, et quand les coups reprirent, il éveilla tous les compagnons d’Eilogiar.
Lucy alla se poster devant la porte, épée en main, et demanda :
« Qui est-ce ? »
Un court silence de quelques secondes suivirent l’interrogation, puis une voix familière répondit :
« C’est Martel, faîtes moi entrer, c’est important.
Martel… A l’évidence, il avait trahi Nylhin en l’amenant ici. Il pouvait de nouveau se jouer d’eux. Fallait-il lui faire confiance ?
Lucy interrogea ses amis du regard, ils étaient sceptiques.
Vanille poussa de petits cris à l’oreille de Caramel, et celui-ci se tourna vers Lucy :
« Je pense que tu peux ouvrir.
-Ca ne me dit rien de faire reposer la sécurité de la troupe sur le jugement d’un écureuil.
-Ce n’est pas n’importe quel écureuil !
Lucy roula des yeux devant l’air effronté de Caramel, et décida d’ouvrir : après tout, qu’y avait-il d’autre à faire ?
La pyromancienne poussa la table et, quand elle fut sûre que tous étaient prêts à parer toute éventualité, elle entrouvrit la porte. Martel attendait dans la nuit. Il était vêtu d’une cuirasse légère et plusieurs armes reposaient à son côté. Derrière lui étaient postés quelques elfes sombres difficilement visibles dans l’obscurité nocturne.
Lucy montra de la tête les soldats : « Eux n’entrent pas ». Martel opina de la tête et, après avoir murmuré quelques ordres aux autres, entra. Lucy referma la porte et la bloqua de nouveau, avant de se tourner vers Martel, qui scrutait la salle et les compagnons d’un air anxieux. « Que veux-tu, Martel ?»
Le veilleur se retourna vers Lucy et répondit après quelques secondes :
« Je suis là pour vous faire sortir de la place forte. Vous courrez un danger de mort.
-Tiens donc, c’est étonnant.
Martel fronça les sourcils.
« Il n’est pas temps de tergiverser, un de mes hommes est parti chercher Nylhin. Vous vous retrouvez au milieu d’un combat d’influences. Un combat qui pourrait faire couler énormément de sang. Vous devez partir.
-J’ai quand même du mal à te croi…
Un vacarme violent provenant de l’extérieur coupa la parole à la pyromancienne. On entendait des hommes crier, et une agitation soudaine. Martel fonça sans préambule sur la porte et la dégagea. Quand il l’ouvrit, Deux elfes entrèrent dans la pièce à toute allure, suivis par les veilleurs qui accompagnaient Martel. Deux des soldats refermèrent la porte vivement et commencèrent à la barricader.
« Qu’est-ce qui se passe !? »
Une voix familière répondit à Martel :
« Je crois que ton plan a quelques hic, le vieux. »
Nylhin, tout en reprenant son souffle, sourit à Martel :
« Alors qu’on sortait juste des cachots, on a été surpris par des gardes du Lion armés jusqu’aux dents, et on a dû fuir. On les a semés, mais je pense qu’on est au premier endroit où ils viendront nous chercher. »
Lucy se posta devant Nylhin qui s’appuyait sur ses genoux, et le redressa d’un index sous le menton. Nylhin sourit « Bonjour ma belle, j’espère que t’es en forme, on va devoir faire un peu d’exercices. »
Alors que Nylhin s’enlaçaient tendrement, Jalina se tourna vers Martel :
« Quel est le plan ?
-Il faut atteindre les nids des Ilyens, dans les hauts quartiers abandonnés, pour pouvoir s’échapper.
L’elfe sombre qui était partit chercher Nylhin continua :
« Il va nous falloir passer par les petites ruelles, pour éviter de se faire encercler, car maintenant on a une bonne partie des Telac Orn sur les talons.
-Les quoi ?
-C’est une longue histoire, sortez juste vos armes et préparez-vous au combat.
-Et vous êtes qui pour nous ordonner quoi que ce soit ?
-Palefrenier des Ilyens et résident de la place forte depuis ma naissance. Vous aurez besoin de moi, et de tous les hommes regroupés ici aussi. Nos ennemis sont nombreux.
La troupe ne se fit pas plus prier et commença à se préparer.
Nylhin, libéré de l’étreinte de son aimée, fit :
« Je n’ai plus d’arme, il me faut une épée.
Martel fit un signe de tête à un des soldats et répondit :
-Détrompe toi Nylhin, j’ai pensé à ce détail.
Le soldat auquel Martel avait fait signe détacha de son dos un long sac, et en sortit une lame qui étincelait à la lumière des torches.
Nylhin prit Hybride en main, un sourire de satisfaction parcourant ses lèvres.
« Merci Martel »
Le lieutenant sourit à l’Ilyen et se tourna vers la troupe qui semblait fin prête :
« En route ! »
Il ouvrit la porte et la procession s’engouffra dans la nuit claire.
Arpenteur
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Messagepar Arpenteur » dim. sept. 09, 2007 4:24 am

De nombreux êtres se rassemblent sous l'ordre du Maître. Ils sont hideux. La nouvelle émanation les contrôle, se place à leur tête, capte leur attention et les prépare au combat. Ils doivent retrouver d'autres armées au dehors, car le Maître a senti un grand rassemblement de volontés rebellent qui marchent contre son gré. Il se sent presque menacé, mais compte sur son nouveau général pour imposer une ombre de lui-même à la face de ses ennemis.

Une marche s'entame, des colonnes de créatures sans nombre qui sortent d'entre les cristaux acérés de la forteresse. Elles progressent docilement à travers le froid la neige et le vent, mais lui ne ressent rien. Il est au dessus. Se sent fort. Ne cesse de se délecter de la vue de ces êtres résignés qui lui sont inféodés, soumis, offerts jusqu'à leur mort. Et qui, de surcroît, peinent à progresser dans le monde tandis que lui se déplace dans les interstices des énergies, sans difficulté. Dont la vie, enfin, peut être terminée par un simple effet de sa volonté. Il est reconnaissant au Maître de lui avoir donné tout cela, et jure lui vouer une fidélité éternelle.

La marche ne doit pas faiblir - il impressione quelques traînards - le ciel reste gris, mais ils doivent arriver avant l'aube aux grands ports du nord du continent. En chemin ils seraient rejoints par quelques armées, mais le plus gros les attendrait là bas. Il partiraient 3000, mais se verraient 30000 en arrivant au port...
Alecto
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Alecto » mar. janv. 22, 2008 12:14 am

Nylhin prit Hybride en main, un sourire de satisfaction parcourant ses lèvres.
« Merci Martel »
Le lieutenant sourit à et se tourna vers la troupe qui semblait fin prête :
« En route ! »
Il ouvrit la porte et la procession s’engouffra dans la nuit claire.


..................


"Je t'expliquerai plus tard pour le coup de mon évasion ma douce.."

" Mais Nylou, je n'avais pas l'intention de te harceler tout de suite pour le savoir..! J'attendrai que ce bordel soit terminé. "

La réponse de Lucy satisfaisait grandement l'Elfe noir. Elle savait évidemment ce qui les attendait, mais elle demeurait optimiste. Peut être plus que lui même elle avait confiance dans le groupe. Nylhin eu une bouffée de fierté pour son aimée à cette pensée.
Le groupe s'engageait maintenant dans une ruelle particulièrement sombre (" pratique pour nous, Elfes Noirs " avait dit le palefrenier des Ilyens ). Nylhin jeta un coup d'oeil en arrière pour vérifier que tout le monde le suivait bien, et...

Jalina percuta Martel qui était rentré dans l'un de ses soldats, qui avait heurté celui devant lui, et ainsi de suite jusqu'à Lucy qui s'était emboutie dans le dos de Nylhin, et qui massait sa jour endolorie par le choc.

Fort heureusement, tout le monde eu le bon sens de souffrir en silence (" Moi ça va, merci ! " chantonna la petite voix fraîche de Félicia, qui voletait au dessus d'eux.)

" Woua Nyl, j'avais pas remarqué que tu étais si musclé ! Mais tu peux me dire ce qui t'as pris RAALGAMAZIEL ! ?? "


" Shhh.. j'ai vu un truc là bas. Un truc tout rabougri et tout noir. "


" Serait ce de moi dont vous parlez en ces termes Nylhin Lotha Leys ? "


Nenmil sortit de l'ombre. Elle rayonnait. Un puissant bras écarta Lucy sans douceur; le palefrenier se frayait un chemin jusqu'à la Dame des Ombres, puis s'agenouilla devant elle, plein de déférence.

" Merci de t'être aussi bien occupé de mon Cibylh Palefrenier... " Puis relevant la tête : " Je vous rencontre enfin Nylhin... Je vous imaginais plus grand. "

Nylhin resta sans réaction pendant quelques secondes, puis imitant le palefrenier, s'agenouilla. Cette fois personne ne l'y avait forcé, mais il sentait une telle aura se dégager de Nenmil qu'il ne pouvait imaginer se comporter différemment.


" Ne vous fatiguez pas avec ces civilités désuètes ! Ce soir est un grand soir pour moi, et vous aurez tout le loisir de me faire vos courbettes lorsque j'aurai récupéré le commandement sur Millénaire. "

C'était dit.
Nylhin était impressionné. Comment pouvait elle être si calme, si sereine, alors que ce soir allaient se décider beaucoup de choses, la plupart dépendant entièrement de leurs épées..? Il avait bien sûr entendu parler d'elle comme la figure emblématique des Ombres, presque aussi âgée que Millénaire lui même, mais il s'était alors seulement imaginé une vieille femme vissée sur un trône quelconque, entourée de serviteurs insignifiants. Jamais il n'aurait cru qu'elle eut pu encore participer à une bataille et combattre comme lui.

" ... un plan quelconque ? "

Nylhin fut tiré de sa rêverie par un poids soudain sur sa tête; Félicia s'était posée délicatement sur sa tête. L'elfe eut soudain l'impression d'être un élève dissipé pris en flagrant délit de divagation. Il s'en voulut un peu d'avoir été inattentif au discours de Nenmil qui était certainement d'une importance capitale pour le combat, mais ce malaise se dissipa quand il croisa le regard de l'Ancêtre.

" Je vois que vous êtes tous relativement bien armés, mais nous restons tout de même ridiculement peu face aux partisans de Reik, alors soyez sur vos gardes ! "


A peine la maîtresse des Ombres avait elle lancé cette recommandation que des bruits métalliques se firent entendre derrière eux, qui se rapprochaient. Chacun des membres du groupe reconnu le bruit caractéristique d'une armure sur le sol pavé. Ils s'immobilisèrent tous, crispés dans l'attente pénible de voir qui, ami ou ennemi, allait se montrer. Le palefrenier avait même déjà préparé son arc.
Petit à petit une silhouette apparu au bout de la ruelle, puis s'arrêta brusquement à la vue du groupe. Trois secondes d'un silence parfait passèrent, puis

" Hé ! HÉ ! J'LES ZAI... "

Le soldat en armure n'eut pas le temps de terminer sa phrase, une flèche lui avait transpercé la gorge. Le groupe pris la fuite, laissant derrière eux le soldat qui agonisait dans d'horribles gargouillements. Le bruit avait bien sûr alerté d'autres soldats qui accouraient maintenant derrière eux. L'évasion de Nylhin n'était pas passée inaperçue bien longtemps. D'après le bruit que les soldats Veilleurs, ils étaient une dizaine, mais ils n'étaient certainement pas la seule patrouille à avoir entendu l'appel. Probablement juste la plus proche. La situation n'était pas brillante, mais ils ne pouvaient plus reculer maintenant.
Sauf si bien sûr ils se retrouvaient bloqués dans une impasse, ce qui était manifestement le cas. Jurant intérieurement, Nenmil donna ses instructions pour la lutte qui allait suivre. Chacun devait évidemment faire en sorte d'être le moins visible possible, sauf Nenmil elle même, qui resterait à visage découvert, " pour que ces chiens sachent qui prendra leur misérable vie ! " Lucy repensa à sa première rencontre avec Nenmil; elle ne s'était alors pas imaginé que la femme eut jamais pu paraître si furieuse, elle qui avait habituellement un visage si doux.

Lorsque les soldats arrivèrent deux mètres devant eux, ils tombèrent dans une véritable embuscade. Le palefrenier était juché sur le toit et tirait à vue. Les autres membres de l'escouade formée par Martel se battaient aussi avec ferveur. Les autres se terraient dans l'ombre, discrets. Nenmil avait préféré envoyer se battre les guerriers de Martel, pour préserver les forces des autres, avait elle dit.
Lucy observait l'Ancêtre se battre. Elle faisait preuve d'une agilité hors du commun et se montra sans pitié quand un jeune garçon implora de lui laisser la vie sauve.
Le combat fut rapidement terminé. Bien qu'assez mal engagé, le groupe avait su mettre à profit leur mauvaise position et le lieu. Par chance, deux des soldats ennemis étaient des archers. Le Palefrenier récupéra les flèches de l'un d'eux et un autre des hommes s'empara du deuxième arc.
Un des leurs avait été touché à la poitrine et perdait beaucoup de sang. Il fallait agir vite, les autres patrouilles allaient certainement rappliquer d'une minute à l'autre, car un combat, même rapide, se fait très rarement en silence. Des habitants commençaient même à apparaître derrière leurs fenêtres pour voir ce qu'il se passait. Il fut décidé de laisser l'homme dans la ruelle, avec la promesse de revenir dès que tout serait terminé. Avant de se remettre en marche, le Palefrenier demanda à Nenmil de s'entretenir avec elle. Un peu décontenancée, ce qui était rare chez elle, l'Ancêtre accepta. Il était visiblement très fidèle à la Maîtresse des Ombre et semblait très honoré de pouvoir lui parler seul à seule à l'écart du groupe. Après quelques minutes, Nenmil serra les deux mains du Palefrenier dans les siennes et lui lança un regard lourd de sens. Lucy connaissait ce regard; elle aussi y avait eu droit, mais elle n'avait toujours pas compris pourquoi l'ancêtre comptait tant sur elle. L'homme se détourna de sa maîtresse et du groupe, escalada le mur pour accéder au toit puis disparu dans la nuit. Avec pour seule explication que le Palefrenier avait proposé quelque chose qui pourrait se montrer extrêmement utile s'il parvenait à ses fins, Nenmil reprit la tête du groupe, sans un mot de plus.
Quand le groupe émargea enfin de la ruelle, il fut accueilli par une horde de Veilleurs fortement armés qui les attendaient de pied ferme. Ils se tenaient en ligne devant l'entrée de la ruelle, comme sur un champs de bataille. Les Marmottons étaient encerclés, surpassés en nombre, piégés dans l'impasse. Lucy évalua le nombre de leurs adversaires : ils devaient être entre quatre et cinq cents. Elle se demanda alors s'ils avaient une seule chance de survivre.
Glapissant de terreur devant ce parterre d'ennemis, Caramel fit demi tour et s'enfuit dans le cul de sac, laissant le groupe encore plus désoeuvré. Les deux clans se firent face de longues minutes, le temps pour Lucy de voir non seulement les solides armures et les lames affûtées de chaque soldat, mais aussi la cinquantaine d'archers postés sur les toits. Elle s'en sentit encore plus abattue s'il en était. Ils étaient quinze. Quinze contre cinq cents fantassins entraînés.

Tout à coup, une agitation étrange se propagea rapidement dans les premier rangs de soldats, et une petite voix braillante et assez désagréable se fit entendre. Stupéfaits, les Marmottons virent courir vers eux un petit bonhomme vert qui beuglait des insultes aux soldats de Reik. Myke était visibinement tombé quelque part au milieu du deux ou troisième rang et s'était simplement frayé un chemin vers eux en taillant dans la chair, d'après le sang qui constellait son visage et ses mains.
Quand Jalina lui demanda par quel miracle il était arrivé jusqu'à eux il répondit :

" Paraîtrait qu't'aurais pensé à moi ! Ce s'rait ty qu'j'te manque ? Ta bobolle m'a ramné ici qu'on dirait ! "

" Mais.. oui, j'ai pensé à toi, et à l'armée des 3000 : je me suis dit que dans notre situation actuelle, elle nous serait salutaire. Mais.. "

" C'ta Bobolle qui m'a 'trappé pis j'me suis r'trouvé là. "

Jalina expliqua que sa sphère de Zelendria avait dû percevoir sa pensée à propos de Myke et de l'armée, sentir la détresse de sa maîtresse et avait alors pensé qu'elle pourrait leur envoyer le gobelin qui leur serait plus utile qu'elle pour les aider.

" Jalina, tu ne manqueras pas de remercier.. " Bobolle " pour moi. C'est certain que son cadeau nous sera fort utile.. si nous avons besoin de faire un sacrifice à notre dieu. "

Nenmil avait parlé très durement. A la lueur des torches des soldats, le visage de la Maîtresse des Ombres exprimait une franche aversion pour le nouveau venu. Elle n'accordait visiblement aucun crédit à l'aide que pourrait leur apporter le gobelin. Nylhin se permit d'intervenir.

" Myke nous a prouvé plus d'une fois son efficacité au combat, ô Maîtresse des Ombres, il sait parfaitement se battre."

" Je n'en doute pas un instant," dit l'Ancêtre avec une ironie à peine voilée dans la voix "mais pour le combat que nous nous apprêtons à mener, des griffes seules ne lui suffiront pas pour rester en vie. "


Myke était en effet arrivé sans la moindre arme avec lui.


" Mais m'dame, j'n'ai point b'zoin d'arme, j'suis ma propr'arme ! " Le mépris avec lequel Nenmil avait parlé de lui chagrinait visibinement le gobelin.


Avec un petit reniflement de désapprobation, Nenmil leur tourna le dos et s'enfonça une nouvelle fois dans la pénombre de la ruelle. Alors que ses pas résonnaient derrière eux, les Marmottons profitèrent de l'absence de l'Ancêtre pour assaillir Myke de questions quant à la progression de l'armée ou aux différends qui pouvaient couver entre les hommes et les Amazones.

Au bout de quelques minutes, Nenmil réapparu lentement, une épée aussi haute que Myke à la main, et la tendit justement au gobelin avec un air de dédain suprême, comme si confier une telle épée à un gobelin eût été du gaspillage. Au vue du sang sur la garde, Lucy devina que Nenmil avait certainement récupéré l'épée sur l'un des cadavres au bout de la rue.

" J'vous l'répète m'dame, je n'veux point d'arme, j'saurais point quoi en faire. "

" Comme tu voudras. " répondit Nenmil en jetant l'épée aux pieds de Myke.

Lucy se demanda pourquoi l'Ancêtre montrait à Myke son mépris si ouvertement, alors qu'il aurait fallu être encore plus soudés face à l'adversité. Elle pensa alors à leur armée; après tout, les Amazones et les hommes, ennemis devant l'absolu, avaient bien réussi à trouver un point d'entente et à s'allier, alors pourquoi pas eux ?


Un bruit sourd se fit soudainement entendre. Des bottes sur les pavés. La première ligne de soldats chargeait.
La promiscuité des lieux était bénéfique aux Marmottons : les soldats ne pouvaient les approcher presque qu'en rang de deux, et les toits les protégeaient des archers qui ne pouvaient les atteindre. Les Marmottons reculèrent progressivement, laissant entrer les soldats. A cause de leur armure imposante, ils ne pouvaient passer que deux à la fois, côtes à côtes. Leurs mouvements étaient entravés par leur cuirasse épaisse et par la proximité de leur binôme.
Une flèche, tirée par l'un des hommes de Martel, fusa, mais manqua sa cible et passa entre les deux guerriers. Un cri leur fit cependant constater que la flèche avait tout de même touché un ennemi. "Et si c'était un allié qu'il avait touché ?"
Lucy rit de sa pensée une seconde après qu'elle se fut formée. Ils n'avaient ici que des ennemis.
Alors qu'elle commençait à rassembler son énergie pour faire naître le feu au creux de sa main, Nenmil lui toucha doucement le bras, lui disant qu'elle ferait mieux de garder de cette énergie pour plus tard, quand le besoin se ferait vraiment sentir. " Qu'ils voient de quel bois nous nous chauffons ! " avait ajouté l'Ancêtre en lui faisant un sourire complice.

Les deux premiers soldats étaient étendus par terre, et les deux suivants étaient déjà mal en point. Les hommes de Martel faisaient preuve d'une force et d'une rapidité exceptionnelles, mais ce n'était peut être que l'énergie du désespoir. Nylhin s'impatientait au côté de Lucy. Il avait l'air d'un lion en cage; il voulait participer au combat, il avait soif du sang de ses ennemis.
Lucy ne put retenir les deux questions qui l'obsédaient :

" Pourquoi n'essayons nous pas une sortie ? On ne gagne rien à rester planqués dans cette ruelle comme des rats piégés, et il y a des archers sur les toits ! Ils vont certainement arriver d'une minute à l'autre pour nous tirer comme des lapins dans ce trou ! "

Nenmil répondit simplement : " Ce que nous gagnons Lucy, c'est du temps, et il est précieux crois moi. "


Il y avait maintenant devant eux une douzaine de cadavres de soldats. On avait pas pris la peine de les dégager; avec de la chance, les autres se prendraient les pieds dedans et il ne faudrait pas se battre pour les tuer. Martel paraissait très nerveux.

" Ils jouent. Ils nous envoient des soldats pour nous tester ou nous fatiguer. Ils savent qu'on ne peut pas se permettre de perdre un seul homme, alors ils nous envoient les leurs un par un, pour nous montrer leur supériorité. Ils jouent sur notre moral. "

Comme pour répondre aux paroles de Martel, un commandement se fit entendre au loin. Certainement le capitaine qui ordonnait la charge. D'autres cris, très aigus, répondirent à cet ordre. Lucy se sentit alors immédiatement happée vers l'arrière.
Nylhin l'attirait vers lui et l'embrassa longuement, avec intensité, tout en la serrant très fort dans ses bras.
Ils attendirent le déferlement. Il ne vint pas.
Les hommes continuaient à venir deux par deux, et à se faire tuer d'un coup d'épée. Lucy ne comprenait rien. Elle n'entendait pas grand choses aux tactiques militaires, mais là il se passait certainement quelque chose. Pourquoi ne chargeaient ils pas ? Qu'est ce qui les retenait ? Avec cinq cent soldats en ramure contre quinze combattants, ils étaient assurés de leur victoire ! Pourtant, ils ne faisaient rien.
C'est alors qu'une nuée de volatiles envahit le ciel, voilant la Lune, obscurcissant encore davantage la nuit. C'était de gros oiseaux. Très gros. En fait ce n'était même pas des oiseaux. Lucy reconnu la forme des Ilyens, découpée dans la nuit. Au moment où elle se tournait vers Nenmil, le Palefrenier atterrit avec son Ilyen dans la ruelle.

" Je te félicite Palefrenier, les Ilyens vont nous apporter une aide considérable ! Des blessés dans la mission ? "

" Un Ilyen a reçu une flèche dans une patte, un autre au flanc, mais les blessures sont très superficielles. Ils n'ont pas eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait ! Ils allaient vous tomber dessus quand on les a surpris, hein Lolmec ?! J'ai réussi à emmener une petite quarantaine de ces athlètes. Pour ceux qui veulent monter, pour l'instant ils attendent en arrière sur le toit. "
Le Palefrenier semblait très satisfait de lui même. Il caressait tendrement son Ilyen.


Lucy remarqua soudain que les couples de soldats avaient cessé leur manège.
Sans doute furieux de leurs pertes, causées par un événement qu'ils n'avaient pas prévu, ils se mirent soudain à charger. Mais tout aussi soudainement, des hurlements aigus retentirent de l'autre côté de l'armée qui leur faisait face, et ceux qui ce précipitaient pour en finir avec les Marmottons s'arrêtèrent aussitôt.
L'affolement gagnait rapidement les soldats. Lucy comprit ce qu'il se passait en écoutant les cris apeuré des evzones des premiers rangs : on les attaquait de l'autre côté, et les adversaires semblaient terriblement rapides et efficaces. Lucy se tourna vers Nenmil, et à sa grande surprise, celle ci rayonnait.

" Exactement comme prévu. " dit elle pour elle même, puis " Lucy, nous avons bien fait de nous débarrasser des cadavres de ces satanés vampires : maintenant, ils viennent demander des comptes aux Veilleurs... Et ils ne pouvaient pas mieux tomber ! "
Haussant la voix afin que chacun puisse l'entendre, elle poursuivit :

" Bien, maintenant qu'ils ont essuyé des lourdes pertes et qu'ils sont acculés entre deux forces, nous pouvons tenter une percée. D'après le Palefrenier, mes soldats des Ombres m'attendent en contrebas des nids des Ilyens. Je vais prendre un Ilyen. Nylhin, si tu veux bien, j'aimerais que tu en fasses autant. Ces créatures immondes vont regretter d'avoir osé toucher à mon Cibylh. Tâchez de revenir sinon en pleine forme, au moins vivants. Lucy, je compte sur toi pour ne pas te faire tuer, et je demande à chacun de la protéger au mieux. "


Sans un mot ni un regard pour son auditoire, elle escalada le mur et grimpa agilement sur le toit. Nylhin serra une dernière fois Lucy dans ses bras, et suivi la Maîtresse des Ombres sur les toits, avec peut être un peu moins de grâce et de légèreté qu'elle. Le Palefrenier ainsi que deux des hommes de Martel les suivirent et bientôt, cinq silhouettes ailées s'envolèrent en direction de Millénaire. Lucy ne comprenait pas pourquoi elle avait droit à ce traitement de faveur. Elle pensa que Nenmil doutait peut être de ses capacités, mais la Pyromancienne comptait bien prouver ce dont elle était capable. Elle fourra dans sa bouche les quelques gâteaux qu'elle avait gardés du repas de bienvenue; elle aurait besoin d'énormément d'énergie cette nuit. Saisissant Grandeur, elle invita les autres à faire de même. Elle vit Espérance luire dans le noir, et cette vision lui redonna du courage. A présent que Nenmil et Nylhin étaient partis avec le Palefrenier et deux hommes de Martel, ils étaient dix. Maintenant que l'attention des soldats de Reik était toute portée sur les vampires, ils pouvaient sortir sans trop de risques. L'énergie affluait en elle, Lucy la sentait qui courait dans ses veines. Elle enflamma sa lame, ce qui ne manqua pas d'impressionner les hommes de Martel. Ce simple geste parut les animer d'une énergie nouvelle. Alors, ils sortirent.
Les soldats ne les avaient évidemment pas oubliés. Les Marmottons et leurs compagnons avaient convenu qu'il leur faudrait se séparer pour augmenter leurs chances. Quand une quarantaine de soldats fondirent sur eux, ils s'éclatèrent brusquement, chacun partant dans une direction différente, poursuivis par leurs soldats.




Jalina :


Poursuivie par six ou sept soldats, Jalina s'arrêta brusquement et embrocha celui qui se trouvait le plus près d'elle, qui, emporté par sa lancée, n'eut pas le temps de s'arrêter. Elle extrait Espérance du soldat qui respirait encore, et attendit l'assaut. Deux autres se ruèrent immédiatement sur elle. Levant sa lame, elle la fit légèrement tournoyer au niveau de son front et, dans un élan, trancha à moitié la tête de son premier assaillant. Le deuxième recula un peu pour éviter le flot de sang qui giclait du cou de l'autre. Il posa les yeux sur son confrère, agonisant au sol, et lui enfonça son épée dans le coeur. Il eu dans les yeux une expression de tristesse quand le mourant rendit son dernier soupir. Levant la tête vers Jalina, son expression se figea en de la colère sourde et il s'élança subitement vers elle en hurlant. Surprise, Jalina para juste à temps. L'homme avait beaucoup plus de force qu'elle, et elle commençait à plier en arrière sous poids et sous sa haine. Au risque de se déséquilibrer, elle lança son pied de toutes ses forces à l'aveuglette. Elle sentit quelque chose de mou sur son tibia, puis presque aussitôt, un liquide chaud se déversa sur sa jambe. Le soldat devint alors livide, ses yeux s'agrandirent, il hurla de douleur et s'effondra en arrière. Le pied de la Pirate avait atteint un endroit extrêmement sensible qui saignait maintenant abondamment. Laissant le soldat là où il était tombé, elle se tourna vers les quatre autres, qui hésitaient maintenant à l'attaquer au vu du sort qu'avaient subi leurs collègues. Ils avancèrent prudemment tous les quatre en même temps dans le but d'encercler la jeune femme. Jalina se jeta sur celui qui se trouvait à sa gauche. Celui ci, surpris, n'eut pas le temps de réaliser que Jalina était sur lui qu'il avait déjà la lame de la Pirate en travers du poitrail. " Plus que trois " Le plus jeune de ses assaillants se rua sur elle si rapidement que Jalina tomba en arrière, le jeune soldat sur elle. Il bavait de rage. Elle se dégagea sans mal en le faisant rouler sur le côté, mais avant d'avoir eu le temps de le tuer, elle sentit la lame froide d'un de soldats toucher son bras. Elle se félicita de porter des vêtements amples : le guerrier avait raté son bras, perdu dans la large manche de sa chemise. Le jeune à ses côtés se débattait pour se relever, cognant dans les pieds de celui qui avait cru blesser Jalina.
Elle empoigna la lame de sa main gauche, l'arracha des mains du soldat et la retourna. Déséquilibré par la perte de ce point d'appui autant que par les coups de pieds du bleu, il perdit l'équilibre et s'empala jusqu'à la garde sur sa propre épée.
Jalina s'assit brutalement sur le visage du jeune, et donna des coups d'épée frénétiques devant elle pour empêcher le dernier soldat d'approcher. Quand le jeune cessa de se débattre, elle pris son élan et s'élança en avant. Elle préférait être debout pour faire ses duels. Elle fut cependant très déçue quand le dernier de ses soldats jeta son épée et s'enfuit en glapissant de terreur.
Raffermissant sa prise sur Espérance, Jalina marcha vers d'autres combats.




Myke :


Myke n'avait devant lui que trois soldats qui rigolaient déjà devant leur adversaire. Le gobelin se sentit insulté de tant de légèreté. Il allait leur faire voir la rage que pouvait extérioriser un gobelin offensé. Il fonça aveuglément sur les trois effrontés, passa entre les jambes de l'un d'eux et planta ses griffes dans la chair de son dos. L'homme tenta de se débarrasser du parasite qui l'escaladait, il se secouait dans tous les sens devant ses collègues, hilares... qui cessèrent de rire quand le guerrier s'effondra comme une poupée de chiffon, les yeux révulsés. Myke sortit de sous le corps encore chaud, les mains et la bouche recouverts du sang du soldat.
" A qui l'tour, bande de p'tits salopiauds ? "
Les deux soldats se regardèrent, médusés. Il ne fallu pas moins de temps à Myke pour repartir à l'assaut. Bientôt, un deuxième homme se retrouva au sol, le crâne ouvert et déversant son contenu, alors que le gobelin enfonçait ses doigts griffus dans les narines du dernier de ses combattants. L'homme beuglait, faisait de grands moulinets inutiles et inefficaces avec ses bras; plus il remuait, et plus Myke enfonçait ses griffes profondément. La bouche grande ouverte, le soldat tomba en arrière, manquant d'écraser Myke sous sa tête. Le gobelin grimpa sur le visage de l'homme juste avant que la tête ne heurte le sol. Un filet de sang coula sous la tête et joignit le sang qui coulait déjà de son nez. Le soldat était sonné par sa chute et ne réagit pas aux griffes de Myke qui trituraient des bras. Le gobelin enfonça alors son bras maigre dans la bouche béante, racla quelques secondes, attrapa la glotte au fond de la gorge offerte et tira dessus de toutes ses forces tout en regardant l'homme dans les yeux. Ce dernier émis un gargouillement tout à fait écoeurant en comprenant ce que le gobelin venait de faire. Myke sauta à terre. L'homme s'assit, vomissant son propre sang. Il releva la tête, la bouche dégoulinante, et dévisagea alors Myke avec une expression de détresse dans les yeux que le gobelin ne supporta pas. D'un geste vif et sec, il arracha les yeux du soldat et les regarda un instant rouler dans ses paumes. C'était de beaux yeux bleus. Il donna le coup de grâce à l'homme qui s'étouffait dans son sang en plantant ses doigts griffus dans sa gorge. Laissant là les trois corps, il repéra dans la cohue une nouvelle victime.

Rien de plus facile que de battre des adversaires qui ne vous prennent pas au sérieux.




Félicia :


Félicia n'aimait pas vraiment les combats. Elle préférait discuter plutôt que de se livrer à des barbaries indignes, mais tous ceux qui la remarquaient essayer aussi sec de l'occire. Fort heureusement, son pouvoir du jour était très utile pour la situation à laquelle elle devait faire face. Elle ne lançait pas elle même les hostilités, mais à chaque fois qu'un ennemi tentait de l'attaquer, elle ripostait. Ainsi, plusieurs fois, des hommes de Reik Telac Orn tentèrent de l'attaquer alors qu'elle essayait de repérer ses amis dans le mêlée. Elle se posait simplement sur leur tête et, avant que les soldats ne puissent l'y déloger, elle se laissait fondre sur eux en des gerbes de feu rouges et dévorantes. Elle glissait comme sur eux une flamme inversée, vers leurs pieds, embrasant dans son sillon les vêtements des fantassins. La sensation que lui donnait son pouvoir était délicieuse. Elle se sentait protégée, comme dans un cocon de flammes, et se laissait couler jusqu'au sol, épousant les formes de leurs armures. Une fois qu'elle touchait le sol, son aura ardente s'amenuisait peu à peu, comme un feu qui se meurt.
Alors elle reprenait son vol insouciant. Elle avait déjà transformé en bûcher ambulant sept de ces naïfs soldats, et le spectacle vu du ciel était vraiment fort distrayant. Toutes ces formes que créait le feu au fur et à mesure des déplacements désespérés était très belles. Absorbée par son oeuvre, Félicia ne vit pas fuser la flèche. La pointe passa à quelques millimètres de sa tête, déchirant sa robe au passage. Le tissu de sa manche commença à s'imbiber d'un peu de sang qui coulait de coupure. La blessure n'était pas grave, mais tout de même, quelle félonie ! Elle vola droit sur la tête du fautif, tellement énervée à vrai dire qu'elle était déjà presque en feu quand elle atteint son but. L'homme portait les cheveux longs. Il ne lui fallu pas longtemps pour se retrouver entièrement en feu, comme un vulgaire épouvantail. En faisant la comparaison, Félicia se surprit à penser que la chair brûlait presque aussi rapidement que la paille.
Elle s'éleva à nouveau dans les airs en resserrant le tissu déchiré sur son entaille. Elle croisa quelques Ilyens, montés ou non, et cru même reconnaître Nylhin sur l'un d'eux. Il semblait très à l'aise. Les Ilyens fondaient sur leurs victimes et faisaient beaucoup de dégâts au sol. Le Fée apercevait aussi au loin les troupes des Ombres qui se battaient contre les forces Telac Orn, mais aussi l'armée vampire qui progressait rapidement, éliminant efficacement leurs adversaires. Elle espéra ne pas avoir à faire avec ces morts-vivants, mais s'ils venaient à croiser le fer avec ses amis et alliés, elle n'aurait d'autre choix que de les secourir.
Elle s'aperçut que les soldats la regardaient craintivement papillonner au dessus d'eux. Elle leur lança amicalement :

" Aujourd'hui, appelez moi "Autodafée" ! '"




Martel :


" Bon, ça a l'air d'aller pas trop mal pour nous. "
Martel venait d'achever son ennemi, très coriace. Avec un bras en moins et les côtes enfoncées, il continuait à se battre comme si son maître le regardait. En enfonçant son épée dans le ventre du soldat, Martel le regarda et se demanda pourquoi il servait si fidèlement Reik Telac Orn. Après tout, cet homme était un tyran et beaucoup des soldats qui se battaient cette nuit était encore très jeune. Celui qu'il avait tué avant celui qui venait d'expirer bruyamment ne devait pas avoir plus de vingt ans. Il n'avait peut être même jamais tenu une épée autre qu'en bois entre ses mains vue la manière dont il la maniait. Il s'était tout de même battu avec courage et était tombé sans une plainte, muet même dans la douleur. Ses mains tremblaient mais son visage affichait une détermination franche et simple. Il croyait sans doute encore à l'honneur, il ne s'enfuirait pas. Martel regrettait tout ce gâchis, cette véritable boucherie. Il regarda autour de lui. L'armée de Reik était beaucoup plus clairsemée qu'au début de la bataille. La moitié de ses hommes avaient dû tomber pour l'instant. Les Ilyens et les vampires faisaient du bon boulot.
Il entendit distinctement derrière lui une course effrénée. Il se retourna juste à temps pour éviter le soldat qui chargeait en criant d'une voix plutôt aiguë. Encore un jeune homme, peut être même un adolescent qui n'avait même pas encore mué. Martel se mit en position de combat, attendant que son adversaire lui fasse face.
" Oh non. "
Pire qu'un jeune homme, Martel se trouvait devant une femme.
Une femme.
Il avait déjà eu à se battre contre des femmes, mais il s'en était toujours sorti de justesse. Les femmes étaient encore plus enragées que les hommes au combat, plus fourbes. Comme si elles défendaient plus que leurs vies.
La femme lui faisait maintenant face et souriait devant la mine déconfite de Martel.

" Je vous salue Martel Telac Orn. Je suis Tisipé et je vais vous tuer. "

Pourquoi lui avait elle donné son nom ? Le combat est toujours plus dur lorsqu'on connaît le nom de son adversaire ! Elle le savait certainement.
Avant que Martel n'ait eu le temps de se ressaisir, le femme était déjà presque sur lui. Il s'écarta de nouveau. Tisipé, emportée par son élan et sûre de son coup, fit une large embardée et se retrouva à terre. Elle se releva, furieuse. Martel se dit qu'en temps normale, ça devait être une belle femme mais pour l'heure, l'expression de son visage était effrayante. Le vieux soldat fit un pas vers elle et vint poser la lame de son épée contre celle de la femme. Il voulait tester se force. La résistance de Tisipé était étonnante. Ces deux lames, c'était comme deux volontés qui s'affrontaient. Brusquement, Tisipé retira sa lame et le fil vint trouver le menton de Martel. Emporté vers le sol par le poids de son bras, Martel se trouvait en position délicate. La lame de Tisipé vint lui zébrer le flanc.
" A force de philosopher, tu va te retrouver rasé de plus près que jamais mon vieux ! " se dit Martel. Les entailles le piquaient. Il s'aperçut qu'il regardait la femme d'un air ahuri : elle souriait, contente d'elle même.

" Alors mon vieux, tu perds toujours tes moyens devant une femme ?! "

Elle commençait à être familière. Que lui même se traire de vieux, ça ne regardait que lui. Mais si elle commençait aussi, là ça n'irait pas. De plus, elle s'était mise à le tutoyer. Son excitation était évidente, elle se déconcentrait, sûre de sa victoire après qu'elle ai réussi à le toucher par deux fois. Ils ne se tenaient qu'à à peine deux mètres de distance l'un de l'autre.
Martel plongea alors au sol, roula sur lui même et frappa Tisipé derrière genoux avec son épée. La lame s'enfonça un peu dans la chair tendre des jambes. Le femme vacilla un moment et bascula en arrière quand Martel lui asséna un deuxième coup au même endroit. Il entendit un craquement sinistre au niveau de ses oreilles. Il avait tenu son épée derrière les genoux de Tisipé quand elle avait chuté, et d'après le craquement qu'il avait entendu, ses deux genoux s'étaient fracturés en même temps à cause de ça. Elle devait souffrir le martyr. Martel se releva, l'épée toujours sous les genoux de la femme. Il mit ses pieds sur ceux de Tisipé, pris le bout de la lame qui dépassait de ses genoux et tira. Coupés au dessus du genou, les bouts de jambes tombèrent mollement sur le sol avec un bruit mat. Martel s'en empara.

" Je les garde pour mes vieux jours, c'est sûr que chez nous, les vieux, c'est les genoux qui s'usent le plus vite ! "


Tisipé eut le toupet de rire à la plaisanterie. Martel se pencha alors sur la femme et, en la gratifiant de son plus beau sourire, il la frappa au visage de toutes ses forces avec les bouts de jambes qu'il avait encore en main. Du sang coula de la bouche de Tisipé. Assurément, cette fois Martel avait fait taire cette impertinente.
En essuyant sa lame sur les habites de Tisipé, Martel chercha Lucy du regard.




Lucy :


Déjà entourée de quatre ou cinq cadavres, Lucy était aux prises avec deux assaillants à la fois. Chacun voulant apparemment récupérer l'épée enflammée pour lui tout seul, ils se battaient autant contre Lucy qu'entre eux, et le combat ressemblait à un duel à trois. L'un d'eux, sot ou fou ? avait déjà tenté de voler Grandeur en attrapant la lame à pleines mains. Peut être avait il cru que les flammes qui couraient dessus étaient factices. En tout cas il souffrait maintenant de brûlures aux deux mains et se battait encore plus mal désormais. Le deuxième, à sa droite, profita de cette faiblesse pour sortir de sa manche un petit poignard qu'il lui enfonça entre les côtes. Le fou ne se rendit pas compte tout de suite qu'il avait un poignard planté dans la chair; la douleur de ses brûlures devait être très forte pour qu'il ne sente pas celle ci. Un de ses mouvements lui fit baisser le bras et il appuya alors sur le poignard. Étonné de cette douleur soudaine, il baissa les yeux sur son flanc et découvrit qu'il avait une lame plantée dans le corps. Profitant de cet instant d'inattention, Lucy et le deuxième soldat lui assénèrent des coups d'épée bien placés; Lucy à la poitrine et l'autre à la gorge. Le blessé chancela, regarda tour à tour Lucy et son " collègue ", comme surpris que le sort fût si cruel avec lui, puis il tomba face contre terre.
La Pyromancienne n'avait pour l'instant contre elle qu'un seul adversaire. Ce dernier lui souriait avidement, persuadé que la belle lame enflammée serait bientôt en sa possession. Il frappa de son épée celle de Lucy, qui souriait déjà de la bêtise des hommes. La lame, de moindre qualité, ne tarda pas à fondre et à se brisa net sous le feu de Grandeur. D'abord déconfit, l'homme se ressaisit et se précipita sur Lucy, écarta la lame d'un coup de poing et asséna à la jeune femme un autre coup qui lui atterrit sur le thorax. Le souffle coupé, Lucy recula de quelques pas, brandissant Grandeur devant elle pour empêcher l'homme d'avancer sur elle.

" Je n'aurais pas cru que tu oserais frapper une femme de la sorte ! "

" J'me suis jamais gêné avec ma femme, j'vois pas pourquoi t'aurais un meilleur sort qu'elle espèce de sorcière ! "

" Très bien. "

Lucy sentit grandir en elle une rage sourde. Elle délaissa la raison et le retenue qui la caractérisaient d'habitude pour la colère et la vengeance. Elle concentra son énergie sur sa main droite. Le puissance afflua dans son bras, courant dans ses veines, remonta jusqu'à la paume ouverte et une flamme naquit. Lucy sauta sur l'homme qui préféra éviter l'épée plutôt que la gifle. La main de Lucy claqua sur sa joue et resta plaquée dessus. La Pyromancienne sentit la chair brûler comme du papier sous ses doigts. L'homme essayait de se dégager en se penchant sur le côté. Lucy appuya donc sur la joue, accompagnant le geste de l'homme, et elle le plaqua au sol. Quand elle crû que son compte était bon, elle retira sa main et regarda la flamme danser au creux de sa paume.
Elle ne vit pas le soldat défiguré reprendre conscience. L'homme la ceintura et la fit tomber lourdement sur la sol. Grandeur fut projetée quelques mètres plus loin et s'éteignit. Lucy plaqua sa main sur le ventre de l'homme en même temps que celui ci avançait son poignard pour la lui couper. Une entaille rougit autour de l'avant bras de Lucy, aussitôt cautérisée par le feu qui lui léchait le poignet. "Une cicatrice de plus" pensa t'elle, et cela ne lui déplaisait pas. Elle pensa subitement à Nylhin, elle espérait que tout allait bien pour lui.
L'homme se roulait pas terre en regardant son abdomen dont la chair consumée était à vif. Lucy plaqua ses mains l'une contre l'autre et se précipita sur l'homme avant qu'il n'ait le temps de se relever encore une fois, les deux mains enflammées. Elle appliqua une main sur le front et l'autre sur le cou. Elle sentait une nouvelle fois la chair se décomposer dans ses mains, comme un combustible organique. Quand l'homme cessa tout à fait de bouger, elle retira ses mains, alla ramasser Grandeur, et la ré-enflamma. Ensuite elle rappela l'énergie dans tout son corps. Les flamme moururent et Lucy se sentit aussitôt plus en forme.

" Eh bien celui là c'était un dur à cuire ! "

Rien de sa propre plaisanterie, elle donna un dernier coup de pied bien placé sur le cadavre brûlé et reparti dans la mêlée au galop.




Nylhin :


Au signal de Nenmil, Nylhin et son Ilyen s'élevèrent dans les airs. L'Elfe Noir se sentait parfaitement à l'aise et la perspective de la bagarre le mettait dans un état d'esprit tout à fait plaisant. Hybride battait son côté au rythme des coups d'ailes de l'Ilyen. Il tournoya un instant au dessus du champs de bataille d'où il repéra Lucy à sa lame enflammée. Il s'amusa à l'observer pendant quelques minutes en réfléchissant aux reproches qu'il pourrait lui faire concernant sa façon de se battre. Elle avait l'air de maîtriser son adversaire sans mal. Nylhin se détourna d'elle et essaya de repérer dans la cohue un adversaire digne de lui. Au moment où il remarqua un grand homme au visage luisant de sang qui hurlait sa rage de vaincre, le jeune Ilyen fonçait déjà sur lui. Il semblait que l'esprit de l'Elfe Noir et de l'Ilyen étaient liés le temps que l'un était en contact prolongé avec l'autre. Ce n'était pas comme lire dans les pensées, ni même les partager. C'était une présence dans son esprit, une présence agréable et rassurante.
A trois mètres du sol, Nylhin sauta sur son adversaire qui attendait l'assaut de pied ferme, épée levée. L'Elfe attrapa celle ci au vol pour atterrir moins lourdement. Une fois au sol, il fit tourner son avant bras, la lame toujours dans la main d'où dégouttaient déjà quelques perles écarlates, forçant l'autre quine voulait pas lâcher son épée à suivre son mouvement. Puis Nylhin abaissa brutalement son bras. L'homme émis un hurlement de douleur quand son bras se brisa. Nylhin se retourna vers lui, tout sourire.

" Ca fait mal hein ? Mais ne t'inquiète pas, tu ne vas pas souffrir longtemps ! "

L'homme tenait contre son flanc son bras cassé au bout duquel pendait toujours l'épée. Nylhin le pris à la gorge et serra, serra jusqu'à ce que ses doigts se rejoignent. Il relâcha alors l'homme qui tomba mollement à ses pieds.
Il sépara Courroux et Pardon, prêt à chasser l'homme. Il chercha des yeux sa monture, mais ne la trouva pas. Une grande secousse derrière lui le fit se retourner vivement, et un Ilyen venu de nulle part le percuta violemment. Il tomba au sol et sentit son mollet le piquer. Cet Ilyen n'était pas le sien, et manifestement, il était mort.

" Eh bah, cette bataille n'est pas profitable aux Ilyens ma foi ! Heureusement que je suis là ! "

Toujours assis par terre, Nylhin chercha l'origine de ce picotement fort désagréable. Il avait quelque chose de blanc et de relativement grand planté dans la peau de la jambe. Il retira l'objet en grimaçant et l'observa de plus près. Avec stupeur, il vit qu'il s'agissait d'une dent. Il regarda le corps de l'Ilyen et remarqua qu'il lui manquait effectivement un croc.
L'Elfe Noir tenta de se remettre debout mais son mollet lui faisait vraiment mal. Il vit trois hommes courir vers lui en brandissant leurs épées et haches. Un genou à terre, une épée dans chaque main, il attendit que les soldats soient sur lui. Quand le premier fut à portée de Courroux, il lança celle ci en avant et cogna le genou de son premier assaillant, qui mit lui aussi un genou à terre. De là il aurait été aisé de le tuer, mais les deux autres soldats le tenaient déjà en respect, l'un devant et l'autre derrière lui. Nylhin sentait le froid de la lame sur son cou.
C'est alors que, sorti de nulle part, surgit l'Ilyen qui avait été sa monture. Il avait un fer de lance figé dans la babine mais n'avait pas l'air de s'y intéresser pour le moment. Il avait lourdement atterri sur l'homme devant Nylhin, laissant à l'Elfe Noir tout le loisir de s'occuper du lâche derrière lui. Il avait toujours Courroux et Pardon dans les mains. D'un geste rapide de combattant aguerri, il ramena ses deux bras derrière lui, et d'un mouvement agile de ses poignets, il fit pivoter les lames jusqu'à en enfoncer les pointes dans le dos de l'ennemi.
Une fois l'homme terrassé, Nylhin se retourna vers son Ilyen qui avait encore une main dans la gueule. Nenmil était à côté de lui et lui grattait le menton. L'Elfe sombre s'approcha de sa monture et lui murmura un timide " merci " à l'oreille.

" Il s'appelle Ozzy. "

" Merci Ozzy. "




Nenmil :


Il se débrouillait admirablement avec les Ilyens. Nenmil avait tenu à ce que Nylhin l'accompagne pour le voir se battre au milieu de ses congénères chimérisés. Elle voulait voir les liens éventuels qui pouvaient se tisser entre une chimère Ilyen et un humain de la même race, et le résultat dépassait ses espérances. A cause du caractère imprévisible de l'un comme de l'autre, elle avait craint une hypothétique bataille de pouvoir entre les deux, peut être l'un chercherait-il à dominer l'autre, comme dans toute relations. Elle même...
Soudain, une poussée d'intuition lui fit lever les yeux vers le ciel. Elle vit alors un corps inanimé tomber d'une des tours du château de son vieil ennemi Reik Telac Orn. Cette tour était même précisément la chambre de Reik si ses plans étaient exacts.
Le corps tomba sur une poignée de soldats en plein milieu du champs de bataille. La Maîtresses des Ombres pensa que celui - ou celle - qui l'avait balancé visait particulièrement bien. De là, tout le monde avait pu voir sa chute et tout le monde pouvait encore voir la dépouille. Elle même s'approcha, taillant dans la chair au passage; les soldats étaient trop absorbés par cette arrivée impromptue pour penser à se battre.
La figure de Reik était zébrée de griffures, ainsi que son torse et ses bras. Nenmil n'osa pas penser à l'état du reste de son corps. Elle était donc là. Très bien. Qu'elle assiste à sa gloire nouvelle. Les soldats accouraient maintenant de toutes parts pour voir ce qui avait - momentanément - suspendu le combat. Les Ombres semblaient s'être tous rassemblés d'un côté du corps. Sur les trois cents de départ, il en restait entre deux cents trente et deux cents cinquante. Les Ilyens, un quarantaine au départ, n'étaient plus que vingt cinq selon le Palefrenier. Les soldats du Lion quant à eux étaient réduits au nombre de cent cinquante environ. Net avantage.





Les deux camps se défiaient, de part et d'autre du cadavre de Reik.
C'est ce moment que choisirent les vampires qu'il restait pour attaquer ce beau troupeau de soldats rassemblé comme autant de festins.
Les soldats des deux clans se regardèrent seulement deux secondes. D'un accord tacite, ils décidèrent d'unir les forces qu'il leur restaient contre leur ennemi commun. Les hostilités ente eux recommenceraient sans doute après que les buveurs de sang aient été réduits en poussière.
Bien que surentraînés, les vampires ne purent résister bien longtemps à la rage ancestrale que leur portaient les Ombres, et celle plus modérée des soldats du Lion, dépossédés de leur chef. Ils furent exterminés sans aucune pitié ni aucun remords.
Quand le dernier fut à la fois éventré par un Ombre et étêté par un du Lion, les deux clans commençaient déjà à se reformer. Le combat les avaient fait s'éloigner du cadavre, mais chacun gardait en mémoire le visage lacéré de celui qui les avait dirigés pendant si longtemps, certains y voyant une victoire émérite, d'autre n'y voyant qu'une raison de plus de se défendre jusqu'à la mort.
D'un signe de tête de sa Reine Nenmil, le Palefrenier, qui était en première ligne, chargea en hurlant. La mêlée qui s'ensuivit était digne des plus grandes guerres qu'avaient connu ces terres. Les hommes de Reik avaient été réduits à un nombre insignifiant face à l'armée de Nenmil, mais ils se battaient avec bien plus de rage que n'importe quel Ombre. Leur acharnement était très efficace face aux forces des Ombres, déconcentrées par la gloire imminente de leur Reine. Les compagnons de la Marmotte se battaient également avec une frénésie démesurée. Tous paraissaient comme débridés, décidés à en découdre et à vendre chèrement leur peau. Même le gobelin se battait vaillamment. Quand les Ombres se rendirent compte que leur frivolité due à leur excitation leur causait maintenant de grandes pertes. Redoublant d'ardeur, ils se battirent avec plus de passion encore. Emportés par le flot assoiffé de sang, brûlant, mordant, les soldats de Reik ne tardèrent pas à perdre pied dans la bataille. Galvanisés par la débâcle visible de leurs adversaires bien moins nombreux qu'eux, les Ombres ne tardèrent pas à l'emporter sur leurs ennemis, qui jetaient un à un leurs armes à terre. Certains cherchèrent à s'enfuir mais les Ilyens patrouillaient toujours au dessus du champs de bataille et attaquaient systématiquement les fuyards. Quand les soldats de feu le Lion furent tous désarmés et tous pris en main, le Palefrenier se planta devant Nenmil et mit un genou à terre, tête baissée en signe de soumission. Tous les Ombres l'imitèrent. Les Marmottons hésitaient à faire de même quand la nouvelle Reine de la place forte s'adressa directement à eux.

" Il me reste une affaire à régler avant de vous aider dans votre quête. Si j'y survis, je vous accompagnerai bien évidemment. Si je venais à mourir, eh bien je vais m'assurer que suffisamment de mes soldats vous accompagnent pour me remplacer. "

Des cris d'indignation se firent entendre tout à coup. Lucy vit le Palefrenier émerger de la ruelle dans laquelle ils avaient d'abord été encerclés, traînant derrière lui un Caramel passablement énervé.

" Celui là se cachait dans cette ruelle ! Maîtresse, qu'en faisons nous ? "

" Je m'occupais du blessé ! " se défendit Caramel.

" C'est sans doute pour ça qu'il est mort maintenant ! " cracha le Palefrenier.

" Suffit ! Palefrenier, laisse le, il est avec le groupe des étrangers. Que veux tu, il faut bien un couard dans chaque armée. "


A ce moment, Nenmil remarqua Lucy qui caressait quelque chose dans sa main. Elle s'approcha et découvrit au creux de la paume une touffe de poils qu'elle reconnu comme ceux de Cibylh. Très émue de revoir les belles couleurs du pelage chatoyer encore, elle regarda la Pyromancienne dans les yeux et sans un mot, elle lui communiqua un sentiment de reconnaissance et d'espoir extrême. Comme les Ilyens, elle était capable de susciter des émotions incroyables d'un seul regard. Visiblement, l'Ancêtre portait Lucy en très haute estime pour cette marque d'affection pour l'Ilyen désormais disparu, et toujours cet espoir inarticulé qui animait son regard quand il venait à se poser sur Lucy.
Nylhin vint se glisser au côté de son aimée. Il lui pris la main et effleura du bout des doigts la cicatrice qui courait autour de son poignet. Il lui montra aussi le croc de l'Ilyen qu'il avait conservé. Ainsi, chacun d'eux aurait vécu une expérience auprès d'un Ilyen et en garderait un souvenir.

" Comment te sens tu madame la Pyromancienne ? "

" J'ai faim. "
Dernière édition par Alecto le ven. mars 28, 2008 11:11 pm, édité 1 fois.
Querdal
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Querdal » dim. févr. 03, 2008 1:20 am

Une heure plus tôt :

Fidel IX était resté peu bavard pendant quelques jours, et carrément muet ces dernières heures. Pensif, il se laissait porter par la démarche lourde et régulière de son Qrrl_toq. Les décors se succédaient à un rythme lent et monotone, et le profil du roi gobelin restait de marbre, ses yeux baissés, le regard sombre.
Myke, n'y tenant plus, vint à lui tenir ce propos :
« Hep ! Not' Roi ! Qu'est-ce qui truine donc vot' méninge d'la façon depuis c'temps ? Seriez-vous donc en d'dans l'mal du pays ?
– Hum ? Fidel sortit de sa rêverie en bullant des oreilles, et croisa le regard de Myke avant de lui adresser un sourire distrait. Non, Myke non... Je songeais. Je songeais à là façon dont tes amis de la Taverne nous ont quittés. Je dirais presque... nous ont fait faux bon. Je reste dubitatif devant cet élan unanime qui a fait s'envoler tous ces jeunes gens vers Millénaire sans un regard pour cette vaste armée que nous avons réunie pour appuyer leurs efforts. Se moquerait-on de nous ?
– Ooooh, mais not' Roi, c'est point ça ! Argua Myke en quittant le os de Sam pour escalader Galabru. Les marmottons c'est des bons jeunes, ils ont su que leurs armes elles s'raient plus à not' cause avec les ilyens ! En attaquant à deux packs, sûr qu'on écrabouillera mieux l'Gorgor ! »
Fidel IX garda le silence quelques secondes, son regard posé sur Myke. Ce regard, tout dénué d'hostilité ou de fureur qu'il soit, simplement posé comme une main sur son épaule, fit se recroqueviller Myke, le fit se sentir infiniment inférieur et dominé par l'aura du monarque.
« Aurais-tu préféré suivre tes amis, Myke ?
– Non, not' roi !
– N'es-tu resté que pour le respect de ton roi, pour me convaincre de ta loyauté ?
– Non que j'dis, que non ! Ne... Not' Roi, c'est que j'crois bien, que j'crois fort en l'Armée, en ct'armée-là, emmenée par vous, on va l'avoir c'est sûr ! On va l'péter le Gore ! On y sera ensemble, et j'serai là derrière vous, et Ky et Dérim', quan' vous mont'rez au donjon et brandir la victoire au d'vant d'la foule des vainqueurs ! Et on vous acclam'ra, et j'vous acclamerai foi de moi !
– Toi, Myke... Je n'en doute pas. Ceux qui nous suivent, pas plus — quoique vous mériteriez plus d'acclamation que nous les généraux. Mais irons-nous jusqu'à la victoire ? Irons-nous seulement jusqu'à la bataille ? Ou serons-nous pris de court par les Ombres, qui attaqueront tel un murmure dans la nuit, un souffle sous une porte, un couteau filant sans bruit sur une gorge ? Tandis que nous projetons de charger en plein jour, la tête haute, en hurlant pour nous ouvrir les portes du Englyhdüm ? L'intention de notre armée est moquée par celle de leur expédition. Et ce principalement à cause d'une des trois factions qui nous composent : les gobelins sont méprisés par les autres races, et même par nos compagnons soldats et amazones, je l'ai constaté depuis la constitution de notre armée. Ces grandes et blanches gens rient des ridicules gobelins, vermines bonnes à rien qu'on imagine mieux récurent la vaisselle d'une bonne famille humaine que sur un champ de bataille.
– Not... Not' roi ! »
Myke avait les larmes aux yeux, et triturait les touffes de poils, et griffait sans s'en rendre compte le cuir de l'innocent Galabru.
« Myke, dit encore Fidel lentement, je le crois bien... Les gobelins n'ont pas leur place dans ce monde. On la leur refuse et on la leur refusera tant qu'ils se laisseront marcher dessus...
– Je... Je n'peux point l'croire, vous n'croyez pas c'que vous dites à l'moment ! On a not' mot à dire dans la marche de c'monde !
– ...et (il dit ces mots en les détachants bien les uns des autres) je ne le permettrai plus. »
A cet instant, alors que le coeur de Myke battait à tout rompre, que les poils de Galabru étaient en sang entre ses mains, que le regard de Fidel était plus ferme, décidé que jamais, que ce regard appelait de Myke une réponse immédiate : « Es-tu avec moi où non, Myke ? » semblaient-ils dire.
Myke ! Nous avons besoin de toi.
Myke se retourna soudainement.
« Quoi ! Quoiquessquya qu'est-ce que c'est ? Laissez-moi tranquille ! Qui c'est ? S'pas le moment ! »
Fidel était complétement interloqué par la réaction inattendue de son protégé.
« Myke ? Mais enfin, à qui parles-tu ?
– Ben... Ben, euh ma foi je n'sais guère... J'ai escotché euch' voix que m'a pelé à moi-même.
Myke, le temps presse ! La bataille est imminente, ici sur Millénaire. Nous avons besoin de toute ta verdure et de ta hargne !
– Bo... Bobolle ?? oO S'rait-y pas le p'tit Bubble que j'entends de là ? Sur Millénaire ? Te m'communique de si loin qu'ça... L'heure n'doit point être à la teuf. (il se retourna vers Fidel) Not' roi... Mes potos... J'dois y aller. »
Fidel IX rit tristement.
« Alors... Alors toi aussi, Myke. Quelle tristesse.
– Vot' Verdure, je n'peux point... ! Enfin, c'est que j'dois... Je le dois ! C'sont mes potos, not' roi. Ils le f'raient pour moi, j'le f'rai pour eux.
– Eh bien... Ainsi soit-il. Puisses-tu ne jamais regretter ton choix. Va donc, fils. »
Myke se retourna pour croiser le regard de Sam. Ses yeux disaient « où tu iras j'irai ». A Myke revenait la décision. Il l'avait déjà prise.
« Fils qui nous quitte... »
Myke baissa la tête et serra les poings.
« Fils que je renie. »
Des larmes coulèrent des yeux du petit gobelin.
« Va, et ne reviens pas. »
Il était passé du dos de Galabru (l'énorme bête avait à peine senti la blessure que le gobelin lui avait infligée sur le sommet de son dos) à celui de Sam, et le goberin était revenu crapahuter sur sa tête, essayant d'endiguer de ses petits bras les larmes sur les joues de son grand ami.
« Allons, se dit-il... Grandes heures s'annoncent. Que j'semble sûr de moi pour la bagarre. Que j'défende bien ma peau et celle des aut'es. Que j'aie l'air tel que moi-même : point d'larmes sur ces joues. »
Puis, à voix haute :
« On est prêt, Bobolle. Tu peux y aller. »
Myke, Sam et le goberin disparurent dans un éclair argenté, à la seconde même où apparut, un peu plus loin, la petite sphère de Zelandria. Fidel IX pas plus qu'un autre ne remarqua son arrivée, et Bobolle ne se manifesta pas immédiatement.
Le roi des gobelins se retourna sur son Qrrl_toq et se mit debout, pour faire face à l'Armée des Trois Mille, où se mêlaient dans une harmonie relative gobelins, hommes et amazones. L'Armée s'était arrêtée dans sa marche, depuis un instant déjà.
Dans un instant de silence parfait, où seul le bruit des respirations se mêlait à celui du vent, le regard du roi vogua sur les têtes de hauteurs, de couleurs et de formes inégales. Il soupira. Il savait ce qu'il avait à dire.
Il ouvrit la bouche et commença de parler.


A la fin du combat, sur Millénaire :
Rien de plus facile que de battre des adversaires qui ne vous rennent pas au sérieux.
L'esprit entier plongé dans le combat qu'il venait de terminer, mené de concert avec son fidèle compagnon démoniaque (le goberin étant, il faut bien l'avouer, peu redoutable dans une bataille) Myke ne vit pas fuser la flèche qui le rata de peu. Le gobelin fit un bond sur le côté, cherchant des yeux l'archer qui l'avait pris pour cible. N'en voyant aucun au sol qui soit assez près de lui pour le tirer à vue, il scruta le ciel. C'est alors qu'une deuxième flèche venant de derrière lui se ficha dans sa jambe droite. Il retint un cri de douleur et se retourna juste à temps pour éviter la troisième flèche. C'était le Palefrenier qui le prenait pour cible.
Myke comprit en un éclair. Quand ce bonhomme était revenu avec les Ilyens, Nenmil lui avait glissé quelques mots. Elle lui avait demandé d'en finir avec cet avorton irrespectueux.
Le gobelin jeta un coup d'oeil à sa jambe : la flèche lui avait traversé lemollet de part en part, et la blessure saignait abondament d'un sang rouge vif. D'un geste sec, il la brisa avec un croâssement de douleur contrie, puis suivit Sam en se jetant à couvert derrière un monticule de cadavres (Ombres, hommes du Lion et vampires mêlés) de taille respectable.
« Le gaillard veut ma mort. J'dois lui rendre la politesse avant qu'y n'la fasse point. »
Myke pensa à Fidel IX, et à l'honneur de sa race. Il pensa à ses compagnons (les marmotons, mais aussi le chien-démon et le goberin) Il pensa à sa mère et au Coigneur. Il repensa à l'honneur. Il chercha ses amis des yeux, mais aucun n'était en vue : ils célébraient la victoire. Les deux seuls présentsgardaient l regard sur lui en attendant sa décision.
Myke ferma les yeux et murmura encore pour lui-même :
« Lui rendre la politesse avant qu'y n'la fasse point... »
Le Palefrenier tournait toujours au-dessus de la plate-forme, à la recherche de la cible qu'il avait perdue de vue, chevauchant un majestueux ilyen à la robe blanche. Myke quitta sa planque d'un bond... qui se finit de façon grotesque sur le sol : il avait oublié sa blessure qui handicapait sa démarche. Le Palefrenier l'avai localisé, et s'approchait pour lui décocher une nouvelle flèche : comme il montait une créature volante, celle-ci faisait beaucoup d'écarts sur les côtés, en haut et en bas à chaque mouvement d'ailes, ce qui obligeait son maître à s'approcher pour viser.
Sous les aboiements de Sam et les piaillements surexcités de goberin, restés à terre, Myke choisit le bon moment pour escalader, en courant autant qu'en boîtant, le monticule de cadavres. Parvenu au sommet, et profitant de son élan, il sauta de toute la force de sa jambe et demie sur l'ilyen en plein vol, fidèle à lui-même : braillant et toutes griffes dehors. Le palefrenier, surpris, ne put éviter le choc qui ébranla son ilyen, le faisant dévier de côté et vers le sol de façon dangereuse. Soucieux de ne pas s'écraser lamentablement au sol, il communiqua toute son énérgie à l'ilyen et s'accrocha à son encôlure pour ne pas tomber, durant les quelques secondes qui permirent au passager clandestin d'affermir sa prise sur le flanc drit de l'animal. Il escaladait déjà avec hargne la jambe droite du palefrenier qui se débattait. Celui-ci, exaspéré, et son ilyen enfin stabilisé à une bonne hauteur, accrocha son arc au harnais et dégaina une de ses deux lames courtes pour en assener un coup vif au gobelin : la lame lui errafla une oreille.
Myke se balança sur la jambe pour sauter sur la croupe de la chimère , dans le dos du palefrenier. De là, il passa ses grandes mains sur le ventre de son adversaire comme pour lui faire un câlin, mais un câlin morbide : resserrant ses griffes, il arracha cette partie de son armure, éspérant faire de même avec ses tripes à la seconde suivante.
Le Palefrenier ne l'entendait pas de cette oreille. Sentant la situation se corser, il donna un coup de coude en arrière qui projetta le gobelin dans le silage de l'ilyen... mais Myke eut le réflexe de s'agripper à la queue de celui-ci. Gêné, l'animal se cambra en plein vol pour se débarasser de ce poids nuisible sur sa queue, ce qui ne fit que le projeter (la nuisance, si vous suivez) en avant et vers son flanc gauche par le mouvement de la queue. Profitant de cette aubaine, Myke déploya les griffes de ses orteils gauches, qui se plantèrent profondément dans le flanc de la chimère blanche. Celle-ci poussa un strident cri de douleur, qui alerta les vainqueurs de la bataille, qui n'avaient rien remarqué de cette agitation aérienne. Sam avait déjà alerté les compagnons de la Marmotte, qui ne pouvaient que contempler la lutte sans comprendre, sans pouvoir intervenir, en ne sachant pas même pour qui prier. Même Félicia ne pouvait approcher, au risque de se prendre un mortel coup de dague ou de griffe. Luttant contre la douleur, l'ilyen ne pouvait s'empêcher de perdre de l'altitude à un allure inquiétante. Il allait s'écraser, inévitablement.
Les archers, voyant leur meneur en difficulté, voulurent bien faire en visant son verdâtre ennemi. Une flèche atteignit l'ilyen à côté de la plaie déjà existante, et une autre se ficha sur le crâne de Myke.
« Hep les rigolos, grogna Myke, qu'on sache qu'ya rien d'plus épais pis résistant qu'un crâne eud' gobelin. On en f'zait des boulets d'canon aut'fois. »
Il retira sans peine la flèche, et une petite gerbe de sang jaillit de la plaie, avant qu'une autre flèche ne vienne se loger à côté. Le Palefrenier se manifesta à nouveau par un autre coup de lame courte qui obligea Myke à changer de prise sur la fourure de l'ilyen. Il sauta et fit voler le casque de son ennemi d'un coup de pied.
« On s'découvre pour mourir, l'ami ! »
Rageur, le Palefrenier leva à nouveau sa dague pour frapper, mais elle ne trancha que du vide : Myke avait attrapé son poignet au vol, avant de retourner l'arme contre la gorge de son propriétaire. A l'instant où le valet de Nenmil voyait le reflet de la Mort briller sous ses yeux dans la lumière du petit matin — cette lumière claire et obscure qui vous éblouit avant que le soleil ne se montre —, l'ilyen perdit connaissance sous la douleur et l'effort. Ils s'écrasèrent.

Myke n'avait perdu connaissance que quelques secondes : un simple étourdissement en fait. Il avait roulé dans un coin après le choc ; la seconde flèche plantée sur son crâne s'était cassée sous le choc. Ils ne s'étaient pas écrasés sur la plate-forme où avait eu lieu la bataille de la nuit, mais sur une autre, déserte, située plus haut dans Millénaire. Sa jambe saignait de plus en plus, et le faisait de plus en plus souffrir.
Tant bien que mal, il se releva.
Le Palefrenier s'était traîné auprès de son ilyen pour constater l'étendue des dégâts :
« Il vivra... Mais tu mérites deux fois la mort pour ce que tu lui as fait subir !
J'frai mes excuses à la bête, pis j'la soignerai bin quand j'en aurai fini aek ta pomme. L'elle est point qu'la tout innocente arme de l'brigand pis d'l'assassin.
La répugnante vermine que tu es ne touchera plus ***** ! »
Ivre de colère, il se jeta en avant sur Myke, ses deux dagues en mains. Myke se mit à quatre pattes et courut vers lui de toutes ses forces. Il arriva en trombe sans les jambes de son adversaire, qui perdit l'équilibre et tomba près du rebord de la plate-forme. N'ayant aucune prise à portée de main, le Palefrenier glissa inexorablement sur ce rebord et s'y retrouva pendu par ses seules mains.
Il savait ce qui allait se passer ensuite. Tout ce qui allait se passer, car il voyait Myke se tenant fièrement au-dessus de lui, mais il voyait aussi derrière lui. Il savait qu'elle ne ferait pas un geste pour l'aider.
Myke mit un genou à terre et ramassa l'une des deux lames échappées des mains de l'elfe.
« Songe, Palefrenier, et garde en d'dans la mémoire pour les qeq' zgondes qui t'restent, qu'un gobelin... te vainquit. »
Le quatre cent douzième matricule de la huitième surinade des Cohortes Purulentes — ex-matricule — abattit la dague sur la main droite de celui qui avait cru pouvoir le tuer. Dans un hurlement de douleur, le Palefrenier lâcha prise et chuta. Avec un bruit mat, il toucha le sol de la plate-forme où étaient rassemblés tous ceux qui avaient assisté à la scène. Un silence de mort régnait tandis qu'on s'approchait du corps, ou que les autres gardaient les yeux levés vers Myke.
Celui-ci, apaisé, se retourna. Nenmil lui faisait face.
« B'zoin d'un renseignement ma bonne Dame ? »
Sa voix était faible et son souffle court.
« Tu m'ennuies, gobelin. C'était un bon palefrenier. J'avais des projets pour lui.
C't à dire que Vot' Sérenissime Ombrure recrute présentément ? J'en toucherai l'mot à mes potes diplomates, intriguants, chuchoteurs pis conspirateurs, ya moyen qu'y zaient d'l'intérêt pour.
Assez ! Tes jacasseries insensées m'insupportent ! Tu as assez perturbé ma grande entreprise comme cela ! Meurs, stupide avorton ! »
La second lame du Palefrenier, que nenmil avait ramassée sans bruit une minute plus tôt avant de la dissimuler dans les replis de sa robe, fusa dans un geste aussi rapide que précis. Un trait rouge horizontal apparut sur la gorge de Myke, puis se mit à baver de sang, et faisait même des bulles. La silhouette du gobelin s'affaissa lentement, il se retrouva assis à genoux bien qu'il ut toujours droit. Ses yeux s'embuèrent, il essaya de tousser.
« Père...
Fils que je renie, fils queje renie... »
La large face verdâtre, riarde, le sourire dément du Coigneur apparurent derrière la robe de Nenmil. Il était là. Que faisait-il là ? Avait-il participé au... ? Myke ferma les yeux, et peina à les rouvrir.
« NOOOOOOOOOOOONNNNN !!! Myke, non ! Noooonn... Myke, Myke... »
La voix cahotante de sanglots de Lucy parvenait du contrebas. Jalina prit son amie dans ses bras et étouffa ses pleurs contre son sein.
« Le Coigneur... Hrr... N... Non. N'pas là. Pas là le... Le... Il... »
Avec une lenteur incroyable, presque image-par-image, le gobelin s'écroula sur le côté, la tête sur le flanc de l'ilyen, *****. Ses yeux étaient grand-ouverts, etvitreux, et sa bouche restait entrouverte comme pour articuler son dernier mot. Son sang s'écoulait maintenant à flots de sa gorge maintenant béante, et de son mollet, et tachait la somptueuse fourrure blanche de l'ilyen. Il ne la quittera plus.
Nenmil se baissa pour essuyer la dague sur la fourrure de *****, puis la considéra d'un air dédaigneux avant de la laisser tomber à terre.
Jalina et Lucy étaient toujours serrées dans les bras l'une de l'autre, à moitié accroupies à moitié assises, et Lucy lançait de temps à autres des regards chargés de peur, d'incompréhension et de colère vers la Reine des Ombres. Caramel se tenait à côté d'elles, raide comme un piquet, choqué par ce qu'il venait de voir. Les soldats, eux, ne comprenaient pas bien pourquoi on faisait tant de cas d'un mort de plus ou de moins, mais gardaient out de même le silence, dans le doute. Félicia voligeait sur place à hauteur de la seconde plate-forme, interloquée, bouleversée... Nylhin avait gravi un escalieren courant, espérant arriver à temps pour intervenir... en vain. Il se tenait à l'orée du théâtre du drame, ne sachant comment réagir. Tous ses jugements sur Nenmil et ses projets d'effondraient. Que faire désormais, dans l'immédiat comme à plus long terme ?
Le bruit s'amplifiant d'une galopade furibonde mit fin au silence énorme qui régnait sur les lieux. Nylhin se retourna : derrière lui, dans l'escalier, gonflait l'écho de quatre pattes battant les marches avec l'énergie d'une colère insatiable. Des aboiements s'y ajoutèrent. Des aboiements où grondait une colère démoniaque dévastatrice, un ronflement de rage vengeresse.
Sam apparut au détour d'un pilier massif. Il semblait plus gros que d'habitude. Ses yeux semlaient fous, ses babines dgoulinaient de bave, et se gonflaient sous son souffle meurtrier. Il émergea de l'ombre sur la plate-forme en un gigantesque bond, toutes griffes dehors, la gueule grande ouverte, les muscles bandés, en direction de Nenmil. Nenmil, Nylhin et Sam étaient baignés de la lumière éclatante du point du jour.
Il n'y a qu'un âne qui s'appelle Querdal.
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Yohko » mer. avr. 02, 2008 4:59 pm

Il y a longtemps, dans un autre lieu...

« Maître ! Puis-je vous poser une question ?
Le vieil homme leva les yeux de sa lecture.
- Vas-y, je t’écoute.
- Maître, qui sont les Tourmenteurs ?
L’homme fronça les sourcils.
- Où as-tu entendu parler d’eux ? demanda-t-il sèchement.
- Ben… Vous aviez laissé traîner quelques feuillets sur le bureau sur lesquels vous mentionnez en avoir côtoyé un pendant près d’un an… »
Le jeune apprenti, penaud, n’osait regarder son maître. Ce dernier s’était renfrogné. Il semblait sur le point de sermonner son élève quand la colère fit place à l’amusement : il aurait agit exactement de la même façon à son âge.
- Bon, je vais satisfaire ta curiosité. Mais je ne sais que peu de choses…
Les Tourmenteurs sont autant un peuple qu’une faction. Nul ne sait d’où ils sont issus. D’aucuns racontent qu’ils sont le fruit d’expériences innommables entre un Humain, un Vampire et un Illithid. D’autres prétendent qu’ils on fait un pacte avec un terrible démon. D’autres encore affirment qu’ils viennent tout simplement d’un autre monde. Pour ma part, je crains que la vérité ne soit plus terre-à-terre mais néanmoins beaucoup plus compliquée. Ce peuple vit retiré du monde et des hommes, ils ne semblent ne se montrer que dans les moments clés de l’Histoire. On n’en voit jamais qu’un seul à la fois. Physiquement, ils ressemblent à n’importe quel humain., même si je les soupçonne fort d’avoir d’autres origines. Cependant, leurs facultés leurs sont bien supérieures.
La base de leur pouvoir est la suivante : ils manipulent les émotions et les sentiments. Non seulement les leurs mais aussi ceux des êtres qui les entourent. Ainsi, ils pourraient te faire ressentir autant la peur que la joie, la tristesse, la colère, mais aussi des sentiments plus complexes comme le mépris, l’espoir, l’intérêt, le courage, la lassitude… ou au contraire t’empêcher de les ressentir. Leurs seules limites semblent être les deux seules émotions qui proviennent directement de l’âme, à savoir l’Amour et la Haine.
Manipuler leurs propres émotions leur rend de nombreux services : ils possèdent une capacité de concentration, de compréhension et d’adaptation hallucinante. Non pas qu’ils se concentrent très bien sur une chose, ils semblent pouvoir se concentrer sur tout à la fois. Chaque élément qu’ils perçoivent est froidement examiné et pris en compte. N’étant pas empêtrés dans le doute et le stress, leurs temps de réflexion et de réaction sont hors-normes.
D’autant plus qu’à cette réflexion vient s’ajouter leur intuition : pouvoir lier les deux dans un même processus de décision est sûrement un de leurs plus grand tour de force. C’est pourquoi ils font d’excellents stratèges, conseillers ou encore combattants. Ils vieillissent également beaucoup moins vite que les humains ( ce qui est sûrement autant dû à leur self-contrôle émotionnel qu’à leurs origines. ) Et grâce à ce don, ils apprennent également très vite. En vingt années d’apprentissages divers, ils en savent autant qu’un érudit et un vétéran réunis.
Le Tourmenteur que j’ai connu m’a également raconté que leur pouvoir leur a permis une meilleure conscience de leur corps. Il purent ainsi pousser leurs capacités physiques à leur summum, minimisant l’effort requis de mouvements pourtant violents. Je n’ai jamais vu meilleurs acrobates ou athlètes. Enfin, connaissant les mécanismes des émotions par cœur, ils sont naturellement les meilleurs comédiens que l’on puisse trouver, et il est presque impossible de savoir ce que pense un Tourmenteur.
Maintenant, je vais te parler de leur capacité à manipuler les émotions d’autrui. Ils ne prennent pas à proprement parler contrôle de l’esprit de leur cible, ils ne font que solliciter ses émotions ( c’est pourquoi le sujet ne se rend généralement compte de rien ). Dès qu’il relâche son emprise, l’esprit du sujet fonctionne comme il le faisait auparavant. Ils contrôlent également la cause des émotions. Pour parler plus clairement, ils pourraient te rendre terrorisé d’un simple meuble. Ou te faire te désintéresser de ta cible en plein combat. Manipuler les émotions ne leur demande pas plus d’efforts que de respirer, cependant il est possible d’échapper à leur emprise. Prendre conscience qu’on est manipulé leur complique déjà amplement la tâche. Ensuite, cela dépend de la force de volonté, de la sensibilité du sujet, etc… Pour percer une défense mentale, ils font appel au lien qui les uni à leur arme. Chaque Tourmenteur se forge sa propre arme selon sa personnalité ( Mais oui, je t’ai dit qu’ils apprenaient vite ! Il est normal qu’ils sachent faire beaucoup de choses comme la forge, suis donc un peu ce que je te dis ! ). Ces armes sont appelées des Sombrelames. Il est vrai que le métal qui les compose est plutôt sombre. Chaque tourmenteur est lié spirituellement à son arme. N’importe qui pourrait se servir d’une Sombrelame comme d’une lame ordinaire, mais pour eux ces armes sont une partie d’eux même, comme une simple extension de leur bras. Enfin, le métal particulier dont elles sont forgées leur permet de les imprégner d’une émotion. Si la lame entre en contact avec le sang de sa victime ( directement dans ses veines, hein ? Ca n’a rien à voir avec un quelconque envoûtement Vaudou. ), l’émotion s’insinue dans l’esprit de la victime avec une force irrésistible.
Enfin, le dernier et le plus effrayant de leurs pouvoir sont les Tourments. Je n’ai pas bien compris comment fonctionnait ce pouvoir. Il m’a dit qu’il fallait qu’un certain nombre de circonstances soient réunies pour lancer un Tourment… En gros ce serait la conclusion logique et implacable d’un enchaînement d’événement. Cependant, il m’a aussi dit que c’était bel et bien la volonté du Tourmenteur qui lançait le supplice. Quant aux effets dudit Tourment… Il semblerait que cela exalte tout sentiment, toute émotion synonyme de souffrance pour la victime tout en laissant remonter les plus noirs souvenirs ( tant ceux de l’esprit que ceux du corps. ) et augmente tout cela jusqu’à une intensité difficilement imaginable. Cela ne dure que quelques seconde, mais la victime en ressort traumatisée et changée à jamais.
Que te dire d’autre ? Ah si, il m’a également confié un jour que les Tourmenteurs étaient les envoyés des Gardiens de la Réalité. J’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé d’ouvrage les mentionnant. Encore un de leurs secrets. Je sais aussi qu’ils sont plutôt peu enclins à utiliser leurs pouvoirs et répugnent à manipuler les émotions des gens sans raison valable. Si ce qu’il m’a dit est vrai, vu leurs patrons, ça ne m’étonnerait pas qu’il aient un grand sens de la justice.
Maintenant laisse-moi lire en paix pour le reste de la soirée. Je t’ai dit tout ce que je savais. »
Dernière édition par Yohko le mar. avr. 08, 2008 8:26 am, édité 2 fois.
"We are the Dark Knights for justice. Because as children we were nursed on the milk of justice, and as we grew up we acquired a taste for justice. Now as we get older we once again desire the taste of justice... but we cannot find the milk! So we go to Starbucks! And we get a coffee! But it's not the same thing! IT SUCKS! WHY DID I ORDER THIS!? IT'S TERRIBLE! And now you all understand what our mission is. And. What. We. Must. Do."
— Lelouch/One, Code MENT
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Jalina » jeu. avr. 03, 2008 12:35 am

La mort de Mike l'avait affecté plus qu'elle ne l'aurait cru... Jalina soupira. Ce foutu gobelin insupportable lui manquait déjà. Ne plus entendre ses jurons continuels, ne plus rire de ses gaffes, ne plus combattre aux côtés d'un ami valeureux et honorable et puis, qui allait s'occuper de Sam et du goberin maintenant...
Elle s'était éloignée du groupe, pour être un peu seule, pour pouvoir pleurer la perte d'un ami en paix. Les marmottons étaient devenus sa famille. Après des années passées à errer en Eilogiar, à combattre pour gagner un peu d'argent, à voler pour se nourrir et à chercher sans relâche l'homme qui avait détruit sa vie, elle avait enfin trouver des gens sur qui compter, avec qui rire et parler, avec qui elle pouvait dormir sans crainte qu'on lui volât son maigre pécule durement acquis. Ici personne ne tenterait de l'abuser...

Elle marcha un temps dans le labyrinthe de couloir qu'était Millénaire et fini par s'asseoir au bord d'une plateforme immense, ses jambes pendant dans le vide. Pourtant son envie d'être seule ne dura pas longtemps lorsqu'elle sentit dans son dos de grandes bourrasques se lever et un mini tremblement de terre prendre la plateforme pour cible. Lorsqu'elle se retourna elle ne fut qu'à moitié surprise de trouver Hra'bo la regardant intensément de ses yeux opales.

-Hé bien, je te laisse à peine un jour seule et tu me reviens toute triste... Et sans Bobolle de surcroît! Où est donc parti ce vieux filou?
Jalina sa releva et se rapprocha du majestueux dragon, de grosses larmes perçant aux coin de ses yeux.
-Il y a eu un combat, et Bobolle a pris la place d'un de nos compagnons restés avec l'armée des trois mille... Mike, le gobelin avec son chien de l'enfer et son petit goberin... Et Mike, a été tué, par quelqu'un qu'on prenait pour une alliée. Ca fait mal Hra'bo, ça fait mal de perdre quelqu'un qu'on aime.
-Je sais, jeune humaine, je ne le sais que trop bien. Les siècles sont passées sous mes yeux et ont emporté avec eux bons nombres de mes amis.

Jalina essuya ses yeux avec rage avant de se laisser tomber au sol, le dos contre le flan du dragon.
-Les marmottons m'ont raconté ce qu'il s'était passé dans ta caverne, de tes attaques et de ta discussion avec Bobolle avant mon arrivée. Ils ont mentionné le nom de Ner'shid... C'est quelqu'un que tu aimais?

Hra'bo soupira bruyamment.
-Je savais bien qu'il nous faudrait en arriver là un jour Jalina. Sais-tu pourquoi, de nos jours, les dragons sont si peu alors que d'après les récits antiques on raconte parfois que le ciel pouvait être totalement noir de dragons au moment des grandes migrations? Jalina secoua la tête en signe d'ignorance. Et puis... je me doute que tu ne sais rien du peuple qui a créé Bobolle mais eux aussi ont disparu. Veux-tu savoir comment tout cela c'est passé?
-Oui j'aimerais beaucoup,
approuva Jalina en laissant parler sa curiosité naturelle tout en oubliant un instant la douleur causée par la perte de Mike.
-Bien. Allons-y, souffla le dragon avant de perdre son regard au loin, plongés dans de vieux, très vieux souvenirs... Il y a de cela très longtemps, à une époque si lointaine que les Hommes n'étaient encore que des peuplades éparpillées dans le monde commençant à peine à écrire et à se sédentariser en village de bois mort et de boue, trois races était majeur sur ce monde. Il y avait les majestueux dragons maîtres des montagnes et des airs, les pacifiques zélandriens vivant dans les plaines et en bord de mer, et enfin il y avait les sauvages fées maîtres des forêts.

Les zélandriens était un peuple fort sage, qui se servait de son don magique pour tenter de maintenir l'harmonie, la paix et la beauté dans notre monde. Chacun d'eux était doté d'une sphère de Zélandria comme toi tu as Bobolle. Et parfois ils en faisaient une pour leur amis, ou alliés. Ces sphères renferment en elle un morceau d'âme d'un Zélandrien, la rendant capable d’immenses pouvoirs uniquement mis au service de la paix, et de la protection de son propriétaire. Longtemps les Hommes ont envié ce pouvoir lorsqu’ils le découvrirent mais rapidement ils comprirent que jamais ils pourraient s'en emparer par la force ou la ruse. Seule une sincérité sans faille et une bonté profonde leur permettrait de posséder l'une de ces sphères magiques.

Les fées, à cette époque, étaient un peuple sauvage et sanguinaire, avide territoire supplémentaire qui ne rêvait qu'au combat et à la mort de ses ennemis. A savoir les autres espèce et surtout les dragons.
Nous même n'étions pas beaucoup plus sage, longtemps nous avons entretenu la guerre millénaire que se faisait fées et dragons... Longtemps, trop longtemps.

Il est arrivé un jour où toute la magie et la rage que nous déployions à nous entretuer commencèrent à déséquilibrer la nature profonde des choses... Comment t'expliquer ça. Tout ce qui émanait de nous n'était plus que haine, volonté de faire le mal et folie, à un tel point que cela pervertissait les lieux dans lesquels nous vivions, dans lesquels nous chassions et surtout ceux où nous nous battions.
Je n'étais qu'un jeune dragon à l'époque, mais je me souviens encore que les montagnes se faisaient plus dures, plus froides et plus hostiles. La végétation des forets se faisait plus sauvage et il n'était plus sûr pour les humains de s'y promener et d'y chasser. Les animaux étaient eux aussi devenu plus sauvage et leur viande avait pris un goût acre et mauvais, presque venimeux.
Les cieux se déchaînaient au dessus de nous lors de nos combats aériens et la foudre, violente, qui s'abattait autour de nous faisait nombre de morts dans les deux camps.

Voyant l'harmonie du monde menacée dans sa plus profonde forme, les zélandriens agirent. Ils recherchèrent des volontaires chez eux, mais aussi chez les dragons et les fées pour mettre fin à ce carnage dangereux.
Je fus l'un des volontaires et ma compagne, une femelle à peine plus jeune que moi aussi. Elle se nommait Ner'shid. Il y eut beaucoup d'autres dragons volontaires, ainsi que quelques fées qui en voyant les changements profonds survenant à leur habitat ancestral avaient réussi à se calmer et à penser à autre chose que la conquête et la mort.
C’est lors que les Zélandriens nous ont dévoilé leur plan. Selon eux les dommages causés par notre guerre ininterrompue étaient trop importants pour pouvoir réparer tout cela sans un sacrifice immense… Et ils avaient aussi eu une idée, afin qu’une fois l’harmonie rétablie, la guerre cesse.
Un immense rituel de magie a été mis en place. Je n’étais que tout jeune, mais même les plus vieux dragons, aux écailles plus dorées que le soleil, furent soufflés par la puissance qu’il s’en dégageait. C’était gigantesque, chacune de mes écailles vibrait face à tant de pouvoir. Le rituel devait s’étendre à l’ensemble du monde afin de rétablir l’équilibre initial mais aussi il devait insuffler aux fées la paix et aux dragons la sagesse.

Ce que nous ignorions alors c’est que les Zélandriens n’en reviendrait pas vivant, ils s’étaient tous concertés et d’un commun accord ils avaient décidé leur sacrifice.
Ainsi le rituel les consumait peu à peu, augmentant la puissance du sort de façon à ce qu’il recouvre toute la surface du monde. Lorsque le dernier Zélandrien entra dans le sort, sa puissance ne suffit pas à recouvrir tout. C’est alors que ce déroula le pire instant de ma vie. Sous mes yeux, Ner’shid, ma tant aimé Ner’shid plongea dans le cœur du rituel, une immense boule lumineuse éclairée de toutes les couleurs existant sur cette planète, de la plus sombre à la plus lumineuse… Je ne dus mon salut qu’au sacrifice d’autres dragons et de nombreuses fées qui plongèrent dans la luminescence avant moi... Je voulais rejoindre Ner’shid, mon amour, mon souffle, ma vie. Si bien que orsque mon cerveau eu suffisamment récupéré du sacrifice de ma dragonne, je me décidais à plonger à mon tour dans la boule lumineuse. Arrivé à quelques centimètres de celle-ci, elle disparue. Me laissant au dépourvut dans un monde où vivre n’avait plus de sens pour moi.

Quelques secondes après, l’onde de choc du rituel se propagea dans le monde et j’étais en première ligne. Je sentais mon crâne bouillir, sur le point d’exploser, je fus projeté à quelques kilomètres de mon point d’origine, mon corps était ravagé. Nombre de mes écailles avaient foutu le camp, et je sentais qu’une de mes pattes s’étaient brisé à l’atterrissage. J’étais vivant alors que tout ce que je demandais c’était mourir…
Mais, hélas et heureusement, le rituel avait fonctionné. J’en était ressortit plus sage et les fées presque pacifiques. La guerre était finie mais nos deux races étaient en voie d’extinction. Peu avaient survécut à l’onde de choc provoqué par le rituel mais tous étaient décidés à repartir d’un nouveau pied, et le bon de préférence cette fois.

Voilà.

Depuis, malgré toute la sagesse que j’ai pu accumuler au cours des ans, je garde une certaine rancœur envers les fées et surtout quand elles s’introduisent dans ma caverne.
Sache, jeune humaine, que je ne vous ai suivit que pour te connaître un peu. Bobolle est resté seul si longtemps que nous désespérions tous à ce qu’il se trouve quelqu’un. J’ai connu mon lot de guerre et je ne vous aiderais pas dans celle-ci… De toute façon d’ici là prochaine lune je serais en sommeil, l’heure d’une mue supplémentaire est venue et celle-ci durera sûrement trois bon siècles avant que je ne me réveille couvert d’écailles noires.
Va donc retrouver tes amis, ils t’attendent, nous reparlerons une prochaine fois.


Jalina se releva doucement, étourdie par tout ce qu’elle venait d’apprendre et tout ce que ça pouvait impliquer dans le combat à venir… Elle caressa doucement les écailler azur de son ami Hra’bo et partis rejoindre ses compagnons.
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Yohko » ven. avr. 04, 2008 6:00 pm

La fureur de Sam semblait l’avoir rendu fou, son sang de démon bouillait dans ses veines et le gonflait littéralement de colère. Le chien infernal et Nenmil se fixaient, chacun guettant les réactions de l’autre.

- Démon ! murmura-t-elle d’un air écœuré.

D’un imperceptible geste de la main, la Dame des Ombres donna le signal à ses archers de tirer. Les cordes bien huilées se tendirent, les projectiles fusèrent…
Sam bondit brusquement en avant en une fulgurante accélération. Les flèches claquèrent pitoyablement sur le sol. Il continua de charger en direction de Nenmil. D’une puissante détente, il lui sauta dessus. Elle se laissa tomber sur le dos, planta ses deux pieds dans l’abdomen du démon et le projeta avec force derrière elle. Les griffes de Sam crissèrent sur le sol, puis il repartit à l’assaut. De nouveau, des flèches sifflèrent dans les airs. De nouveau, le chien les évita, changeant brusquement de direction et ne cessant d’accélérer. Cette fois-ci, il ne chercha pas à bondir, il fonça simplement dans son adversaire. Ce fut au tour de Nenmil de bondir, la tête en bas, en une gracieuse pirouette. Un éclair de métal fusa en direction du cou de Sam.
Il se jeta sur le côté et, au lieu de lui trancher proprement la tête, le coup ne fit que tracer un sillon sanglant sur son épaule. Un liquide noirâtre et épais en suinta. Loin de l’affaiblir, cette blessure sembla attiser sa colère. Il s’arrêta un instant, face à son opposant, ouvrit son énorme gueule comme pour rugir, mais ce fut un flot d’énergie démoniaque qui s’en échappa.
Surprise, Nenmil ne put que plonger sur le côté pour éviter l’attaque. Déjà, le démon était sur elle. Avant qu’elle ne put se relever, il l’écrasa de tout son poids. Bloquant les pattes aux griffes meurtrières des deux bras, la Dame des Ombres ne put éviter les mâchoires de la bête que de justesse.

Ce fut Nylhin qui se ressaisit le premier de sa stupeur :

- Arrêtez ! leur cria-t-il, désespéré.

Les combattants ne lui prêtèrent nulle attention. Nenmil avait réussi à projeter son adversaire au loin de la même façon que la première fois. Ils se regardaient sans bouger, rassemblant leurs forces. Cet assaut serait le dernier.

- Stop.

L’ordre n’avait même pas été crié. Pourtant, cette fois Sam et Nenmil tournèrent la tête vers l’étrange personnage qui venait d’apparaître à quelques pas d’eux. C’était un homme au visage jeune – moins de la trentaine - assez grand. Ses cheveux noirs et raides lui descendaient presque jusqu’aux épaules. Il était vêtu d’un long et épais manteau d’un gris sombre et le pommeau d’une arme dépassait légèrement de son dos. Son expression était amicale, un léger sourire flottait sur ses lèvres et ses doux yeux gris étaient chaleureux.
Il regarda le cadavre de Mike puis déclara :

- Je n’aurai pas dû m’éloigner.

Puis il ajouta à la cantonade :

- Bien le bonjour, je suis Saïko, Tourmenteur.

Alors que les Marmottons se demandaient pourquoi ils avaient l’étrange impression de déjà connaître cet individu, Nenmil s'était crispée avant de demander :

- L’heure est donc si grave ?

- Allons, ne jouez pas la comédie avec moi, Nenmil. Il y a déjà longtemps que vous soupçonniez ma présence. Je dois d’ailleurs dire que vous me surprenez. Ce seul soupçon vous à permis de me cacher vos plans envers Mike. Vous avez même perçu mon éloignement tout-à-l’heure. Mais vous n’auriez pas dû le tuer.

- Je n'ai pas de compte à vous rendre. rétorqua-t-elle calmement. J'avais mes raisons d'agir ainsi.

- Comme vous voudrez. Mais je persiste à croire que c'était une erreur. Il avait son destin à accomplir lui aussi, vous savez ?

- Peut-être... Elle changea de sujet. Je suppose qu'on vous envoie pour nous aider ?

- En effet. En particulier pour la bataille qui opposera l'Armée des Trois Mille aux sombres légions de Gorgorbé.

Nylhin, qui visiblement n'en pouvais plus, intervint :

- Attendez ! D’où sortez-vous ? Qui êtes-vous ?

- Moi ? Mais j’étais avec vous depuis le début ! Depuis votre rencontre à la Taverne de la Marmotte qui Tousse. Une taverne bien intéressante, d’ailleurs, ajouta-t-il avec un sourire. J’ai bien cru qu’elle n’allait pas me laisser entrer.

- Mais… Pourquoi personne ne se souvient vous avoir vu ?

- Ah ! Euh…

Saïko leur expliqua brièvement les particularités de sa fonction.

- ...Et de cette manière, vous ne me portiez pas plus d’intérêt qu’à un meuble. conclua-t-il.

- Mais pourquoi ? Et pourquoi vous dévoiler ainsi maintenant ? Et quel est votre but, ici ? demanda Lucy.

- L’heure n’est plus aux dissensions. Si je n’était pas intervenu, ces jeunes gens auraient demandé réparation pour vos actes, Nenmil. Et d'autres membres de ces "Marmottons" auraient pu devenir alors "gênant" pour vous. Or, il vaut mieux que nous restions unis pour la suite. Et si je me suis caché à vos yeux, c’était avant tout pour que ces deux gigantesques puissances maléfiques que sont nos ennemis n’aient pas conscience de ma présence. Je peux aisément cacher mon existence à leurs yeux – à leurs pensées devrais-je dire. Mais pas vous tous. Maintenant… peu importe. Quant à mon rôle… Je vous l'ai déjà dit, je ne suis là que pour vous aider.

Nenmil semblait tendue, ses poings se serraient et se desserraient spasmodiquement.
Saïko haussa un sourcil interrogateur dans sa direction. Le visage de la Dame des Ombres se crispa encore plus. On pouvait presque y lire de la peur.

- Mais voyons, Nenmil ! s’exclama le Tourmenteur au bout de quelques instant, comme s'il répondait à quelque parole de la femme. Ce n’est pas vous que je suis venu tourmenter. Même après ce que vous avez commis...

Instantanément, Nenmil se détendit.

- ...De toutes façons, il nous faut continuer, ensemble. Ce point-ci est capital.

Sam, qui n’avait pas bougé pendant cet échange, se dirigea vers le cadavre de Myke, le saisit dans sa gueule puis, d’un bond, disparu dans l’aube naissante. Un observateur attentif aurait pu apercevoir le goberin s'agripper de toutes ses forces aux quelques poils parsemant l'une des pattes arrières du chien.
Dernière édition par Yohko le mar. avr. 29, 2008 2:06 pm, édité 1 fois.
"We are the Dark Knights for justice. Because as children we were nursed on the milk of justice, and as we grew up we acquired a taste for justice. Now as we get older we once again desire the taste of justice... but we cannot find the milk! So we go to Starbucks! And we get a coffee! But it's not the same thing! IT SUCKS! WHY DID I ORDER THIS!? IT'S TERRIBLE! And now you all understand what our mission is. And. What. We. Must. Do."
— Lelouch/One, Code MENT
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Querdal » sam. avr. 19, 2008 2:54 pm

Le Prince Eric
(Tome 1 : Le dragon infernal (titre attribué ultérieurement))
Image

http://bl-deadmen.blogspot.com/2008/02/chilerk-is-alive.html



Tome 2 : Un nouveau départ (participatif)

Le duché de Richeval était une vaste contrée dans l'Ouest du royaume de France, un bel endroit où les bonnes gens du pays se plaisaient à venir passer quelques jours pour profiter du climat et de l'hospitalité des habitants. La vie y était simple et heureuse, on ne manquait de rien et nul ne se plaignait. Surtout pas du maître des lieux, Hugues II de Richeval, qui était — à écouter les gens causer — le meilleur duc qui puisse être. Hugues II aimait son peuple et le lui faisait bien savoir : il organisait des soupes populaires, des bourses aux vêtements, ainsi que des fêtes où nobles et gueux étaient conviés. Il se rendait toutes les semaines à l'église, vraisemblablement moins pas dévotion que pour rencontrer ses administrés après l'office, et s'enquérir de leurs doléances. Vraiment, oui, Hugues II de Richeval était un bon duc.
Il avait su prouver sa grande valeur et celle de sa famille quelques années plus tôt, lors des inquiétants troubles politiques qui ébranlèrent le pays. Le roi Francis XII était mort subitement d'un mal inconnu, ce qui avait mis le royaume dans un grand embarras : qui pouvait prendre sa succession ? Francis, le prince héritier, était encore trop jeune pour reprendre les rênes du pays. Mais la reine veuve, Gladys la Francisque, usait de toute son influence politique pour empêcher que son fils ne perde son droit au trône. Il fallait donc que quelqu'un porte la couronne le temps que le petit Francis n'atteigne la majorité de quinze ans, soit cinq ans. Mais comment être sûr que le roi intérimaire ne s'accrocherait pas à sa couronne et refuse de la rendre ?
On se tourna alors vers Hugues II, cousin du roi, connu pour sa grande loyauté et son inflexible sens de la justice. Et effectivement, Hugues II compta parmi les meilleurs rois de l'Histoire du pays, et sut remettre sans regrets son spectre à Francis XIII lors de son sacrement.
S'il y a bien un élément marquant qu'on aura retenu du règne de Hugues II en tant que roi, c'est probablement le passage du fameux dragon dans le pays, que le fils de Hugues, Eric, mit en échec au cours d'un combat épique et titanesque qu'on raconte aujourd'hui encore aux enfants avant qu'ils ne s'endorment¹. Cet événement fit la renommée d'Eric comme un guerrier valeureux, et lui octroya le respect de tous les jeunes gens du royaume. Mieux, il fut érigé en idole de toute une génération. Il n'était pas rare que la foule se jette sur lui pour le toucher, l'embrasser ou lui demander conseil quand il mettait un pied dehors.
Dix ans avaient passé. Le règne intérimaire de Hugues II était terminé depuis bien longtemps, lui et sa famille étaient revenus à Richeval et y coulaient des jours heureux. Bien qu'Eric n'eut plus titre de Prince, son entourage avait gardé pour habitude de l'appeler le Prince Eric, et chacun disait que cela était bien. La gouvernance sans faille de Hugues et le fait d'armes d'Eric octroyait à la famille le respect et l'estime de toutes les maisons nobles du pays, et même de l'étranger. Tout était pour le mieux jusqu'à ce jour de printemps. Un beau jour, vraiment. Dans les vergers les arbres étaient en fleurs, la faune et la flore se réveillaient dans la forêt, l'air embaumait les senteurs délicieuses de la nature en éveil. Le soleil était haut, l'herbe était verte, le sourire était sur toutes les lèvres.
_____________________
¹ Cf. Tome 1 : Le dragon infernal

Ce jour-là la mère d'Eric, Sylvenne, mourut. Quelques mois plus tard, Hugues II se remaria avec une lointaine cousine venue du Sud, Ellaine de Lusignac. Eric pleura beaucoup à l'enterrement comme au mariage.
Trois années s'y ajoutant, un jour de printemps derechef, la nature se réveillait dans la forêt, le soleil, l'herbe, les sourires, tout était plus ou moins pareil.
La duchesse Ellaine parut dans le verger dans un grand état d'affolement, criant le nom d'Eric. Les ouvriers demandèrent ce qui se passait, elle ne voulut rien dire. Nul ne savait où était passé le prince héritier. Ah si, en fait un enfant l'avait vu partir à la chasse avec son cheval, Ardent.
« A la chasse ? songea tout haut Ellaine. Quelle aubaine. Cela nous éviterait bien des tracas. Eh bien ! Je le vais quérir main tenante. »
Elle rentra au château, trouva Iago, l'écuyer d'Eric, et ils partirent ensemble à la recherche de son maître : elle à cheval et lui à pied. Ils se dirigèrent vers les bois où le prince avait l'habitude de chasser, et s'enfoncèrent dans l'obscurité tamisée par la cime des arbres tout en discutant à voix basse.
« Prends garde, Iago. Dès que tu le verras, il te faudra agir vite. Prends ton bâton et... »
Parvenus à un carrefour des sentiers, Ellaine et Iago virent une petite clairière au milieu de laquelle une petite cascade déversait son eau pure dans une petite mare. Au bord de cette mare, une jeune femme d'une grande beauté était assise dans l'un des plus simples appareils et contemplait la surface des flots qui se ridait d'une onde fine aux abords de la cascade. A ses côtés, un jeune homme en habits de chasseur se tenait à côté de son cheval blanc, chapeau à la main, et faisait la cour à cette fleur de seize ou dix-sept printemps.
Lui aussi était très beau. Ses longs cheveux blonds comme les blés, et soyeux comme, euh disons comme de la soie, encadraient son visage aux traits fins et harmonieux. Son grand sourire étincelant semblait capter toute la lumière qui tombait dans cette clairière aux mille charmes ; ses yeux d'un bleu profond et envoûtant restaient fixés sur le corps de la jeune femme assise près de l'eau tandis qu'il tentait de deviner à quelle maison elle appartenait.
« Dame, êtes-vous une Richeval ? C'est idiot, comment aurais-je pu ne jamais remarquer un visage à la beauté si cristalline dans ma propre famille, aussi vaste soit-elle ! Vous descendez peut-être de la comtesse de Sougère. Je ne puis croire qu'une beauté telle que la vôtre ne soit issue d'une famille au moins aussi respectable que les Maufoin ; au moins êtes-vous comtesse ou baronne. Que dis-je ! Baronne ! Ma maladresse me perdra, je vous ai insultée sans doute ? »
« C'est râpé pour cette fois, glissa Ellaine à Iago. Mais il ne nous a pas encore vus, restons coi et voyons comment il se démène avec la donzelle. »
La jeune femme tourna la tête vers Eric avec une grâce extrême, et lui fit une réponse à laquelle le prince ne comprit pas un mot. Bien qu'il essaya de se convaincre que c'était là une riche princesse d'un lointain pays en visite sur les terres de son père, la rudesse de son verbe et la franchise de son ton lui firent comprendre qu'il avait affaire à une simple gueuse du village voisin. Eric conçut une grande honte de sa méprise, mais essaya de garder la face. Il bredouilla une excuse insignifiante, de toutes façons convaincu que la paysanne ne comprendrait rien à son parler policé, et se retourna pour mettre le pied à l'étrier. Ce faisant, il aperçut belle-mère et écuyer au bout du chemin qui menait à la clairière. Surpris, il se tourna vers eux pour leur dire un mot mais son pied était déjà pris dans l'étrier. Il tomba à la renverse, et la secousse sur la selle fit se cambrer Ardent (tout occupé à brouter l'herbe au pied d'un arbre), ce qui tira violemment sa jambe vers le haut. Eric poussa un cri de douleur, et Iago accourut près de son maître.

***

Environ une heure plus tard, Ellaine, Eric et Iago revinrent au château en une curieuse posture : Ellaine à cheval menait Ardent par la longe, et Iago aidait son maître à marcher, car il boitait et ne pouvait plus chevaucher. Ils passèrent la porte de l'enceinte fortifiée sous le regard intrigué des gardiens du pont-levis, et Eric rougissait abondamment. Il avait honte de sa position, et honte d'avoir honte devant les ouvriers du château. Après avoir parcouru une centaine de mètres dans la cour intérieure, sa patience fut excédée et il cria aux ouvriers de se remettre au travail sans plus attendre. Tout le monde s'exécuta, mais on continuait de le scruter du coin de l'oeil avec plus d'étonnement encore.
C'est dans un état d'énervement extrême qu'il pénétra dans le château en lui-même. Dans le corridor, il vit une bonne qui lavait le sol.
« Où est mon père ? demanda-t-il d'un ton acerbe.
‒ Dans sa chambre, Monsieur. Il se repose.
‒ Évidemment qu'il est dans sa chambre ! Retournez au travail ! »
Eric peina à monter les escaliers avec l'aide de Iago. Parvenu devant la porte de la chambre de son père, il reprit son souffle, demanda à Iago de ne plus le soutenir et s'efforça de reprendre la mine bienveillante et amicale qui seyait si bien à son doux visage. Il allait pousser la porte quand il réalisa que cette expression ne correspondait guère à la situation. Il opta donc pour des traits nerveux et angoissés, et entra.
« Père ! On m'a appris que votre état s'était aggravé ! Comment vous sentez-vous ? »
Le vieux Hugues II de Richeval, le puissant souverain, le réputé bon et loyal ex-régent du Royaume de France était couché dans son lit, trois oreillers derrière la tête, deux édredons sur lui, et une vieille femme à ses côtés, les mains jointes et la tête baissée. Le visage du duc, et sa main qui dépassait des draps étaient couverts de curieuses taches noires en creux. Ses yeux étaient fermés au moment où Eric était entré dans la pièce, mais il les avait alors ouverts, révélant des pupilles ternes et un regard extrêmement las. Toutefois, il semblait heureux de voir son fils.
« Oh... Eric. Te voilà. Vois-tu, après le repas de midi je n'étais pas au mieux de ma forme, mais maintenant je me sens un peu plus fort. Pour un peu, je me lèverais pour t'accompagner à la chasse... Ellaine, pourquoi l'as-tu dérangé pour si peu ? Je vais bien, te dis-je.
‒ Oh mon ami, dit Ellaine d'un ton grave, en entrant à son tour tandis que Iago demeurait à la porte ; j'étais tellement inquiète tout à l'heure... J'ai craint que votre fils ne soit absent si venait votre dernière... »
Ses mots se perdirent dans les larmes, tandis qu'elle baissait la tête.
« Voyons, voyons Ellaine, fit Hugues II en essayant de rire, vous êtes de nature trop inquiète, nous le savons bien. Je vous le dis, je me sens plus fort que tout à l'heure, et sans doute demain je serai debout. Allons, ne vous tracassez plus pour moi et retournez profiter de ce si beau jour. »
A ce moment, entrèrent en même temps dans la pièce deux hommes en grande discussion, au bord de la dispute. L'un était en habit de druide, l'autre de sorcier.
« Voyons, Ars, vous n'y pensez pas ! s'émotionnait le sorcier. Vous me dites que c'est une infection du sang, mais le sang n'a rien à voir là-dedans ! Le sang est rouge, et sa couleur mystique est le bleu ! Comment pourrait-ce faire des taches noires sur la peau de notre seigneur ?
‒ Monsieur, je connais cette infection, je l'ai vue plusieurs fois à Eilogiar, et je n'ai aucun doute à ce propos ! Les symptômes étaient rigoureusement identiques.
‒ Et les avez-vous soignés, ces pauvres malades ?
‒ Malheureusement non.
‒ A la bonne heure !
‒ Mais je ne suis pas resté assez longtemps pour... !
‒ J'entends de votre propre bouche, pauvre charlatan, que vos druideries n'ont rien pu faire contre ces taches noires, cela me suffit !
‒ Que dites-vous ? Moi, un charlatan ! Ah, ça !
‒ Eh bien, quoi ? Avez-vous jamais soigné un malade du plus petit rhume qui fut ?
‒ J'ai prononcé les sacrements sacrés qui ont réuni Eilogiar à Luin Tallath après la destruction de cette dernière ! Croyez-vous que ce lien forgé par moi soit aujourd'hui déficient de quelque manière ?
‒ Mais je...
‒ Nenni ! Les deux villes travaillent désormais de concert à la reconstruction de la première, et cela va bon train grâce à un lien magique suffisamment solide, suffisamment bien dit ! Voilà tout !
‒ Enfin, Ars, ne prenez pas la mouche, je n'ai pas mis en doute une seconde vos talents de lieur de cités...
‒ Par exemple, j'aime mieux ça.
‒ ...Mais puisque vous y tenez, parlons un peu votre mission en Eilogiar, et de la façon dont votre demande de promotion, après votre retour à Luin Tallath, a été accueillie par le Haut-Conseil Druidique ? N'avez-vous pas été... comment dire ? Viré de l'Ordre ?
‒ Je n'entendrai pas un mot de plus de votre charabia insensé !
‒ C'est cela, n'est-ce pas ? C'est pour cette raison que vous êtes venu jusqu'ici, en France, à Richeval pour pleurer la clémence de notre bon seigneur !
‒ Voulez-vous vous taire !
‒ Druide de pacotille ! Charlatan !
‒ Maudit sorcier, bouche de l'Enfer ! s'égosilla Ar Syradin en trépignant ; son visage ridé rougissait sous l'irritation, tandis que son expression demeurait figée comme à son habitude, ce qui donnait un curieux effet. Sa toge-jupette découvrant ses bras et ses jambes blancs, serrée à la taille par une simple cordelette, parachevait le tableau. Insulte un druide, poursuivit-il du même ton, et Dagda te le fera regretter par-delà ta mort !
‒ Ah ! Dagda, c'est encore un défenseur de la théorie de l'infection du sang ?
‒ Cela suffit. »
La dispute cessa à la seconde où Eric prononça ces mots, cependant que le vieux druide fulminait et ouvrait des yeux grands comme des soucoupes devant l'affront. Les deux hommes prirent une attitude coupable, et firent profil bas.
« Ar Syradin, Ceolemón, qu'avez-vous à dire ? Pourquoi êtes-vous venus déranger le repos de mon père ?
‒ Eh bien, commença le dénommé Ar Syradin, bien que moi et Ceolemón ayons quelque difficulté à identifier précisément l'inf... (il glissa un regard à Ceolemón, qui fronçait les sourcils) la maladie dont souffre notre seigneur, votre père, nous nous accordons sur le remède qui saurait le guérir.
‒ Plus ou moins.
‒ Oui, nous nous accordons plus ou moins...
‒ Comment pouvez-vous connaître le remède sans savoir quel est le mal ?
‒ Eh bien...
‒ Si vous le voulez bien, nous passerons sur les détails techniques qui vous ennuieraient, coupa Ceolemón. L'important est que nous avons dressé une liste d'ingrédients pour ce remède.
‒ Plus ou moins communément.
‒ Oui, plus ou moins.
‒ Vous êtes certains que ça sera efficace ?
‒ Plus ou moins certains, oui.
‒ Et que ça ne le mettra pas plus mal qu'il n'est déjà ?
‒ Oh, ce serait la plus improbable des réactions.
‒ Soit, puisque c'est le seul espoir que nous avons... Quels sont ces ingrédients ?
‒ Il nous faudra donc de l'eau...
‒ Oui, de l'eau, nous sommes tout à fait d'accord là-dessus.
‒ De l'écorce de bouleau...
‒ Des œufs d'araignée...
‒ Une racine de nénuphar...
‒ Une arrête de saumon carbonisée...
‒ Au moins huit tiges de jonquilles...
‒ De la bile et des oreilles de chaton (noir de préférence)...
‒ Environ vingt grammes de pétales d'orchidées...
‒ Des cartilages de pied humain...
‒ Des copeaux de chocolat pour le goût.
‒ De la levure de bière pour la consistance.
‒ Bon, conclut Ar Syradin, c'est encore un peu brouillon, mais on est d'accord sur une chose :
‒ L'eau.
‒ Oui, enfin nous sommes d'accord sur l'eau et autre chose également...
Ar Syradin lança à Ceolemón un regard lourd de sous-entendu, à quoi le sorcier répondit par un regard vide.
‒ Quelque chose que ne saurions trouver nous-mêmes, au contraire des autres ingrédients...
‒ Ah ! Oui, c'est vrai ! Il y a aussi...
‒ Un morceau d'Ambre Rouge de Feu et de Sang.
‒ Voilà, c'est ça.
‒ Une pierre magique très puissante, mais très rare. Elle était utilisée dans l'ancien temps par les plus grands des druides...
‒ A dire vrai, les sorciers l'utilisaient bien avant les druides.
‒ Mais elle a disparu de notre monde depuis des siècles.
‒ Cependant, une rapide recherche par cristal tzigane (tous deux se firent très discrets quant à leur utilisation d'une magie autre que celle d'un druide ou d'un sorcier) nous apprit qu'il en subsiste un morceau, un seul, en Veneha.
‒ Le plus étrange est qu'il semble être apparu depuis peu de temps.
‒ Un an, deux tout au plus.
‒ Un druide d'un autre monde lui aurait-il fait franchir la porte qui sépare nos réalités ?
‒ Nous ne saurions le dire, cependant...
‒ Nous savons où elle est. »
Ceolemón déroula une carte de Veneha et la plaqua contre le mur. Ar Syradin pointa un endroit sur la carte avec son bâton.
« Plus ou moins par ici.
‒ Nous sommes tout à fait d'accord là-dessus. »
Eric s'approcha de la carte : le bâton du druide désignait la côte d'un continent nommé Luminarë, situé très loin au Sud, piégé dans les glaces. En fait il n'y avait même pas de terre à cet endroit, seulement une épaisse couche de glace qui faisait figure de sol.
« Mais vous n'avez pas plus précis ?
‒ Malheureusement non, à cette distance. Mais nous pouvons confier à qui se rendra là-bas une carte de plus petite échelle de cette région, ainsi qu'un cristal tzigane et les instructions pour s'en servir.
‒ Tu parles ! grommela Eric. C'est cousu de fil blanc : c'est moi, quoi !
‒ Euh ? Prince ?
‒ Excusez-moi, j'ai des remontées acides du repas de midi.
‒ Notre émissaire devra se rendre sur Luminarë, où l'influence de la pierre se fera évidente sous ses yeux. En effet, l'Ambre Rouge de Feu et de Sang dégage un pouvoir sombre d'une telle puissance qu'il permet à son possesseur de déformer la réalité à sa guise. Il peut également entrer en communication avec l'inframonde et invoquer des démons qui lui obéiront au doigt et à l'œil.
‒ D'ailleurs, il est probable que la pierre soit à l'origine des... »
Ar Syradin donna un discret coup de coude à Ceolemón pour lui signifier de se taire ; il ne fut cependant pas suffisamment discret, car tout le monde dans la pièce remarqua son geste. Embarrassé, le druide dut s'expliquer :
« Eh bien... C'est une hypothèse, n'est-ce pas, rien n'est certain ! Mais il est possible que... ce morceau d'Ambre Rouge soit à l'origine des... troubles, qui surviennent actuellement en Veneha.
‒ Vous voulez parler de ces guerres, de ces massacres et de ces destructions insensés ? Ne sont-ce pas des démons qui les commettent ?
‒ Justement, expliqua Ceolemón : nous pensons que le fou qui commande ces démons tire son pouvoir de la pierre. Il aurait bâti sa forteresse sur les berges de Luminarë, et de là enverrait ses légions infernales sur le monde civilisé pour tout détruire. Cet homme, ou quoi qu'il fut, doit avoir une haine immense de la vie pour nourrir pareil dessein.
‒ Et c'est à ce monstre sanguinaire que je vais devoir arracher l'Ambre Rouge... ? Seul ? »
Iago fit un geste presque imperceptible
« Certes, mon cher Iago, je t'aurai toi... Mais... C'est tout ? Je veux dire, un chevalier et son écuyer, c'est peu contre un seigneur du Mal dans sa forteresse, entouré de son armée démoniaque, non ?
‒ N'avez-vous pas accompli plus vaste exploit par le passé ? »
Lourd silence dans la pièce. Tous les regards sur lui, Eric bredouilla :
« Oui, enfin c'était il y a longtemps, et...
‒ Mais justement ! rit Ar Syradin. Il s'approcha d'Eric et tapota son épaule en un geste très familier. Un chevalier de votre trempe, si jeune promu au temple des héros d'une nation, ne perd pas la main en un siècle ! Votre épée n'est que part de votre bras, votre esprit n'est que bataille, votre sang bout de faire couler celui de votre ennemi ! Vous êtes un héros, vous êtes une légende ! Qui en ce pays peut prétendre de ne pas admirer le magnifique, l'immense prince Eric ? »
Le druide finit son éloge dans un grand éclat de rire qui résonna de façon sinistre dans la chambre.
Le « héros » gardait son regard fixé sur la main que le druide avait laissée sur son épaule. Confus, Ar Syradin la retira soudainement. Eric lui adressa un sourire très composé.
« Enfin, proposa Ellaine pour remplir l'espace sonore, on peut imaginer que vous trouverez sur votre route des compagnons qui voudront bien se joindre à votre quête... Mais surtout, ne leur parlez pas de votre véritable but : dans leur haine de cet affreux personnage, ils pourraient croire que vous souhaitez récupérer la pierre pour en utiliser le pouvoir, pour vous-même ou votre père, ce qui n'est bien sûr pas le cas... Et ils pourraient alors tenter de vous contrer, ce qui serait regrettable.
‒ Très bien, je partirai le plus tôt possible, demain sans doute... (la fin de sa phrase fut abrégée par un cri de souffrance qu'Eric étouffa, dû à sa jambe souffrante qui se rappela à son bon souvenir)
‒ Non ! »
Tous les regards se tournèrent vers Hugues II, qui avait fait un effort terrible pour suivre toute la conversation, et s'était assis dans son lit pour parler et se faire entendre.
« Père ! Voulez-vous vous recoucher ? Je vais risquer ma vie pour sauver la vôtre, je vous saurai gré de ne pas la perdre avant mon retour en faisant des folies de jeune cabri ! »
Le vieux Hugues parti d'un rire qui se finit en quinte de toux.
« Je ne veux pas que tu risques ta vie, Eric mon petit... Je suis vieux, tu es jeune, je vais mourir et tu es en âge de régner. Ne vas pas risquer ta vie contre un terrible adversaire dont la défaite serait inutile. Ce serait une sottise que de risquer la vie de mon seul héritier. Tu as vaincu un dragon voilà treize ans, mais ta chance ne vaudra peut-être pas deux fois. C'est là la juste loi de la vie : je dois m'en aller et te laisser le soin de protéger les intérêts de notre famille, la dignité de notre nom, l'intégrité de notre duché, le bien-être de notre peuple... Sois un bon duc, et depuis les cieux je serai fier de toi. Je sais que tu en es capable, et je sais que tu ne trahiras pas la confiance que j'ai en toi...
‒ Arrêtez-vous là ! s'exclama Ellaine. Hugues mon ami, vous êtes encore dans la force de l'âge, vos forces ne sont qu'endormies par ce mal passager ! Si cette pierre peut vous rendre votre vigueur, il nous reste à nous agenouiller devant la bravoure de votre fils qui une fois de plus reviendra victorieux d'une lutte terrible. Le nom des Richeval en sortira grandi une fois de plus, car non content de vous avoir sorti du tourment, votre fils aura libéré ce monde du fléau que représente le seigneur sombre de Luminarë. Avant la prochaine lune, nous acclamerons Eric aux portes du château, lui qui brandira haut devant nos regards ébahis la fameuse Ambre. Prions seulement pour que votre santé légendaire et les bons soins d'Ar Syradin et Ceolemón vous fasse tenir jusque là... »

***

Le temps que sa jambe soit remise de la chute malencontreuse, Eric ne put partir que trois jours plus tard. Pendant ces trois jours, il apprit à se servir du cristal tzigane et de la carte pour localiser la pierre quand il serait parvenu sur Luminarë. Ceolemón lui rappela encore de ne pas parler de son dessein de récupérer la pierre à quiconque il rencontrerait. Voulant que l'information reste confidentielle, on ne l'avait pas officiellement communiquée à la population. Mais il y avait eu des fuites (on savait lesquels des gardes avaient mouchardé)
C'était un dimanche matin, et le temps était aussi clair que le jour où il avait apprit qu'il devait partir, quoiqu'un peu plus frais. Il avait pour compagnons Ardent, Iago et son cheval Cormenille, et pour bagages son armure, son épée et une bourse pleine. Il avait fière allure au sortir du château, dominant la foule sur son digne destrier à la robe blanche, portant son armure complète, la visière de son casque relevée et son épée brandie vers le ciel. Les badauds rassemblés l'acclamaient, l'applaudissaient, criaient son nom. La rumeur de son départ avait tant couru et déformé l'information originelle que ceux qui l'avaient diffusée au départ se convainquaient à présent qu'Eric partait en croisade contre la terreur des mers du sud et quelques autres bandits de grands chemins, dans le seul but d'assurer la sécurité des habitants de Veneha. On se réjouissait grandement de cette nouvelle, car enfin le célèbre prince partait à la conquête d'une nouvelle gloire, pour ne pas laisser la première seule sur son tableau de chasse, avec le doute horrible qu'elle puisse n'être due qu'à un coup de chance. Déjà on préparait le menu des réjouissances à l'occasion de son retour que la majorité prédisait victorieux avec une certitude bravade.
Après qu'Eric ait traversé trois villages à ce train, devant à chaque pas attendre que les gens s'écartent, enfin la foule se dispersa. Au bord d'un chemin peu fréquenté, sous l'ombre d'un vieux noyer, Eric et Iago mirent pied à terre. L'écuyer s'empressa de retirer sa lourde armure à son maître, qui put enfin respirer.
« Ouf ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour se faire aimer des foules. »
Le parcours des derniers villages avant la limite du duché se fit plus calmement. Quelques personnes reconnurent le chevalier, surtout grâce aux armoiries portées sur ses vêtements, mais la rumeur de son départ n'était pas parvenue jusqu'ici, les paysans croyaient donc qu'il se promenait simplement sur ses terres.
Alors que le jour déclinait, traversant le dernier des derniers villages, Eric vit un attroupement autour du puits, sur la place centrale que traversait la route vers le duché de Sougère. Il s'approcha et demanda ce qui se passait ; on lui expliqua qu'il y avait là une famille d'étrangers, exilée de son pays à cause des ravages perpétrés par les démons, qui avait marché trois semaines sans pratiquement s'arrêter. Harassés, affamés, tenant à peine debout, ils étaient parvenus dans ce petit village et demandaient l'hospitalité, le temps qu'ils trouvent un endroit où construire une maison, s'installer définitivement et refaire leur vie.
Quelle aubaine ! se disait-on : le prince ici présent, représentant l'autorité du duc, saura prendre la meilleure décision. Les paysans s'écartèrent pour permettre à Eric et Iago de voir les demandeurs d'asile. Il y avait là un homme, une femme, deux enfants et un bébé dans un sac que portait la femme sur son dos. Leur peau sombre était plaquée sur leurs os, laissant apparaître très clairement leur squelette. A les voir, on se demandait comment ils pourraient encore faire un pas, et même comment ils pouvaient encore tenir debout. Tassés, courbés, serrant contre eux leurs maigres bagages, ils frissonnaient sous le cagnard insupportable de cette fin d'après-midi. Leur bouche ouverte semblait implorer en silence une gorgée d'eau, une bouchée de pain... Mais ils ne demandaient qu'un coin de sol pour dormir à l'abri des bêtes sauvages.
Eric rit.
« Ce sont... (un nouvel éclat de rire sec comme du bois mort l'arrêta dans sa phrase) Ce sont des NOIRS ! Entendez-vous ? Des noirs ! (il ne riait plus du tout) Êtes-vous donc aveugles ? Ne voyez-vous pas leur peau de charbon ? Est-ce qu'on se moque de moi ? Vous pensiez faire dormir... Laisser cette vermine dormir sur mes terres ? Dans quel pays vit-on, vraiment ! N'avez-vous aucune dignité, aucun respect pour... pour, oh ! Et puis pourquoi discuté-je seulement ? Toi, petit ! fit Eric en pointant avec son épée un jeune freluquet à l'air hagard. Conduis cette famille indigente à la frontière du pays — pas du duché ! Jette les bien hors de France ! — et assure-toi qu'ils ne reviennent pas. Partez maintenant. »
Comme il vit le jeune homme hésiter une seconde, Eric au comble de la colère le tira par le col vers le chemin se dirigeant vers le Nord, tout en chevauchant. Les apatrides, penauds et résignés, rejoignirent leur guide nommé d'office, et tous les six quittèrent le village sans que le jeunot put seulement embrasser sa famille ni prendre quelques affaires.
Il fallut à Eric pour se calmer un bon repas, suivit d'une nuit de sommeil dans une maison qu'il avait réquisitionnée pour lui et Iago. Les habitants de cette maison dormiraient à l'église pour cette nuit-là.
Le lendemain, ils étaient sur la route aux premières lueurs du jour.
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Arkan
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Re: Un nouveau départ

Messagepar Arkan » dim. janv. 04, 2009 5:10 pm

Il était assis en tailleur, dans l’ombre d’un toit environnant. Son corps recouvert d’une cape épaisse était recroquevillé sur lui-même en une masse informe et le peu de lumière qui réussissait à filtrer à travers sa capuche ne révélait qu’un regard dur cerné de bandages au tissu effiloché.
De ses yeux saphir il contemplait la scène.


Il n’avait rien perdu du spectacle. La bataille, la mort de Reik, celle du gobelin, l’attaque du cerbère et l’apparition du tourmenteur ; de tout cela il était resté simple spectateur.

Ce n’était pas son combat, son rôle n’était pas là, au milieu des cadavres sanglants ou aux côtés des valeureux gagnants.

Son rôle était tout autre, et l’heure de sa représentation arrivait…



* * *



Nylhin suivit le cerbère des yeux quelques secondes, puis retourna son regard courroucé vers le tourmenteur, l’analysant de pied en cap.
Il n’aimait pas du tout l’idée d’avoir été espionné depuis le début du voyage, et encore moins les paroles que l’inconnu avaient adressées à la mère des Ombres.

L’elfe noir fit quelques pas en direction de l’impertinent, tandis que la colère au fond de lui s’intensifiait. La rage du combat n’était pas encore retombée, et s’il le fallait, il pouvait encore se battre.

Et la soif se faisait de plus en plus présente, puissante.
Il leva sa lame, une expression de dément sur le visage.
Au loin il cru entendre plusieurs voix s’élever en exclamations brouillées, mais il n’y porta pas attention.
Rien ne comptait plus que l’envie de tuer, la soif de mort, la soif de sang.

D’une impulsion puissante, Nylhin s’élança dans les airs, Hybride étincelant dans sa soif de combat. Un hurlement de rage bestial déchira la scène tandis que le courroux s’abattait sur le tourmenteur.



Tout se figea soudain.



Plus un bruit, plus un mouvement, le veilleur était figé dans son attaque, les spectateurs immobiles, une expression effrayée sur le visage. La reine des Ombres semblait comme coupée dans son élan, la main tendue vers Nylhin et le tourmenteur.

Nylhin porta son attention sur celui qui lui faisait face, et s’étonna de remarquer que de tous, c’était le seul qui gardait une mine sereine, là, à quelques centimètres de sa lame.
L’inconnu esquissa un sourire.
Un voile noir tomba sur la scène.

* * *

Nylhin ouvrit les yeux sur un univers immaculé, infini et impalpable.
Il se leva (si « se lever » avait un quelconque sens ici) et fit un rapide tour d’horizon, horizon qui d’ailleurs manquait à l’appel.

De nouveau, il retrouva la frontière qui séparait l’espace blanc et le territoire ténébreux de son reflet vampirique. Rien n’avait changé depuis son rêve, mis à part les remous qui semblaient parcourir la surface sombre.

Un hurlement rauque retentit soudain, venant des ténèbres au-delà du voile. Nylhin s’approcha doucement, s’attendant à revoir son double dans la surface miroitante.

Mais ce fut le visage souriant du tourmenteur qui répondit à sa mine effarée.
Avant que l’elfe noir n’ait pu dire un mot, l’inconnu le stoppa d’un geste de la main.

« Pas de questions, regarde et tais-toi » ce disant, il pointa du doigt la zone d’où venaient les hurlements. Nylhin, hésitant, y porta son attention.

Son reflet aux yeux flamboyants de haine était attaché par les poignets à des chaînes venant de nul part. Il se débattait avec rage, essayant d’échapper à la morsure du métal chauffé à blanc. Des larmes de feu coulaient sur ses joues creusées tandis qu’un rictus de souffrance marquait ses traits. De l’écume sortait du coin de sa bouche et se répandait sur son corps squelettique recouvert de cicatrices fumantes.

Devant ce spectacle douloureux, un flot de souvenirs de souffrances et de tortures rattrapa Nylhin et des larmes pointèrent au coin de ses yeux.

Le tourmenteur scruta l’elfe noir pendant quelques secondes
« Elle te tient toujours dans ses griffes. Ne l’oublie jamais. »
Nylhin porta sur l’inconnu un regard horrifié.



Il comprit alors.



Ces chaînes ne venaient pas de nulle part ; et elles ne venaient pas d’apparaître. Il avait toujours été prisonnier. Son corps avait beau s’être échappé, une partie de son esprit restait enchaîné.

L’elfe s’affala sur ses genoux, effondré. Il avait le don du vampirisme, et celui-ci était fermement lié à la volonté de celle qui lui avait infligé cette malédiction. Sa geôlière.
Lilith.

Les implications de cette vérité frappèrent Nylhin.

« Je ne suis pas un Ilyen, je ne suis…
-Qu’un hybride, exactement. Un monstre à moitié enchaîné à ta propre folie. A moitié esclave.
-Pourquoi me tourmentes-tu ?

L’inconnu ne répondit pas tout de suite, il toisait Nylhin de son regard neutre. « Je ne te tourmente pas. A dire vrai, c’est lui qui m’a amené ici, dit-il en montrant le vampire enchaîné, et je te transmet ses… « Pensées ».

Un silence pesant tomba, entrecoupé des hurlements du reflet torturé.

Nylhin prit une grande inspiration, et se releva lentement.
Le tourmenteur eu soudain l’air soucieux :

« Que vas-tu faire ? »
« Je ne suis pas un esclave. »

Nylhin parlait posément. Il prit courroux en main pointa sa lame vers la barrière miroitante qui séparait les deux univers, ses yeux exorbités en un regard de dément.
« Je refuse de l’être. Tourmenteur, je te conseille de partir tout de suite, si tu tiens à ton esprit. »
-Non ! Tu ne peux pas… c’est du suicide !
-Je ne vais pas mourir. Vas-t’en.
-Nylhin, accepte ton sort ! La voix de l’inconnu était différente, et dans ses yeux tremblait soudain une lueur que l'elfe sombre connaissait bien, pour l'avoir souvent aperçue à la surface de l'eau.
-Accepte notre sort ! Laisse moi ainsi, ne nous sacrifie pas pour rien !
Le veilleur sourit. « Préfères-tu l’esclavage à la mort ? »
-je… non. Mais il y a sûrement un autre moyen…
-Ne t’en fais pas, vampire, nous ne mourrons pas.
Nylhin reprit un air plus dur et cria « Tourmenteur ! Vas-t’en tout de suite !!! »

L’elfe lâcha un hurlement de rage et s’élança vers la frontière qui scindait son âme en deux.

* * *

D’une impulsion puissante, Nylhin s’élança dans les airs, Hybride étincelant dans sa soif de combat. Un hurlement de rage bestial déchira la scène tandis que le courroux s’abattait sur le tourmenteur.

Mais tandis que le fil sanglant de l'épée allait porter un coup fatal au nouveau venu, un choc invisible frappa Nylhin qui fut projeté en arrière. Celui-ci s'écrasa contre le sol quelques mètres plus loin sous le regard soudain moins assuré du tourmenteur.

Lucy, après quelques secondes d'hébètement suite à ce nouvel événement, se précipita aux côtés de l'elfe inanimé.

« Nyl ! Nyl ! Bon sang arrête de tomber constamment dans les vapes ! »

La pyromancienne secouait l'elfe violemment en le tenant fermement par les épaules, et sous ces remous répétés celui-ci commença à s'éveiller.
Reprenant soudainement conscience après quelques secondes de flottement, Nylhin se leva, titubant, sans entendre les protestations de Lucy.

Frénétiquement, il jeta son regard sur toute la scène. Ses compagnons, le corps de Reik affalé sur le sol de bois, ainsi que ceux de la multitude de combattants morts ce soir là.
Comme si la panique s'emparait de son corps tout entier, il commença à trembler et haleter.

« OU ES-TU DEMONE ?! VIENT TE BATTRE !!! JE JURE SUR CIBYLH QUE JE T'ARRACHERAI LA TÊTE DE MES PROPRES MAINS !!! »

Cet hurlement de haine se propagea dans la forêt en un écho lugubre, faisant frémir de révulsion les feuilles de Millénaire.

Et alors que les bruits de la forêt reprenaient leurs droits, un rire léger perça au travers des feuillages.

Nylhin tourna violemment son regard vers la source de ce qui semblait être une réponse, et s'élança vers les appartements du défunt Reik en lançant un sifflement aigu.
Arrivé au bord de la plateforme, l'hybride sauta dans le vide sous le regard affolé de Lucy.

Tandis que les compagnons s'avançaient précipitamment vers le précipice, ils entendirent derrière eux un frottement d'ailes caractéristique suivi d'un bruit de course sourd et puissant. D'un bond, Ozzy sauta à la suite de son maître tout en frôlant les marmottons qui eurent à peine le temps de s'écarter.
Quelques secondes plus tard, Ozzy et Nylhin fendaient les airs vers les appartements de Reik en un vol vif.

* * *

Rien n'est plus légendaire dans la mythologie veilleuse que le calme froid caractérisant la dame des ombres.
En effet, une main suffit pour énumérer le nombre de fois où son flegme incroyable fut ponctué d'écarts de langage.

Cette nuit-ci fut donc une de ces exceptions, celle de l'annulaire pour être précis.

Après avoir ainsi lâché un juron comme seuls les plus gras des marins que l'on trouve dans les plus délabrés des bars devraient pouvoir imaginer, Nenmil se jeta à la poursuite de Nylhin et Ozzy.

Malgré son âge et son apparente vieillesse, l'ancêtre se déplaçait avec souplesse et agilité. Mais elle n'avait pas les ailes d'un ilyen, si bien qu'elle perdit rapidement l'elfe sombre de vue.

Par Millénaire, pourvu que j'arrive à temps !

La chambre de Reik se situait à quelques vingtaines de mètres au-dessus du champ de bataille, si bien que la dame des ombres devait parcourir de nombreux passages plus acrobatiques les uns des autres pour y accéder.

Nenmil ne se faisait cependant pas d'illusions, Nylhin arrivera avant elle. Tout ce que l'ancêtre espérait, c'était d'arriver à temps pour empêcher cet imbécile de commettre la même erreur une seconde fois.

* * *

Haine. Rage. Rien n'existe d'autre. Rien d'autre ne fait battre mon cœur.

C'était ce qu'il pensait. Chaque battement d'aile de l'ilyen rapprochait Nylhin de la délivrance. Son cœur battait à tout rompre, son sang coulait dans ses veines avec la furie d'un torrent en crue.
Trois, deux, un... L'elfe bondit du dos d'Ozzy vers la fenêtre de la chambre de Reik, celle-là même qui avait vu passer le corps de ce dernier, peu de temps auparavant.

Nylhin atterrit violemment sur le parquet ciré, et se remit directement sur ses pieds, dégainant sa lame d'un geste rageur.
Mais le rictus haineux qui déformait son visage fit soudain place à un air hébété.

Le soleil d'automne éclairait la pièce, l'ombre des feuilles qui tombaient dans la cour animait les murs où s'étendaient de riches broderies parées d'un sceau argenté. Une femme à la peau du bleu sombre de l'océan, ses longs cheveux bruns noués derrière la nuque, préparait avec attention un met dont le doux arôme embaumait la cuisine.

Nylhin reconnaissait ce parfum, il connaissait cette femme, il connaissait cet endroit. Tout comme il se rappelait de cette petite fille qui, en face de lui, le regardait avec des yeux emplis de joie.
« Maman regarde ! Nylhin est revenu ! » S'écria Sunaé en se jetant dans les bras de son frère.

* * *

Lilith, nonchalamment installée dans un fauteuil confortable, contemplait d'un regard amusé l'elfe noir effondré sur le sol quand Nenmil entra dans la pièce sombre.

« Enfin ! Je commençais presque à m'impatienter. »

La dame des ombres jeta un regard rapide à Nylhin, puis scruta la pièce avant de revenir à Lilith.
« Tu n'es pas très polie Nenmil, après toutes ces longues années, tu pourrais au moins me saluer proprement.

- Dans quel cauchemar l'as-tu encore entraîné démone ? »

Un sourire malicieux passa sur les lèvres de la reine des vampires :
« Aucun, en réalité. Pour la première fois depuis une dizaine d'années, Notre petit animal préféré est en train de faire un rêve doux comme la soie.

-Tu mens.

-Enfin, ma chère, regarde-le, durant cette dizaine d'années à ses côtés, je ne l'ai jamais vu aussi détendu. Même ce sourire idiot m'est inconnu.

Nenmil jeta un regard à l'elfe étendu, et resta dubitative à la vue dudit sourire.

Un froissement léger de l'air l'alerta à temps pour ne pas se faire éventrer par le cimeterre de Lilith, et l'Ancêtre n'eut pas le temps de se sermonner de sa crédulité qu'elle esquivait déjà une série d'attaques plus mortelles les unes des autres.

Profitant d'un angle mort créé par une esquive rapide, Nenmil asséna un coup violent à son ennemie de sa longue canne. Le souffle coupé, Lilith s'écarta d'elle d'un bond, et les deux adversaires restèrent ainsi à quelques mètres de distance.

« J'aurais dû me rappeler de ta vilénie, Lilith.
- Et moi de ta fâcheuse tendance à fuir le combat.
Nenmil ôta la longue cape qui entravait ses mouvements et se mit en garde, sa canne de combat pointée vers le bas et fermement empoignée:
« Je suis désolée, Lilith, mais si tu ne renonce pas à tes plans, je vais devoir te tuer pour de bon. »

La reine des vampires esquissa un sourire sardonique, et se mit à son tour en garde :
« Je n'en attendais pas moins de ta part, Sœurette. » Lança t’elle avant de repartir à l'attaque.

* * *

Juste quelques instants, se perdre dans l'illusion, juste quelques moments, ne plus faire attention. Croire que tout est vrai, qu'il n'est rien arrivé...


« Maman, où est passé Papa ?

Nylhin était assis dans l'herbe de la terrasse du manoir Lotha Leys, contemplant la forêt parée des couleurs de l'automne. Sa mère, assise à une table, reprisait une jupe que Sunaé avait légèrement déchirée en jouant dehors.

-Il est parti en Eilogiar quelques temps, pour affaires.
-J'espère qu'il reviendra bientôt...

Il se faisait tard, et le soleil commençait à se coucher au loin, ses derniers rayons réchauffant le visage du jeune Veilleur. Nylhin se coucha dans l'herbe fraîche et regarda les nuages défiler, tandis que l'aurore les parait d'une chaude lumière orangée.

Cela faisait quelques jours déjà que Nylhin était revenu, et il avait vite repris le cours habituel de sa vie. Il passait ses journées à jouer avec Sunaé, s'entraîner avec le maître d'armes de la maison, à lire de longs récits sur les ancêtres de sa lignée. Quoi qu'ait pu être la raison de son départ du manoir, elle n'avait plus d'importance aujourd'hui. Il était de retour, tout était redevenu normal.

Alors pourquoi n'était-il pas heureux ? Pourquoi ressentait-il un tel manque ? Comme si quelque chose de crucial lui avait été enlevé, quelque chose que sa mémoire avait oublié, mais que son cœur réclamait.

Tandis qu'il se perdait dans ces pensées soucieuses, le visage de sa petite sœur se détacha sur le ciel orangé. Sunaé affichait un air faussement fâché :

« Pourquoi tu fronce des sourcils grand frère ? »
Nylhin sourit et se rassit « Pour rien petite sœur, rien du tout.
-Dis Nylhin, tu veux bien venir jouer avec moi ? Je vais voir grand-père pour lui raconter que j'ai déchiré ma robe.

Le frère se mit à rire devant la moue boudeuse de Sunaé, et après avoir demandé la permission à leur mère, Nylhin et sa sœur partirent se promener dans le cimetière familial.

Alors que Sunaé flânait entre les statues et monuments à la recherche de la sépulture du défunt mari de Lonn Lotha Leys, Nylhin parcourait du regard les inscriptions funéraires. La lumière du soleil avait déjà laissé place à celle de la lune et le cimetière baignait dans ses rayons bleutés et apaisants.

S'inquiétant du soudain silence environnant, Le jeune veilleur rechercha sa sœur des yeux. Son regard s'arrêta soudain quand il vit une silhouette sombre bouger au loin, devant ce qui semblait être un caveau.
Intrigué et quelque peu inquiet pour Sunaé, Nylhin se dirigea vers cette personne en s'enquérant de son identité. Au son de sa voix, la silhouette entra dans le caveau. L'elfe accéléra son pas et l'y suivi, bien décidé à connaître la raison de sa présence en ces lieux sacrés.

L'intérieur du monument était baigné dans des ténèbres étouffants, et l'elfe dû allumer une torche éteinte accrochée au mur pour faire face à l'obscurité. Après avoir descendu quelques marches, il arriva dans une salle circulaire. Devant chaque parcelle de mur reposait une statue, et Nylhin en compta cinq disposées à intervalles réguliers autour de lui. Il s'approcha d'une d'entre elles et, sans la détailler, lu l'épitaphe à son pied.

D'un regard soucieux, Nylhin passa à un accablement effrayé vers la fin de sa lecture. Il releva lentement les yeux et croisa ceux, figés, de son père gravé dans la pierre.

L'elfe s'écarta vivement de la statue, en un cri d'épouvante. Trébuchant dans sa précipitation, il se cogna contre un autre monument, plus petit... Nylhin hurla en reconnaissant le visage sans vie de Sunaé qui le fixait de ses yeux de marbre.

Frénétiquement, Nylhin éclaira chaque statue de sa torche, découvrant dans une horreur absolue les tombes de sa mère, sa grand mère...

Et la sienne.

Devant cette dernière, ses jambes se dérobèrent et Nylhin tomba sur le sol en pierre froid, paralysé de terreur.

«Plutôt déroutant non ?»

Nylhin tourna son regard vers l'entrée du caveau, où une silhouette familière se découpait dans la lumière nocturne.

« Qui est-tu ?! Quelle est cette farce atroce ?!
-Hé hé... Tu as toujours été impressionnable, mais je ne savais pas que tu étais devenu aussi faible, Veilleur.

Nylhin se releva et s'élança vers la silhouette, la plaquant sans grand mal dans l'herbe du cimetière.
Mais avant qu'il n’ait pu dire quoi que ce soit, l'effroi le frappa de mutisme.

Son propre visage lui ricanait au nez.

« Ah ah ah ! J'ai toujours adoré cette expression sur tes traits !
-Mais qui est-tu ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
-Ow ow, reste poli mon cher Moi-même. Je suis là pour te réveiller rappelle-toi
-Me réveiller ? Je comprends rien à tes idioties !
-Ok je vais faire ça court : Tu attaquais la reine des vampires en fonçant tête baissée, comme d'hab, et celle-ci t'a envoyé dans une jolie petite illusion de laquelle tu es pas sensé vouloir partir. D'ailleurs tu t'es bien écrasé quand elle t'a eu.
Anyway, comme tu m'avais précédemment libéré des fers de Lilith, j'ai pu me frayer un chemin jusqu'ici.
Ce qui est intéressant, c'est que ton esprit avait déjà créé un système de défense face à cette illusion, en restituant une partie de la réalité dans ton rêve. Ce caveau, là, existe réellement.
Je n'ai plus eu qu’à t'y faire entrer pour affaiblir l'illusion. Sans quoi je n'arrivais pas à apparaître complètement. »

Le veilleur se remémora la réalité au fur et à mesure du récit. Et alors qu’il refusait de croire en ses souvenirs, une image lui fit retrouver raison. Lucy, lui souriant… Celle qui lui manquait tant ici, dans cette douce illusion.

Le veilleur lâcha finalement son double vampirique qui se releva avec lui. Avec la vérité revint l’apparence réelle de Nylhin, qui retrouva sa tenue tachée du sang de ses ennemis et Hybride, étincelante à la lumière de la lune.

« Bon… Dommage, c’était le premier rêve agréable que je faisais depuis des décennies… Jusqu’à ce que t’arrives. »
Nylhin et Nylhin se sourirent mutuellement d’un air sardonique.

« Alors maintenant que tu es libre, il n’y a plus de grand espace blanc et noir, tout ça ? Tu te promènes librement dans ma tête ?
-J’ai bien peur que ce soir plus compliqué en vérité, mais on va s’en tenir à ça pour le moment, moi-même.
-Et quel est le programme maintenant ?
-Il n’y en a pas, toute l’illusion se casse la gueule en ce moment même, tu devrais bientôt te réveiller dans la réalité.

« Nylhin ! Grand Frère ! Grand frère !!! »
Les deux Nylhin se tournèrent vers Sunaé qui courrait, en pleurs, à leur rencontre. Celle-ci s’arrêta à quelques pas, incrédule de trouver deux frères au lieu d’un seul, mais se jeta finalement dans les bras du Veilleur. Celui-ci regarda d’un air interrogateur son double, tout en étreignant sa sœur avec amour.

« C’est une illusion, Moi-même, rien qu’une illusion.
-Je le sais, mais laisse moi m’oublier encore un peu. Sunaé est morte par ma faute, ainsi que ma famille. Laisse moi faire encore un peu semblant, s’il te plait.

Le vampire resta à fixer le veilleur quelques secondes, puis lui tourna le dos et s’en alla, s’évanouissant lentement dans l’ombre.

Sunaé s’écarta de son grand frère et se mit à le fixer, les yeux humides :
« Tu t’en vas Nylhin ?
-Oui petite sœur, je dois m’en aller.

Quelques larmes coulèrent sur les joues de la petite fille qui étreignit de nouveau son frère :
« Même si Sunaé existe plus, qu’elle est loin de toi, elle sera quand même avec toi, grand frère, et elle t’aime beaucoup. »
Nylhin ferma les yeux tandis que la tristesse déferlait en lui.
« Je sais soeurette, je le sais. »

* * *

Nylhin et Sunaé restèrent ainsi ce qui pourrait sembler une éternité, enlacés dans une illusion qui s’effondrait. Et Nylhin se réveilla plusieurs jours après la bataille de Millénaire, les yeux humides de larmes.
Et bien que dire adieu à son passé fut une terrible épreuve, la personne à son chevet lui rappela que son avenir pouvait être radieux, même s’il y aurait encore beaucoup de batailles à mener pour qu’il en soit ainsi.

Nylhin resta quelques longues minutes à contempler Lucy, qui dormait dans un fauteuil apporté à côté de son lit. Ses cheveux roux tombants sur ses épaules fines, son air serein …

« Enfin réveillé Nylhin ? »

L’Hybride tourna le regard de l’autre côté du lit et reconnu Martel, occupé à fumer à une longue pipe à côté de la fenêtre ouverte.

« J’en profite pendant qu’elle dort, elle aime pas l’odeur du tabac.
-Oui, évite de l’énerver, elle pourrait littéralement te faire fumer.

Martel esquissa un sourire, puis vida son instrument et le rangea dans sa poche.

* * *

Attirée hors du sommeil par le son d'une voix bien connue, Lucy ouvrit les yeux.
Son regard se posa immédiatement sur le lit de Nylhin, mais il lui fallu quelques secondes pour réaliser que l'Elfe noir était lui aussi éveillé. Ses yeux s'agrandirent sous l'effet de la surprise, comme si la Pyromancienne ne croyait plus vraiment en cet éveil. Elle se jeta alors sur Nylhin, l'étouffant presque sous ses baisers et ses embrassades.

-Nenmil disait que tu ne sortirais peut être jamais de ce.. de cette.. de ton coma !
-Un coma ? Ça ne ressemblait pas vraiment à un coma - ni à du sommeil - de mon point de v...
-Me refait JAMAIS ce coup là, espèce de poulpe prétentieux sur patins !
-Tu deviens forte en insultes ma chérie.
-Je me suis entraînée sur les Marmottons pour mieux t'en faire profiter mon Elfinou. A ce propos, j'avais un message à te faire passer : les Marmottons voudraient se réunir, pour décider de la marche à suivre, de ce qu'on va faire maintenant tout ça tout ça. Est ce que tu te sens capable de te lever Nyl ? Sinon je peux leur demander de venir ici. C'est vrai quoi, tu es peut être fatigué, c'est pas comme si tu dormais pas depuis trois jours. Enfin, tu as dit que c'était pas vraiment du sommeil, et puis...
-Fais les venir ici s'il te plaît Lucy, Nylhin doit rester étendu encore un moment. Il doit profiter d'un vrai repos.


Lucy embrassa Nylhin encore une fois, se retourna au seuil de la porte et lança un regard à l'Elfe alité, un regard empreint de soulagement.

-Je t'interdis de retomber dans le coma mon Nylou.

La porte se referma.
Nylhin resta quelques secondes à scruter l'entrée, un sourire béat aux lèvres, puis se retourna pour faire face à Martel:

-Alors qu’est-ce qui s'est passé en gros pendant que je pioncais/comatais ?
-Eh bien.. La Reine des Ombres a réussi à battre sa sœur, qui s'est enfuit en promettant une vengeance fumante. Ça, c'était il y a trois jours. Et depuis, on a tous passé le plus clair de notre temps à relater l'événement et à se remémorer des points forts de la bataille contre les vampires.

Au bout d'un jour, Lucy en a eu assez et a tenté de forcer la porte de ta chambre - on laissait passer personne, t'avais besoin de repos gamin. Elle nous a menacés avec sa lame en feu, on a fini par la laisser entrer, et elle n’a pas bougé le jour et demi suivant. Moi je suis venu ce matin, voir comme tu allais. C'est tout. On voulait voir si tu t'éveillais.

-Hé hé, vous devez en avoir marre que je tombe dans les pommes constamment. Cette fois-ci j'ai pas vu le coup venir par contre…

Nylhin se redressa sur le lit et s'adossa au battant.

-Si tu savais tout ce qui s'est passé dans ma tête ces derniers temps... Je m'étonne encore d'avoir gardé la raison.
-Des fois je t'envie vieux, mais des fois que suis content de ne pas y être dans ta tête. Que veux tu faire maintenant, continuer à avancer vers la forteresse ?
-Tu m’envies ? Je me demande bien pourquoi quelqu'un pourrait m'envier. M'enfin...

Nylhin se massa lentement le visage tout en continuant :

« Ouais avancer vers la forteresse, pour combattre le gros méchant et répandre sur le monde une infinité de jolies fleurs roses... Des fois je me dis que nos plans sont un peu primaires tu trouves pas ? Et qui sait en plus si l'histoire du plan des ombres tout ça n'était pas encore un de tes pieux mensonges pour m'amener ici ? »

Ce disant, Nylhin s'étira longuement puis fixa le vide devant lui.
Martel se délaça pour se positionner là où le regard de l'Elfe noir s'était arrêté.

« Encore une fois tu ne me fais pas confiance, Nylhin Lotha Leys. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas ta confiance en moi qui importe aujourd'hui. Aujourd'hui ce qui est important, c'est de définir ce que nous allons faire, maintenant que tu es de retour parmi nous. »

Le vieux Veilleur avait appuyé avec soin sur ces derniers mots.

Non je ne te fais pas confiance, à vrai dire c'est à peine si je me fais confiance moi-même. Tu as fais ton boulot et c'est tout, je t'en veux pas.
D'ailleurs je me suis plutôt laissé faire.

Anyway tu as raison, on doit définir nos objectifs maintenant. Je n'envisage même pas les dégâts qu'ont pu faire les armées de Gorgorbé durant notre séjour ici. Et maintenant que la Dame est aux commandes des opérations les choses seront plus rapides.

La porte s'était entrouverte sur les derniers mots de Nylhin. Lucy passa la tête par l'entrebâillement.

"On dérange ?"
"Tu as été rapide ma luciole en sucre glace."
"Tu me manquais déjà."

Les Marmottons entraient un à un dans la chambre de Nylhin, pendant que ce dernier s'asseyait confortablement dans son lit. Quand le palefrenier et la Dame des Ombres furent entrés et eurent prit place, Martel ferma la porte.

"Bien, je pense que la réunion peut commencer maintenant que nous sommes tous réunis.".

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